Conjuguer l'environnement au futur

Steven Guilbeault sera de passage à l'UQO, mardi... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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Steven Guilbeault sera de passage à l'UQO, mardi prochain, pour y donner une conférence sur le développement durable.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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Dès sa jeune enfance, il était clair que Steven Guilbeault, le cofondateur de l'organisme écologique Équiterre, était destiné vers une carrière dans la protection et la sauvegarde de l'environnement.

À l'âge de sept ans, il a tenté d'empêcher un promoteur immobilier de raser un boisé près de chez lui.

«Il y avait une forêt derrière la maison familiale à La Tuque, se souvient-il. Cette forêt était mon terrain de jeu. Un jour, un promoteur a commencé à couper cette forêt pour faire place à un nouveau développement immobilier. Donc je suis rentré chez moi en état de panique et j'ai dit à ma mère: 'Ils sont en train de couper notre forêt! Qu'est-ce qu'on fait!?'. Alors ma mère m'a dit: 'Tu grimpes dans un arbre et, celui-là, ils ne pourront pas le couper'. Donc avec la permission de ma mère, j'ai grimpé dans un arbre!», lance-t-il en riant.

«Je ne sais trop pourquoi ma mère m'a suggéré de faire ça. Peut-être qu'elle voyait que j'étais réellement en détresse. Mais elle avait raison, ils n'ont pas touché à mon arbre ce jour-là. Ils l'ont toutefois coupé le lendemain ou le surlendemain, quand j'étais à l'école.»

Mais l'écologiste Steven Guilbeault n'en était pas au bout de ses frasques pour protéger l'environnement. En 2001, alors qu'il était porte-parole québécois de Greenpeace Canada, il a escaladé la Tour du CN à Toronto pour y poser une bannière afin de dénoncer la politique sur les changements climatiques du gouvernement de George W. Bush et du gouvernement canadien.

«J'ai grimpé jusque sous l'observatoire, à 1400 pieds d'altitude, précise-t-il. C'était haut! Greenpeace est l'une des organisations écologiques les plus connues au monde avec plus de trois millions de membres. Et de temps en temps, Greenpeace sonne l'alarme et brasse la cage en posant des gestes comme celui-là. Et c'était important de le faire à l'époque, parce que c'était un geste posé autour du débat sur la ratification du protocole de Kyoto. Et c'était important pour nous de sensibiliser la population canadienne à cet enjeu-là.»

Conférencier, vulgarisateur et auteur du livre Alerte!: Le Québec à l'heure des changements climatiques, Steven Guilbeault, 42 ans, a été nommé l'un des 50 acteurs mondiaux du développement durable par le journal français Le Monde.

Il sera de passage à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), le mardi 2octobre, pour y donner une conférence intitulée «Développement durable: de la théorie à l'action».

LeDroit l'a rencontré.

***

LeDROIT: Vous avez été approché par plusieurs partis politiques pour vous présenter sous leur bannière, mais vous avez toujours refusé. Pourquoi?

STEVEN GUILBEAULT: La politique m'intéresse beaucoup, et le travail que je fais à Équiterre est politique, tout comme ce que je faisais à Greenpeace était politique. Mais je ne suis pas prêt à faire le saut en politique active. Il y a plusieurs façons de s'y prendre pour faire avancer les choses, et la politique en est une. Et peut-être que j'en ferai un jour. Mais j'ai encore de jeunes enfants (il est père de quatre enfants) et ma plus jeune n'a que trois ans. Et pour avoir côtoyé beaucoup de politiciens dans ma carrière, je vois le rythme effréné que ça demande. Et je ne suis pas prêt à faire ces sacrifices pour ma famille.

LD: On entend parfois les gens - les plus âgés, surtout - dire que recycler et composter demande beaucoup d'efforts. Parfois trop. Et que d'être écologique coûte cher. Que les voitures hybrides, par exemple, sont inabordables. Que leur répondez-vous?

SG: C'est sûr que certains chialent. Mais de façon générale, les Québécois ont embarqué massivement dans ces initiatives-là. Si on regarde au niveau du recyclage, les Québécois, depuis deux ou trois ans, génèrent annuellement plus de recyclage que de déchets. Et le recyclage et le compostage font partis des moeurs de nos enfants. Ils savent dès l'âge de trois ans ce qui va dans le compostage et ce qui va dans le recyclage. Ce n'est pas compliqué pour eux. C'est naturel. Et en ce qui a trait aux voitures hybrides, il y a maintenant des compagnies qui fabriquent des voitures hybrides pour à peu près 5000$ ou 6000$ de plus qu'une voiture à essence normale. Et à 1,50$ le litre d'essence, ça va devenir assez intéressant, juste d'un point de vue économique.

LD: Vous avez intitulé la conférence que vous donnerez à l'UQO mardi prochain «Développement durable: de la théorie à l'action».

SG: C'est ça. Je vais parler du développement durable qui est un développement où la préservation de l'environnement est une condition au développement. Ce n'est pas un développement où il faut faire l'équilibre entre l'économie, le social et l'environnement. Ce n'est pas une recette. On ne met pas un tiers de tasse de social, un tiers de tasse d'économie, un tiers de tasse d'environnement, on brasse le tout, on met ça au four et c'est réglé. Il faut que la préservation de l'environnement soit une condition. Et dans cette perspective-là, l'économie n'est pas une fin, mais un moyen. Un moyen vers quoi? Un moyen vers un développement individuel et collectif. On veut que nos sociétés s'améliorent.

LD: Un exemple d'une recette qui ne lève pas, pour emprunter votre métaphore?

SG: Toute la question des sables bitumineux. Le gouvernement Harper est devenu en quelque sorte une meneuse de claques pour les compagnies pétrolières en répétant que c'est bon pour l'économie canadienne. Mais attention. Il y a plusieurs études qui démontrent que c'est bon pour l'économie de l'Alberta. Mais pour l'est du Canada, nos exportations de pétrole vers les États-Unis font gonfler notre dollar. Ce qui fait très mal au secteur manufacturier en Ontario et au Québec. Au Québec seulement, on aurait perdu près de 55000 emplois à cause de ça. Mais tout ce qui compte pour le gouvernement Harper, c'est l'argent.

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