Maîtrise en éducation en poche, il décide de faire carrière dans ce domaine en Ontario français pendant près de 20 ans.
«J'ai commencé comme enseignant, dit-il, puis j'ai été directeur adjoint et ensuite directeur, tant aux niveaux élémentaires que secondaire. J'ai aussi travaillé à La Cité collégiale et au ministère de l'Éducation de l'Ontario. J'ai fait toute ma carrière préalable en Ontario».
Ce n'est qu'en septembre dernier que Frédéric Poulin est revenu travailler dans sa province natale pour occuper le poste de directeur des études au Cégep de l'Outaouais. Et jamais, au grand jamais, aurait-il pu imaginer l'année qui l'attendait...
D'abord, un drame. Une tragédie. Le meurtre toujours non résolu de la jeune Valérie Leblanc, une étudiante du Cégep de l'Outaouais. Puis a suivi en décembre le départ soudain de la directrice générale du Cégep, Marielle Poirier, qui a quitté pour des raisons de santé. M. Poulin se voyait confier le titre de directeur général par intérim le 24 décembre. Et à peine quelques mois après son arrivée à la direction générale, la grève étudiante a été déclenchée.
«Et ce qui est passé sous le radar, ajoute M. Poulin, c'est qu'on a un étudiant du Cégep qui a été assassiné dans la région du Pontiac, il n'y a pas longtemps. Et l'accusé est aussi un étudiant de notre Cégep. Donc on a traité cet incident, mais il est un peu passé sous le radar étant donné le conflit étudiant en province. Disons que le Cégep a eu son lot de drames et de situations un peu difficiles depuis l'automne.»
«Défier» l'injonction
Mardi prochain, Frédéric Poulin devra comparaître en cour pour avoir défié une injonction qui obligeait son institution à reprendre les cours. Mais quand les choses se sont envenimées au Cégep, la semaine dernière, le directeur général par intérim a décidé d'annuler les cours plutôt que de faire appel aux forces de l'ordre, voire à l'escouade anti-émeute de la Police de Gatineau. Il pourrait être ainsi trouvé coupable d'outrage au tribunal.
«Dans l'injonction, explique-t-il, on nous demandait de reprendre les cours de façon normale et de prendre les mesures nécessaires pour le faire. Toute l'équipe, c'est-à-dire une trentaine de cadres et moi, a pris tous les moyens raisonnables pour essayer de reprendre les cours. Et j'imagine qu'en quelque part, il y aura un sage qui dira que les moyens raisonnables qu'on a pris étaient ceux qu'on devait prendre. J'y crois fermement.»
«Le but n'était pas de défier l'injonction, poursuit-il. Mais pas du tout. Mais dans ma tête, c'était clair que de faire appel aux forces de l'ordre n'allait pas améliorer les choses. On a eu des exemples de ça ailleurs au Québec et ici-même à l'Université du Québec en Outaouais (UQO). On savait que si on appelait la police, qu'on allait tirer l'alarme en province et qu'on allait attirer des casseurs chez nous, comme des casseurs sont venus de partout au Québec lorsque l'UQO a tenté de respecter l'injonction en faisant appel à la police.»
«Donc je crois qu'on a bien géré la situation. Même la police me disait: «la crise est actuellement bien gérée au Cégep». Par contre, il n'y a pas un corps policier qui m'a appelé pour me demander: «qu'attends-tu pour nous contacter?».»
Les décisions prises par M. Poulin et les moyens qu'il a utilisés pour gérer la crise lui ont valu des éloges de la part de pratiquement toute la communauté scolaire du Cégep de l'Outaouais. La majorité des étudiants, des membres du personnel et des parents ont applaudi sa gestion de la crise. Et jeudi dernier, une poignée d'étudiants et d'étudiantes du Cégep arboraient un macaron sur lequel on pouvait voir un coeur rouge et les lettres «D et G» pour «j'aime mon d.g.».
«Ça m'a touché quand j'ai vu ce macaron, admet M. Poulin. Mon approche en éducation est beaucoup celle du bon parent. Et c'est comme ça que je l'ai vu dans la crise actuelle. Quand j'intervenais, j'intervenais auprès de mes étudiants et je me voyais davantage comme un bon parent que comme un directeur général étranger ou anonyme qui va appeler la police pour intervenir.»
«Et ce qui a manqué beaucoup dans ce conflit, mais ce qu'on a eu ici au Cégep, c'est de la communication. Nous avons maintenu la communication avec tout le monde. Et je dis bien: tout le monde. Il y a toujours eu cette communication et je pense que c'est ce qui nous a sauvés.»
La loi spéciale
En terminant, M. Poulin, quelle est votre opinion sur la loi spéciale du gouvernement Charest? (N.D.L.R.: la question lui a été posée jeudi après-midi, quelques heures avant que les détails du projet de loi 78 soient dévoilés).
«C'est sûr que je pense qu'il fallait qu'une décision soit prise. Ce conflit a traîné beaucoup trop longtemps et il fallait que quelqu'un prenne une décision. Ça, c'est évident. Mais moi, Frédéric Poulin directeur du Cégep, si j'avais eu un choix, j'aurais opté pour un moratoire. Et là, je reviens encore au bon père de famille. Tout le monde se tire les cheveux, on va tous arrêter ça, on va mettre fin à la «fête de famille», chacun va retourner chez lui et on se reprend. De ma perspective et de ma façon de voir les choses, je pense que le moratoire aurait été la meilleure solution. Mais c'est facile pour moi de dire ça ici. Je peux comprendre qu'un premier ministre, dans le rôle qu'il a, ait décidé d'opter pour autre chose. Mais personnellement, ça n'aurait pas été ma décision.»