Roland Lavoie, propriétaire de Pilon Ltée

Au boulot depuis 70 ans

Embauché en 1942 à l'âge de 16 ans,... (Archives, LeDroit)

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Embauché en 1942 à l'âge de 16 ans, Roland Lavoie est passé de simple caissier à propriétaire unique de l'entreprise, qu'il dirige depuis 1977.

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Est-ce un record Guinness ? Ça reste à vérifier. Mais que ce le soit ou non, ça demeure tout un exploit !

Roland Lavoie, le propriétaire de Pilon Ltée, secteur Hull, a fêté hier ses 70 ans de travail dans cette entreprise plus que centenaire, fondée en 1898 et spécialisée dans la vente de matériaux de construction. Soixante-dix ans de travail !

Embauché le 27 janvier 1942, à l'âge de 16 ans, Roland Lavoie est passé de caissier à commis comptable, à actionnaire de l'entreprise, puis à propriétaire unique, en 1977, entouré de son fils Gilles et de trois petits-fils.

« J'ai acheté mes premières parts dans l'entreprise à l'âge de 25 ans », raconte-t-il au bout du fil. Aujourd'hui, à l'âge de 86 ans, il se paye maintenant le luxe de passer ses hivers en Floride. « M. Pilon m'avait vendu dix parts, se souvient-il. Puis j'ai continué à acheter des parts, je faisais ça par coups. En 1977, je suis devenu président, directeur général et actionnaire principal de la compagnie. J'ai acheté le contrôle de la compagnie », dit-il fièrement.

Bien qu'il en soit l'unique propriétaire depuis maintenant 35 ans, M. Lavoie n'a jamais voulu changer le nom de l'entreprise pour Lavoie Ltée - ou encore Lavoie et fils.

« Mes enfants voulaient que je le change, dit-il. Mais moi je ne voulais pas parce que le nom Pilon existe depuis 1898. Mes enfants, quand ils étaient jeunes, disaient à leur mère : 'Je m'en vais voir papa chez Pilon.' Je n'aurais pas voulu qu'ils disent : 'Je m'en vais voir papa chez Lavoie.'»

« Et quand l'entreprise ne porte pas ton nom, t'es moins orgueilleux, poursuit-il. Et tu ne peux pas être orgueilleux en affaires. Souvent, les gens commencent à me parler en me disant 'bonjour M. Lavoie'. Puis on jase un brin et ils vont terminer en me disant 'bonjour M. Pilon'. Ça arrive souvent. Et ça ne me dérange pas. Je ne leur dis même pas », ajoute-t-il en riant.

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L'entreprise Pilon Ltée est la plus ancienne entreprise familiale de l'Outaouais. Elle a su relever d'innombrables défis - dont un incendie qui a complètement rasé le magasin en 1926. Elle a toujours réussi à tirer son épingle du jeu dans un marché de plus en plus compétitif.

Son secret ?

« Savoir se retirer à temps, répond M. Lavoie. J'ai déjà vendu des meubles Thibault dans mon magasin. Mais quand les gros magasins de meubles sont arrivés, je me suis retiré. Je me suis toujours retiré quand c'était le temps. Quand on est déménagé sur le boulevard Montclair, en 1954, il n'y avait pas de Galeries de Hull. Il n'y avait absolument rien dans ce coin-là, on était tout seul. Donc on vendait des piscines, des frigos et tout ça. Quand t'es tout seul, ça va bien. Mais quand d'autres arrivent, qu'ils sont mieux équipés que toi dans ces lignes-là et qu'ils ont un plus gros inventaire, t'es mieux de débarquer et de te concentrer sur tes spécialités. Et notre force a toujours été le service et la qualité. Et c'est pour ça que le monde revient toujours chez Pilon, lance-t-il en reprenant le slogan de l'entreprise. Oui, ils vont ailleurs. Mais ils reviennent tout le temps chez nous », ajoute-t-il.

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Bien qu'il passe l'hiver dans le Sud, loin du froid et de la neige, M. Pilon garde un oeil sur son entreprise. Il ne passe pas une journée sans que le « président » appelle son fils Gilles, aujourd'hui directeur général de l'entreprise familiale, pour s'assurer que les affaires roulent bien.

« Il y a de ces gens qui sont incapables d'arrêter, raconte Gilles Lavoie. Et mon père est l'un de ceux-là. Il m'appelle à tous les jours et si, par exemple, un client a une facture impayée depuis trop longtemps, mon père appelle ce client de son condo en Floride. Il n'arrête jamais. »

« Mais j'appelle aussi nos clients pour les remercier ! » précise Roland Lavoie au bout du fil. « La semaine dernière, j'ai appelé quatre de nos clients qui ont fait affaires avec nous pour les remercier. Si on reçoit un gros chèque, mon gars m'appelle ici en Floride, et moi j'appelle le client pour le remercier. Dire merci, ce n'est pas grand-chose, ça ne coûte rien et les gens aiment ça.

- Est-ce que l'heure de la retraite sonnera un jour, M. Lavoie ?, que je lui demande en terminant notre entretien.

- Jamais, répond-il sans hésiter. Je marche moins vite qu'avant et je frappe la balle de golf moins loin, mais je vais continuer à travailler. Et quand je viens passer l'hiver en Floride avec ma femme, je m'ennuie. Je m'ennuie ici et j'ai hâte au 30 mars (la date de son retour). Quand je suis chez Pilon, je salue à peu près 150 personnes par jour. J'aime ça et les clients semblent l'apprécier. Mais ici, je vois un million de gens par jour et je n'en connais pas un seul. Chez Pilon... c'est mon chez moi. »

« Je le sais que mon père s'ennuie là-bas, conclut son fils Gilles. Sa vie, c'est ici. »

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