Alain Lefèvre, un musicien en mission

Bien qu'il soit l'un des plus grands pianistes... (Archives, La Presse Canadienne)

Agrandir

Bien qu'il soit l'un des plus grands pianistes du monde, Alain Lefèvre se voit surtout comme un «missionnaire de la musique».

Archives, La Presse Canadienne

Denis Gratton
Le Droit

Le pianiste et compositeur montréalais Alain Lefèvre a joué sur les plus prestigieuses scènes du monde et avec d'innombrables grands orchestres symphoniques et chefs de renom.

Encensé par la presse internationale, il a été soliste invité du Royal Philharmonic Orchestra de Londres, du China Philharmonic, de l'Orchestre symphonique de Hambourg et de celui de Nuremberg, pour ne nommer que ces quatre parmi une liste de plus de 50 grands orchestres de renommée mondiale.

Lorsqu'il n'est pas sur scène, Alain Lefèvre se trouve en studio où il anime une émission de deux heures consacrée à la musique classique et diffusée tous les dimanches sur les ondes d'Espace Musique à Radio-Canada.

Mais bien qu'il soit l'un des plus grands pianistes du monde, Alain Lefèvre se voit d'abord et avant tout comme un « missionnaire de la musique ». Et comme « missionnaire », il rencontre bénévolement des milliers d'enfants chaque année dans les écoles afin de leur parler de musique classique.

« J'ai une liste d'attente de 270 écoles de partout au monde, dit-il, et je rencontre 28 000 enfants par année, et ce, depuis une trentaine d'années. »

Ambassadeur artistique du Festival de Lanaudière pour une septième année consécutive, Alain Lefèvre était de passage à Ottawa cette semaine pour faire la promotion de ce festival de musique classique. LeDroit l'a rencontré.

?????

« Le Festival de Lanaudière me tient à coeur, dit-il d'emblée. Il s'agit du plus important festival de musique classique au Canada. Il n'y a pas un autre festival qui approche sa programmation. Mais ce qui me pousse encore plus à aimer ce festival, c'est qu'il y a vraiment une politique et une optique pour ramener les jeunes à la musique classique.

- Et c'est important pour vous que les jeunes découvrent ou redécouvrent la musique classique ?

- Quand une tasse de thé sur laquelle la talentueuse Lady Gaga a mis les lèvres est vendue aux enchères à Tokyo pour 75 000 $, oui, c'est important pour moi. Si nos enfants ne sont pas nourris par autre chose que des niaiseries - et vous pouvez écrire le mot « niaiseries » en lettres grasses -, comment voulons-nous que nos enfants deviennent des adultes qui pensent ? La pensée doit être nourrie par la culture, la littérature et les arts.

- Et quel genre d'accueil recevez-vous dans les écoles ?

- C'est toujours merveilleux. Je passe une heure ou deux avec les jeunes et ils sont tellement contents parce qu'ils ont soif de quelqu'un qui va leur dire les vraies choses. Ils viennent me voir après pour me remercier. Je reçois des centaines de lettres de jeunes qui veulent me revoir. Alors je me dis que je fais peut-être quelque chose de correct. »

?????

Alain Lefèvre a une deuxième mission. Celle de faire découvrir au monde entier les oeuvres de compositeurs québécois, comme il l'a fait avec André Mathieu. Son acharnement a d'ailleurs convaincu Luc Dionne de réaliser un long métrage (L'enfant prodige) sur le jeune Mathieu, un prodige montréalais qui avait donné à l'âge de sept ans un récital de ses oeuvres à la salle Pleyel, à Paris.

« Je trouvais ça tellement injuste et scandaleux que Mathieu n'était pas joué, déplore Alain Lefèvre. Et ce qui me réjouit, c'est que l'an prochain, Mathieu sera célébré par des orchestres étrangers dans les plus grandes salles du monde. Et je peux vous dire qu'il sera joué au Carnegie Hall, à New York. Je ne sais pas si ce sera au printemps ou à l'automne 2013, mais ce sera définitivement en 2013 parce que ça fera 70 ans qu'André Mathieu a joué la dernière fois au Carnegie Hall. Et qu'une salle comme Carnegie Hall décide d'honorer Mathieu, peut-être que les clowns qui disaient qu'André Mathieu n'était pas un grand musicien vont se poser des questions. Ils diront peut-être que Lefèvre avait raison. »

Maintenant qu'il a fait découvrir André Mathieu au Québec et à travers le monde, Alain Lefèvre se penche maintenant sur l'oeuvre du pianiste d'origine hulloise François Dompierre.

« Dompierre est un grand compositeur québécois vivant, explique-t-il. Et il est très important pour moi maintenant, après le grand succès de Mathieu, de montrer aux gens que les compositeurs de chez nous peuvent être de grands compositeurs vivants, mais ne pas être joués. »

Le 14 juillet prochain, Alain Lefèvre interprétera au Festival de Lanaudière les 24 préludes que François Dompierre a composés pour lui.

« Ce sera une première mondiale, dit-il. Je vais ensuite le jouer partout dans le monde d'ici trois ans. Donc, le 14 juillet est une date importante. Non pas parce que c'est une première mondiale, mais bien parce que François Dompierre sera célébré. Vous viendrez écouter ça à Lanaudière le 14 juillet. Vous allez capoter. C'est tellement beau ce qu'il a fait.

- En terminant, M. Lefèvre, je connais votre opinion sur Lady Gaga et toutes ces vedettes instantanées, mais est-ce que vous écoutez parfois la musique populaire francophone et québécoise ?

- Oui, bien sûr. Mais j'ai une certaine nostalgie des chanteurs comme Dubois, Ferland, Brel, Ferré et tous les autres pour qui le texte et la qualité de la mélodie avaient une importance capitale. J'écoutais du Ferré l'autre jour et c'était incroyable. Et j'ai récemment découvert Harmonium. Bon, je sais que je suis un peu en retard sur le reste du monde. (Rires.) Mais au niveau de la composition, les musiciens d'Harmonium sont géniaux. Musicalement, c'est d'une immense intelligence. Mais aujourd'hui, c'est le vide. Et c'est désolant. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer