Linda Dewar, de la richesse à la pauvreté

Linda Dewar a pris la direction générale de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Linda Dewar a pris la direction générale de la Soupière de l'Amitié.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Quel changement de carrière!

Au cours des huit dernières années, Linda Dewar a travaillé comme coordonnatrice des événements au très huppé, très privé et très «english» Royal Ottawa Golf Club, dans le secteur Aylmer. Les réceptions, les mariages, les conférences, les réunions d'affaires et le reste, c'est elle et son équipe qui les organisaient. «L'an dernier, j'ai organisé plus de 1000 événements au Royal Ottawa», dit-elle.

Pas facile comme boulot. Surtout quand vous avez 1200 employeurs, les membres, de ce prestigieux club de golf.

Et ce ne sont pas tous ces «employeurs» qui ont apprécié l'arrivée d'une femme francophone dans leur milieu plus que restreint, il y a huit ans.

Après tout, cette jeune femme de 41 ans s'amenait dans un club de golf où l'âge moyen des membres était de 67 ans, où pratiquement tout se déroulait en anglais, et où l'accès à certains endroits de l'immense et imposant club house comme, par exemple, la véranda était interdit aux femmes.

Bienvenue chez les riches de ce monde, Linda Dewar.

«Avant que j'accepte cet emploi au Royal Ottawa, se souvient-elle, on m'avait dit: 'si les membres t'acceptent, tu vas adorer ton travail. Mais si tu ne passes pas, tu ne dureras pas longtemps'. Et ce fut effectivement le cas.»

Donc on vous a vite acceptée?, que je lui demande.

Oui. Mais il y a deux ou trois membres pour qui il a fallu un peu plus de temps. Ils me disaient: «je ne suis pas d'accord que tu sois ici, mais il faut vivre avec ça».

Parce que vous étiez une femme, ou parce que vous étiez québécoise et francophone?

Je pense que c'était un peu des trois. Et beaucoup de membres ont eu peur que j'ouvre les portes du club à monsieur et madame «tout-le-monde». On était venu me chercher pour ouvrir l'accès au club aux non-membres. Mais pas pour le golf. Le terrain de golf demeure privé. Seul les membres et leurs invités peuvent y jouer. Mais on a ouvert le club aux non-membres qui voulaient réserver l'endroit pour un mariage, une conférence ou un autre événement. Mais il fallait en même temps que je respecte les règlements du club et la volonté des membres. C'était leur club et je devais m'assurer que les gens qui y entraient respectaient les règles de ce club. Et j'ai toujours voulu que ça reste un privilège de venir chez nous. Donc parfois, j'aimais mieux refuser quelqu'un et perdre un client que d'avoir les membres en colère contre moi.

Donc huit ans au service des riches.

«Et j'ai adoré l'expérience, affirme MmeDewar. J'ai beaucoup grandi dans ce poste. J'ai tissé beaucoup d'amitiés là-bas et je n'en garde que de beaux souvenirs.»

De la richesse à la misère

Linda Dewar a quitté son poste au Royal Ottawa Golf Club au début du mois de novembre. Certains ont pensé qu'elle avait été recrutée par le prestigieux club de golf Rivermead, qui est situé non loin du Royal Ottawa. D'autres la voyaient poursuivre sa carrière dans un hôtel ou un restaurant cinq étoiles. Mais non. Rien de ça.

Le 6novembre dernier, elle qui avait côtoyé les plus nantis de ce monde pendant les huit dernières années devenait directrice générale de... la Soupière de l'amitié.

Donc la question qui se pose est celle-ci: pourquoi?

«C'est effectivement la 'question qui tue', lance-t-elle en riant. Mais je pense que c'est une autre façon d'utiliser mon expertise en développement. Quand la Soupière m'a approchée, je suis venue voir les lieux et j'ai aimé le feeling ici. C'est quelque chose à développer et à remettre encore plus visible vis-à-vis la communauté, les gens d'affaires et tout le monde qui veut aider. J'ai toujours été très active et impliquée au niveau communautaire. Donc quand la Soupière m'a offert le poste de directrice générale, je me suis dit 'pourquoi pas'. Je vais vivre de nouvelles expériences, je vais aller chercher un autre bagage dans ma carrière et je vais redonner à la communauté. J'avais fait le tour au Royal Ottawa et j'avais besoin de renouveau.»

Est-ce que ce fut un choc pour vous de passer de l'opulence du Royal Ottawa à la pauvreté et aux besoins criants qu'on retrouve à la Soupière?

Oui. Et ce que je trouve de plus difficile, c'est lorsque je vois des enfants qui viennent dîner à la Soupière. Pourquoi y a-t-il encore des enfants qui ont faim en 2012? Parfois, ça me dépasse. Mais je me dis que c'est tant mieux si ça vient me chercher.

Pourquoi?

Parce qu'il faut que ça vienne nous chercher. Si je me disais: «c'est juste quelqu'un en train de manger» et que je jugeais cette personne, je ne serais pas à la bonne place. Moi, je ne juge personne. Jamais. C'est tellement facile de juger. Et comme j'ai toujours dit à ma fille Amélie qui aura bientôt 17 ans et qui fait du bénévolat depuis l'âge de 7 ans: «toi, ça va bien. Mais ce n'est pas tout le monde qui a cette chance-là». Donc ici à la Soupière de l'amitié, je vois ça comme une entreprise à développer et un endroit où on aide les gens. Et je me sens vraiment à ma place.

Les tourtières

À souligner que les tourtières et tartes aux pommes de la Soupière de l'amitié sont en vente, depuis mercredi, dans la plupart des supermarchés de Gatineau.

Les profits des ventes aideront la Soupière à nourrir quotidiennement une centaine de personnes et à distribuer, au cours de la prochaine année, 140000 petits-déjeuners dans 31 écoles de la région.

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