Le p'tit gars de Shawinigan n'a pas changé

Jean Chrétien a dirigé trois gouvernements majoritaires, de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Jean Chrétien a dirigé trois gouvernements majoritaires, de 1993 à 2003.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Il a quitté la politique fédérale il y a neuf ans mais il n'a pas changé. Toujours aussi affable, toujours aussi coloré, toujours aussi pince-sans-rire, toujours aussi vif d'esprit.

Malgré ses 78 ans, Jean Chrétien travaille toujours du lundi au vendredi comme consultant au cabinet d'avocats Heenan Blaikie, à Ottawa. Son bureau, qui est situé à l'ombre du parlement canadien, est décoré d'oeuvres d'art, ainsi que de nombreuses photos de ses enfants et petits-enfants, de sa famille, de son épouse Aline et de chefs d'états qu'il a eu la chance de côtoyer durant ses 40 ans en politique et avec lesquels il discute toujours régulièrement, dont Bill Clinton, Jacques Chirac, Tony Blair et tant d'autres.

Jean Chrétien a vieilli, certes, mais il semble plus en forme que jamais.

«Je suis en très grande forme, lance-t-il. J'arrive ici à mon bureau tous les matins à 9h10, et si j'arrive à 9h20, je me sens coupable. Je passe la journée ici et je quitte à 16h pour éviter le trafic. Je travaille, mais je ne prends que des dossiers qui m'intéressent. J'ai toute la liberté nécessaire et je n'ai pas de pression. La seule différence maintenant, c'est que je n'apporte pas de travail à la maison.»

Jean Chrétien a été premier ministre du Canada de 1993 à 2003 avec trois gouvernements majoritaires consécutifs. Un exploit que seul Sir Wilfrid Laurier a réalisé avant lui.

Mais depuis son départ en 2003, le Parti libéral du Canada est en chute libre. Si on devait comparer la politique fédérale au hockey un sport que Jean Chrétien adore on dirait que le Parti libéral est «dans la cave» du classement.

«Ça me fait de la peine de voir ça, admet M.Chrétien. Mais ils (les libéraux) vont remonter. Il y a de l'espoir. Il y a toujours de l'espoir parce que le Canada est un pays centriste. Les Canadiens sont des gens modérés et ils n'aiment pas les partis doctrinaires. Ils ne sont pas confortables avec ça. On est un pays qui accepte les différences. Nous sommes généreux, modérés, tolérants. Et les extrémistes ne sont pas tolérants. Il y a des changements aujourd'hui qui font que le Canada n'est plus le même Canada dans le monde qu'il était. Et ça ne me plaît pas.»

Les récents sondages démontrent que le Parti libéral du Canada pourrait connaître toute une remontée si le candidat au leadership, Justin Trudeau, remporte l'investiture de ce parti, le printemps prochain. Le «jeune» Trudeau sera-t-il le poulain du «vieux» Chrétien dans cette course au leadership?

«Je ne jouerai pas au quart-arrière du lundi matin ou à la belle-mère, de répondre M.Chrétien. Mes observations, je les fais en privé à ceux qui viennent me consulter.

Mais croyez-vous que Justin Trudeau est le sauveur du Parti libéral?, que je lui redemande.

Je suis content qu'il soit candidat. Il a de la couleur, il a du panache et il aime la politique. Mais c'est le peuple qui décidera. Et parfois, le peuple veut avoir de jeunes chefs.

Justement, M.Chrétien, n'est-il pas trop jeune? Justin Trudeau (41 ans) a-t-il assez d'expérience en politique pour devenir chef du parti?

Il a été élu deux fois. Son père (Pierre Elliot Trudeau) n'a été élu qu'une seule fois avant de devenir premier ministre. Et n'oublions pas que Joe Clark n'avait pas 40 ans quand il a été élu premier ministre. Et en ce qui a trait à l'expérience, on m'accusait en 1993, avant que je sois élu premier ministre, d'avoir trop d'expérience! Les journalistes m'appelaient «yesterday's man». Mais ça ne m'a pas tellement nui», lance-t-il de son sourire narquois qu'on connaît bien.

«Mais il y aura d'autres candidats, reprend-il. Il y a l'astronaute... comment s'appelle-t-il encore?

Marc Garneau.

Oui, Marc Garneau. Et il y a le gouverneur de la Banque du Canada qui a été mentionné. Puis parfois, il y en a d'autres qui arrivent et qu'on n'a pas vu venir. Personne n'avait vu venir Joe Clark quand il a été élu chef des conservateurs. Personne n'avait vu venir Stéphane Dion. Et personne n'aurait misé sur eux. Il y aura d'autres candidats à la chefferie. Donc on verra.»

Jean Chrétien sur...

LE SCANDALE DES COMMANDITES

«Je suis déçu qu'on (son gouvernement) n'ait pas mieux géré la situation. Mais j'ai toujours dit que c'était un problème pour la police. Une commission, c'est bon pour les journalistes. Cinq gars ont été trouvés coupables dans tout ça et aucun d'entre eux était membre du Parti libéral. Il n'y a pas un ministre ou un député qui a été accusé d'avoir mis cinq «cennes» dans ses poches. Et ceci dit, quand j'ai quitté, j'avais plus de 60% d'approbation.

L'ÉLECTION DU PARTI QUÉBÉCOIS

«Dans les circonstances, c'est pas trop énervant puisque c'est un gouvernement minoritaire. Et de toute façon, les gens ne veulent plus de référendum. Oui, certains vont continuer à en parler. Mais ils en parlent depuis 40 ans! Mais les gens ne veulent plus se séparer. Malgré la présence du gouvernement Harper à Ottawa, les gens ne veulent pas se séparer. Mais c'est vrai que les gens étaient plus heureux quand j'étais premier ministre (rires). Allez leur demander dans la rue! Les gens s'ennuient de mon style.

L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AUX ÉTATS-UNIS

«Les États-Unis sont en difficulté. J'écoute les candidats parler et ils ne parlent que de baisser les taxes. Mais c'est insensé. Mon père était un ouvrier au moulin de papier à Shawinigan. Et il aurait compris très facilement qu'on ne peut pas faire deux guerres et réduire les taxes en même temps. Donc ne nous posons pas de questions à savoir pourquoi les États-Unis sont en difficulté. Et ils vont faire face à un mur s'ils ne prennent pas leurs responsabilités.

LE LOCK-OUT DANS LA LIGUE NATIONALE DE HOCKEY

Je trouve ça ridicule. Et un jour, les partisans seront «tannés» de payer. Les propriétaires veulent faire de l'argent, ce qui est normal. Et les joueurs veulent gagner encore plus. Mais est-ce normal que le joueur le plus mal payé, c'est-à-dire celui qui passera l'année assis au bout du banc, gagne plus d'argent que le premier ministre du Canada?

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