La marche d'un Franco... contre les Francos

Le commerçant Jean-Serge Brisson compte se battre jusqu'à... (Archives, LeDroit)

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Le commerçant Jean-Serge Brisson compte se battre jusqu'à son dernier souffle contre le règlement obligeant l'affichage commercial bilingue dans le comté de Russell.

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Denis Gratton
Le Droit

Quand les élus du Comté de Russell, dans l'Est ontarien, ont voté il y a quatre ans en faveur d'un arrêté municipal qui oblige l'affichage bilingue devant tous les commerces, ils s'attendaient évidemment à ce que certains contribuables anglophones soient en désaccord.

Mais qu'un commerçant francophone se lève et intente une poursuite contre la municipalité pour invalider ce règlement en a surpris plus d'un.

Jean-Serge Brisson ne voulait rien entendre de cette «loi». L'affiche devant son garage (pour ne pas dire sa cour à ferraille) du chemin Sainte-Marie était uniquement en français depuis plus de 20 ans, et elle allait le rester.

«Tout commerçant devrait avoir le choix de s'afficher dans la langue de son choix, dit-il. C'est une question de liberté d'expression pour les commerçants. Et quand j'ai perdu en cour, le mois dernier, c'est tout le monde qui a perdu. La cour a dit que ce règlement existe pour protéger la culture française. Donc, pour protéger la culture française, ils nous disent qu'on n'a plus le droit de s'afficher uniquement en français. Cette décision est empreinte d'absurdité.»

Ironiquement, son affiche unilingue française a été brisée par un vent violent, le printemps dernier. Mais Jean-Serge Brisson en a fait fabriquer une autre pour la remplacer.

«Je vais l'installer le 1erjuillet, dit-il.

Et sera-t-elle bilingue?

Non. Unilingue française.

Vous allez donc continuer à vous battre?

Je vais arrêter de me battre le jour que j'arrêterai de respirer.»

Il dit vrai. Il se bat contre les gouvernements depuis des décennies. L'ingérence politique lui pue au nez. Et lorsqu'il se croit victime d'une injustice de la part de l'État, il se bat. Même s'il sait qu'il se bat seul et contre des moulins à vent. C'est presque devenu un passe-temps pour cet homme qui est président provincial du Parti libertaire de l'Ontario et qui a été conseiller municipal du Canton de Russell, de 2003 à 2006.

Exemple de son entêtement: il refuse depuis presque 40 ans de boucler sa ceinture de sécurité en voiture, même si la loi l'oblige depuis 1977. Ce qui lui a valu trois séjours en prison et une suspension de permis de conduire qui perdure depuis une vingtaine d'années.

«Je suis presque mort dans un accident de voiture en 1974, raconte-t-il. Et si j'avais porté ma ceinture ce soir-là, j'aurais été tué sur le coup, ajoute-t-il en me montrant une photo de ce qui restait de sa voiture après cet accident. Donc, je ne porte plus la ceinture depuis ce jour.

Et vous conduisez toujours?

Non, je n'ai plus de permis depuis 20 ans. Il est suspendu.

Mais comment vous déplacez-vous? (Son commerce se trouve à environ six kilomètres du village d'Embrun.)

En bicycle.

Et l'hiver?

En bicycle aussi. Ou je marche. Quand j'étais conseiller municipal, j'avais un chauffeur qui venait me chercher chez moi pour les réunions du conseil. Un soir, il n'a pas pu venir et j'ai emprunté la voiture du maire Michael McHugh. Dès que les policiers m'ont aperçu, ils m'ont arrêté. Même si je conduisais prudemment et sans faire de vitesse. Je pense que c'est la dernière fois que j'ai conduit une voiture.»

Contre les taxes

Autre exemple que ce Franco-Ontarien est sérieusement atteint de «donquichottisme»: il n'a pas soumis de déclaration d'impôt sur le revenu depuis 1991, et il refuse catégoriquement de facturer les taxes de vente à ses clients.

«La province se sert des commerçants pour collecter les taxes à sa place et lui envoyer, déplore-t-il. Or, je ne serai pas l'esclave du gouvernement. Comment peut-on passer une loi qui me force à travailler pour la province? C'est absurde. Si on veut me faire collecter les taxes, qu'on me paye.

Mais vous ne payez pas d'impôt sur le revenu non plus?

C'est vrai. Je faisais mon rapport d'impôt à chaque année auparavant. Mais à un moment donné, le gouvernement a commencé à utiliser mon rapport pour estimer combien je lui devais en TPS. Il utilisait mon rapport contre moi. Je témoignais contre moi-même! Donc je leur ai dit: 'Mangez de la marde, je n'en paye plus'. C'est pour me protéger que j'ai arrêté de déclarer mes revenus. C'est un acte criminel, je le sais. Et ça fait 20 ans que je commets un acte criminel chaque année. Et je vais continuer, je n'en paierai jamais.

Mais ça ne vous stresse pas de savoir que vous pourriez être arrêté à tout moment?

(Éclat de rires.) Si le SWAT Team de Revenu Canada débarque ici, ils devront m'emmener en cour. Et le gouvernement ne veut pas aller en cour contre moi. Il sait que j'ai raison et que de demander aux commerçants de collecter les taxes à sa place est de l'esclavage envers une classe de la société. Donc ils ne m'arrêteront jamais, ils ne veulent pas aller en cour avec ça. Parce que si je gagnais, je changerais le système au complet.

Mais vous imaginez le bordel, M.Brisson, si tout le monde faisait comme vous?

Oui. Bien sûr. Et je pense que tout le monde s'en porterait mieux.

Je ne veux pas vous insulter, mais vous êtes tout un entêté.

Je le sais. Je suis un entêté, absolument. Mais je suis entêté avec raison. Je sais la différence entre le bien et le mal. Et si je laisse aller trop de choses qui sont mal, ma conscience ne me laissera pas tranquille. Ma devise personnelle est: 'Live free or die'. Et elle le sera toujours.»

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