Le service du chef Charles Bordeleau

Charles Bordeleau... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Charles Bordeleau

Patrick Woodbury, LeDroit

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Quand Charles Bordeleau a été assermenté en tant que chef du Service de police d'Ottawa (SPO), le 5 mars dernier, la communauté francophone d'Ottawa a chaudement applaudi ce choix. Et avec raison.

Pour une rare fois dans l'histoire de la capitale nationale, un Franco-Ontarien pure laine allait diriger le SPO, l'un des plus importants corps policiers au Canada.

Né à l'hôpital Montfort et issu d'une famille de la Basse-Ville d'Ottawa « des Bordeleau de la rue Stanley et des Mongeon de la rue Guigues », précise-t-il , Charles Bordeleau, en devenant chef de police, réalisait un rêve non pas d'enfance, mais plutôt d'adolescence.

« Enfant, je ne rêvais pas de devenir policier, raconte-t-il. Je n'avais pas de proches qui travaillaient dans ce domaine. Et quand j'ai commencé à travailler au McDo du secteur Alta Vista, à l'âge de 15 ans, j'ai voulu me diriger en administration. »

Il avait certes un talent pour le business, puisque deux ans après son arrivée à ce restaurant, il a été promu gérant de l'endroit. Et c'est à l'âge de 17 ans que le « boss » Bordeleau est tombé amoureux d'une employée qui allait devenir son épouse.

« Le père de ma blonde était surintendant au sein de la police d'Ottawa, reprend-il. Je lui parlais souvent de son emploi et j'ai commencé à comprendre c'était quoi la profession de policier. Et plus j'en parlais avec lui, plus cette profession m'intéressait. Et c'est durant ma première année d'études en administration à l'Université d'Ottawa que j'ai décidé de devenir policier. Mais j'ai d'abord voulu obtenir mon baccalauréat en administration pour connaître le côté des affaires, et pour avoir un plan B si ça ne fonctionnait pas dans le domaine de la sécurité publique. J'ai donc eu deux emplois dans ma vie : le McDo et la police.

Et le McDo est une bonne école de discipline, n'est-ce pas ?

Une très bonne école de discipline !, répond-il. Quand t'es gérant à l'âge de 17 ans et que t'as une équipe à diriger, ça demande beaucoup de discipline. T'apprends comment parler aux gens, comment offrir un bon service à la clientèle. Et veux, veux pas, dans le service de police, on est dans le service à la clientèle. C'est toutefois une différente sorte de clients. Mais on doit s'assurer qu'ils soient tous bien servis. »

La francophonie

« La semaine dernière, M. Bordeleau, quand les francophones du quartier Vanier ont dénoncé le fait que le constable responsable de la police communautaire de leur quartier était unilingue anglais, vous avez vite réagi pour rectifier la situation. Et mardi prochain, vous hisserez le drapeau franco-ontarien au mât du poste de police de la rue Elgin pour souligner la Journée des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes. Ce ne sont que deux exemples de votre engagement envers cette communauté. C'est important pour vous de bien desservir les francophones d'Ottawa ?

Bien sûr. Je suis francophone. Je comprends les enjeux. Je suis fier de mes racines, de ma famille et de ma culture. Et je comprends qu'à titre de chef du SPO, j'ai des responsabilités envers la communauté francophone. Après tout, on habite dans une ville bilingue où les deux langues officielles sont l'anglais et le français. Mais je ne peux pas garantir que tous mes agents soient bilingues. Je dirais que 50 % de nos membres peuvent communiquer en français. Ceci dit, nous avons une politique interne qui stipule que si un agent anglophone arrête un individu qui veut communiquer en français, l'agent est responsable de s'assurer qu'un agent francophone intervienne. Ça n'arrive pas souvent on se débrouille la plupart du temps , mais c'est notre politique. Et en ce qui a trait au quartier Vanier, je comprends très bien l'importance pour ce quartier d'avoir un agent bilingue. Je comprends les enjeux de ce quartier. Vanier est différent. Vanier représente la francophonie à Ottawa. Encore plus que le secteur d'Orléans.

Changement de sujet, M. Bordeleau. Les gangs de rue deviennent un fléau à Ottawa. On compte déjà 29 fusillades à Ottawa cette année, contre 23 pour toute l'année 2011. Est-ce le plus gros problème auquel le SPO fait présentement face ?

C'est sûr que le nombre de fusillades est une grande inquiétude. Mais aussi comment les gangs de rue utilisent leurs armes dans le public, et à toute heure de la journée. Ce qui s'est produit à Toronto avec les fusillades, ça nous inquiète. On ne veut pas devenir un autre Toronto.

Alors, on fait quoi ?

J'ai réassigné des agents à nos escouades responsables des gangs de rue. Mais il faut aussi regarder ce problème à long terme. Il faut trouver une façon de travailler avec la communauté. Comment peut-on prévenir que les jeunes s'engagent dans le monde des gangs de rue ? Comment appuyer les familles et les communautés pour qu'elles se sentent à l'aise de déposer une plainte à la police quand elles constatent que leur enfant ou un voisin est impliqué dans un gang de rue ? Et comment peut-on aider les jeunes qui sont dans ces gangs et qui veulent en sortir ? Parce que certains veulent s'en sortir, mais il y a tellement d'intimidation qui se fait dans ce milieu qu'ils ont peur d'agir. Et ils n'ont pas de ressources. Qui peuvent-ils aller voir pour s'en sortir ? Qui pourra les aider ? C'est tout ça qu'il faut étudier. Et c'est ce que nous faisons. Et ce seront les sujets que nous discuterons lors d'un symposium public sur les gangs de rue qui se tiendra à Ottawa les 17 et 18 octobre prochain, et auquel participeront tous les partenaires impliqués, dont la Police de Gatineau. Parce que les gangs de rue ne s'arrêtent pas aux ponts. On veut sortir de ce symposium avec des stratégies qui nous aideront à améliorer la situation. »

Sur un ton plus léger, M. Bordeleau, vous faites quoi pour décrocher ?

Je cours. J'adore la course. Je participe à de nombreux demi-marathons. Je m'entraîne comme ça. Et je joue au hockey deux fois par semaine. »

Êtes-vous Canadiens ou Sénateurs ?

Sénateurs. Et je joue aussi de la batterie pour décrocher. J'ai toujours voulu m'acheter un set de drums et je l'ai enfin acheté il y a quatre ans. Je joue dans mon sous-sol à la maison, ça me détend. Et je joue parfois avec ma fille de 17 ans qui est une excellente musicienne. Elle a un talent fou pour le piano.

Donc, elle ne suivra pas les traces de son père ?

Non. Je pense qu'elle suivra plutôt les traces de sa mère qui est avocate. Ou elle sera musicienne. Elle fait présentement ses choix. On verra bien. »

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