Rencontre avec le chanteur Patrick Norman

L'amour, la passion et la musique

Patrick Normand... (Archives, La Presse)

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Patrick Normand

Archives, La Presse

Denis Gratton
Le Droit

Patrick Norman roule sa bosse dans le monde du spectacle québécois depuis plus de 40 ans.

Peu connu du public durant les années 1960 et 1970, alors qu'il chantait principalement dans les cabarets pour tenter - tant bien que mal - de joindre les deux bouts, il a soudainement été propulsé au firmament des superstars par une chanson. Par une simple chanson.

« Ne laisse pas passer, La chance d'être aimé. Le coeur devient moins lourd, Quand on est en amour. »

Cette chanson bien simple, pour ne pas dire simpliste, lui a valu les Félix de chanson de l'année et de l'album le plus vendu de l'année, avec plus de 300 000 copies vendues dans la francophonie canadienne. Puis ont suivi les MétroStar en série et tous les honneurs imaginables. La gloire, quoi.

Cette petite chanson qui, dit-il, a changé sa vie et relancé sa carrière, a été enregistrée et lancée sur le marché en 1984. Mais curieusement, les radios n'ont pas fait tourner Quand on est en amour avant 1986. Comment Patrick Norman explique-t-il ce délai de deux ans ?

Snobé par le milieu

« J'étais un peu snobé par le milieu, répond-il. On me regardait de haut, on ne me prenait pas au sérieux. Mais quand j'ai sorti ce hit et qu'on a vendu 300 000 albums, plusieurs étaient agacés par mon succès. Il y a beaucoup de jaloux dans ce métier.

- Vous vous êtes sûrement posé plusieurs questions durant ces deux années entre l'enregistrement de cette chanson et sa diffusion à la radio, que je lui demande.

- Oh oui ! Je m'en suis posé beaucoup. Mais tu sais, quand tu fais partie de l'élite, t'as la faveur de tout le monde autour. Mais quand tu n'en fais pas partie, il y a beaucoup de portes qui ne s'ouvrent pas. C'est un peu comme aujourd'hui, tu sais. Aujourd'hui, ce n'est pas facile pour ceux qui ne font pas partie de la grosse machine de Star Académie. Quand les médias, les radios et les télés sont super bien contrôlés et, qu'en plus, ils ont leurs propres artistes, c'est sûr qu'ils favoriseront leurs artistes à eux. Ce n'est pas facile pour un nouveau venu de bâtir une carrière en partant de rien. C'est une méchante montagne à monter. Mais ce n'est pas impossible ! Je l'ai fait. Je l'ai montée, cette montagne. Il faut garder la foi, garder la passion et, surtout, de ne pas être dans ce métier-là pour devenir une star. Les jeunes d'aujourd'hui veulent devenir des vedettes et des stars. Mais on a beau les mettre tout de suite dans une limousine, il faudra quand même qu'ils fassent leurs preuves. Les gens ne sont pas dupes.

- Je change de sujet, M. Norman. On vous entend rarement commenter la politique. Est-ce par choix ?

- (Rires.) Ma seule politique, c'est l'amour. L'amour sous toutes ses formes. L'amour de l'environnement, l'amour du pays, l'amour de cette Terre sur laquelle on pose notre pied, l'amour des gens autour de nous, l'amour pour ceux qui ont de bonnes intentions et qui veulent faire un monde meilleur. C'est ça, ma politique. Si vous saviez comme je suis déçu des politiciens en général. Très déçu. Personne ne pense aux vraies choses qui sont importantes. Tout ce qu'on a en tête, c'est l'économie et créer de l'emploi. Et pendant ce temps-là, notre environnement se détériore. Je me demande dans quelle sorte de merde nos enfants vivront dans 30 ans. C'est ça la question qu'on devrait se poser en maudit. On est très égoïste, on veut tout. On veut les iPhone, les iPad et tout ça. Et il faut payer le moins cher possible. Donc, ce sont des gens dans d'autres pays qui payent le prix que nous ne voulons pas payer. Des gens qui travaillent pour des salaires de crève faim parce que nous les exploitons. Tu voulais que je te parle de politique ? Alors c'est ce que j'en pense. Et je pourrais continuer.

- Je pense que je vais changer de sujet ! (Rires.) En juin 2011, il y a huit mois, vous avez subi un triple pontage.

- Oui. Et ça va très bien depuis. Les médecins m'ont dit que ça me rajeunirait de 15 ans et ça semble marcher. C'est comme une nouvelle vie, une renaissance.

- Avez-vous eu peur ? Peur de mourir ?

- Non, je n'ai pas eu le temps d'avoir peur. Tout ça s'est bousculé et tout ce que j'avais en tête, c'était de mettre ça derrière moi. Je n'ai pas peur de la mort. Je ne crois pas que la mort soit pire que la naissance. Avant notre naissance, où étions-nous ? On ne sait pas. Mais j'imagine qu'on retourne à la même place. C'est comme ça que je le vois. Et depuis cette chirurgie à coeur ouvert, j'apprécie beaucoup plus chaque journée, chaque moment. Le plus difficile dans la vie d'un être humain, c'est de vivre le moment présent. La grande majorité d'entre nous vivons dans le passé et appréhendons le futur. On oublie d'être bien dans le moment présent, alors que le moment présent est le seul qui nous appartient.

- Vous avez 65 ans, M. Norman. Avez-vous songé à la retraite ?

- Pas question ! J'ai beaucoup trop de fun à faire ce que je fais. J'ai toujours hâte de remonter sur les planches. Je carbure à ça, c'est ma passion. La musique pour moi, c'est ma vie.

- Vous serez au Centre des arts Shenkman du MIFO (secteur Orléans) mardi prochain. Vous y êtes en supplémentaire et le MIFO a ajouté une autre supplémentaire à l'automne. À quoi les gens peuvent-ils s'attendre, mardi soir ?

- Une autre supplémentaire ! ? Câline que ça va mal ! (Rires.) Mardi je chanterai mes grands succès, bien sûr, mais aussi des extraits de mon nouvel album L'Amour n'a pas d'adresse. Cet album est une collection des chansons les plus demandées par le public. Comme, par exemple, la chanson Mille après mille que je n'avais jamais enregistrée. C'est un album qui est super bien accepté par le public. Et si j'avais le support que d'autres ont à la radio, je suis certain que cet album ferait un tabac. Mais petit train va loin, c'est comme ça que je le prends. Et le public est au rendez-vous. »

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