«C'est un très bon choix, a-t-il dit. C'est une dame qui connaît bien le mouvement, qui a réussi à établir de très bonnes relations avec les organismes que nous aidons et qui s'est impliquée dans la communauté. Elle a rapidement rallié les troupes ici à Centraide Outaouais et tout le monde est derrière elle. Elle était directrice générale par intérim depuis février et tout le monde souhaitait que ce soit la personne choisie. Et ce fut le cas. Je parle pour tout le monde en disant que nous sommes très contents».
Espérons que M. Tremblay voit juste. Parce que les défis seront énormes au cours des prochains mois pour la nouvelle directrice générale de Centraide Outaouais.
Quand on voit les nombreuses mises à pied annoncées au gouvernement fédéral, et quand on sait que les fonctionnaires fédéraux sont les plus importants donateurs à Centraide, l'inquiétude devient aussi grande que les défis.
«Les coupures au gouvernement fédéral nous inquiètent, c'est certain, a dit Mme Lepage. Près de 60% des fonds recueillis durant notre campagne annuelle proviennent de la fonction publique fédérale. Donc les compressions au fédéral ont un impact direct sur nos résultats et sur notre capacité de pouvoir aider la communauté.
«Et c'est un cercle vicieux, poursuit-elle. Parce que peut-être que certaines des personnes congédiées auront besoin d'aide à leur tour. Et ça risque de faire augmenter les besoins en services. Donc plus de besoins, mais moins d'argent. C'est une roue et c'est très inquiétant.»
À la recherche de solutions
Non, la situation n'est pas rose ces jours-ci dans la région. Mais à Centraide Outaouais, on ne baisse pas les bras. On travaille présentement à l'élaboration d'un plan pour diversifier les revenus. On parle d'un programme de dons majeurs et d'un autre de dons planifiés, comme les legs testamentaires, par exemple, ou encore les dons d'assurance-vie.
«Il y a d'autres façons d'aller chercher des fonds, croit Mme Lepage. On parle, par exemple, d'un programme de dons majeurs. C'est un secteur où nous sommes moins présents. Il y a d'autres Centraide dans d'autres régions qui le font avec succès. Donc cet automne, nous devrions être en mesure de lancer ce programme. Nous ferons de la sollicitation individuelle auprès de certaines personnes que nous aurons identifiées comme étant potentiellement intéressées à offrir un don important à Centraide. Mais c'est plus à moyen terme. On doit développer une relation avec ces gens et voir ce qui va avec leurs intérêts.
«Il faut arriver à se démarquer et à montrer aux donateurs que de donner à Centraide, ça change la vie des gens, d'ajouter Mme Lepage. Et je crois qu'il faut aussi faire comprendre aux gens que l'argent donné ici reste ici. Ce n'est pas envoyé à Montréal ou à Toronto, ça reste ici en Outaouais. On a plusieurs exemples de gens d'ici qui se sont pris en main grâce aux organismes que nous appuyons. C'est ça qu'il faut démontrer aux donateurs. Qu'on parle d'un investissement social plutôt que d'un don. Il faut leur montrer qu'ils n'ont pas donné pour rien et qu'ils ont aidé quelqu'un.
Mais la demande d'aide est-elle si grande en Outaouais?, que je lui demande.
Oh oui. Que des gens qui vivent dans une zone prospère comme la nôtre aient à se nourrir dans une soupe populaire, ou qu'ils aient à aller chercher de la nourriture dans une banque alimentaire, ça n'a pas de bon sens. Mais le pire, c'est qu'on voit de plus en plus de travailleurs - des petits salariés - qui doivent aller dans une banque alimentaire à la fin du mois parce qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Le loyer coûte cher. L'électricité coûte cher. Mais t'as pas le choix de payer si tu ne veux pas te retrouver dans la rue. Et souvent, il ne leur reste pas assez d'argent à la fin du mois pour se nourrir. Donc oui, la demande est grande. Elle est très grande. Et avec toute l'instabilité actuelle, elle risque de devenir encore plus grande.»
Mère d'une fille de 14 ans et d'un garçon de 12 ans, Nathalie Lepage compte douze ans d'expérience au sein du mouvement Centraide. De 1994 à 2001, elle a agi à titre de coordonnatrice de l'attribution des fonds à Centraide Outaouais. Elle a ensuite travaillé deux ans à Centraide Ottawa, avant de faire un passage de six ans au gouvernement fédéral.
Elle est retournée à Centraide Outaouais en 2007 pour diriger le développement communautaire. Et elle a été nommée directrice générale de cet organisme la semaine dernière.
Pourquoi ce retour à Centraide Outaouais, il y a cinq ans, alors qu'elle occupait un important poste au sein du gouvernement fédéral? Pourquoi ce besoin de travailler dans le monde communautaire?
«Je l'ai compris davantage quand je suis allée au gouvernement fédéral, répond-elle. Ce qui m'attire dans le monde communautaire, c'est l'impression que notre travail sert à quelque chose. On voit concrètement des résultats. On contribue au bien-être de la communauté. C'est cette impression-là que je n'ai jamais retrouvée ailleurs.
«Quand j'ai gradué de l'Université, en 1994, j'ai obtenu mon premier vrai emploi ici, à Centraide Outaouais. Et j'ai tout de suite senti que j'étais à ma place. J'aime le contact avec les gens, la compassion qu'on retrouve ici, mais aussi le désir d'aider les gens à s'en sortir. Quand je suis revenue en 2007, j'ai senti que je revenais chez nous.»