La rédemption de Jennifer Lynn

Jennifer Lynn Parent organise des parties de soccer,... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Jennifer Lynn Parent organise des parties de soccer, tous les dimanches, pour rassembler les jeunes de son quartier.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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CHRONIQUE / Chaque dimanche après-midi, une trentaine d'enfants se réunissent dans le parc Gilbert-Garneau, dans le secteur Pointe-Gatineau, pour jouer au soccer. Ce n'est rien d'organisé. Il n'y a pas d'association qui chapeaute le tout. Pas d'arbitres non plus. C'est de l'improvisation pure et simple. Voici une vingtaine de ballons, les enfants. Le parc est à vous de 13 h à 15 h. Amusez-vous !

Et ça marche. Les enfants de ce quartier s'amusent et reviennent chaque week-end, depuis les cinq dernières semaines.

Ce dimanche de soccer dans le parc de la rue Moreau est l'idée d'une résidente du coin, Jennifer Lynn Parent.

C'est elle qui a acheté les ballons et invité les enfants de son quartier à venir s'amuser.

« On habite un quartier défavorisé, dit-elle. Et en organisant ces dimanches de soccer pour les enfants d'ici, je veux leur procurer un sens d'appartenance. Je veux leur donner deux heures durant lesquelles ils n'ont qu'à s'amuser entre eux, qu'à jouer, qu'à être des enfants. Je connais très bien la réalité de ces enfants-là. Et je veux les aider à faire de meilleurs choix dans la vie que ceux que j'ai faits quand j'étais jeune. »

Prostituée à 13 ans

Jennifer Lynn Parent, 35 ans, a du vécu, c'est le moins qu'on puisse dire. Un vécu qui a son lot de périodes sombres.  

Fille d'une mère monoparentale - elle n'a jamais vraiment connu son père - Jennifer-Lynn avait 12 ans lorsqu'elle a commencé à commettre des vols dans le quartier qu'elle habitait à l'époque. « Des vols dans les voitures, se rappelle-t-elle. Des vols dans des maisons. Je me souviens d'avoir volé les cadeaux de Noël d'une famille. Et quand je suis repassée plus tard devant cette maison, j'ai eu un énorme sentiment de culpabilité. Je volais, oui. Mais je ne voulais pas faire de mal à personne. Donc plutôt que de faire mal aux autres, j'ai décidé que j'allais me faire mal à moi-même. »

Elle avait 13 ans quand elle a fugué et qu'elle a commencé à faire le trottoir, à se prostituer. Puis la consommation d'alcool et de drogues dures a vite suivi. Elle était parfois arrêtée et détenue. Mais elle reprenait le même manège une fois en liberté. Cet enfer de la rue a duré quatre ans. Mais Jennifer Lynn s'en est sortie à l'âge de 17 ans lorsqu'elle a donné naissance à sa première fille.

Quelques années plus tard, à l'âge de 19 ans, elle a rechuté. L'argent qu'elle gagnait comme danseuse nue dans les bars lui permettait de se procurer sa drogue. « Heureusement que ma mère et ma soeur étaient là pour s'occuper de ma fille », dit-elle.

Jennifer Lynn s'en est finalement sortie, et pour de bon. Mais avec de l'aide. Beaucoup d'aide. Au Pavillon Jelinek, chez Narcotiques Anonymes, à l'Hôpital de Hull. Et elle remercie aujourd'hui tous les travailleurs sociaux, les travailleurs de rue et les policiers qui lui ont sans cesse répété qu'elle valait tellement plus que ce qu'elle laissait paraître. 

Jennifer Lynn Parent a donné naissance à une deuxième fille en 2010. Elle est sobre depuis quelques années et elle habite aujourd'hui le secteur Pointe-Gatineau avec ses deux filles. Mais elle se sait encore fragile. « Je suis toujours en thérapie, dit-elle. Mais ça va de mieux en mieux dans ma vie. Mes enfants sont bien et j'ai trouvé une façon de donner un peu de moi-même à ma communauté et d'être un meilleur exemple pour mes filles. »

Cette façon de donner, c'est le soccer du dimanche. Jennifer Lynn a acheté 25 ballons et elle laisse les enfants du quartier qui se présentent au parc s'amuser. Elle leur achète des bouteilles d'eau. Elle a obtenu des souliers de soccer pour eux, gracieuseté du Grenier du petit sportif. Et dimanche, des représentants des Grands Frères et des Grandes Soeurs de l'Outaouais se joindront à elle pour offrir des collations aux enfants ainsi que des t-shirts de soccer gratuits pour tous.

« Et ces gens des Grands Frères et Grandes Soeurs seront accompagnés d'un joueur professionnel de soccer, explique Jennifer Lynn. Il viendra offrir quelques trucs et quelques conseils aux jeunes. J'ai tellement hâte. Les enfants seront tellement contents et surpris. Et ce serait bien si des parents de notre quartier pouvaient aussi s'impliquer et venir superviser et donner un coup de main les dimanches. »

Oui, Jennifer Lynn est bien consciente que certains parents pourraient être appréhensifs à l'idée de laisser leur enfant avec elle pendant quelques heures, compte tenu de son passé. Et elle sait que certains la jugeront pour ses erreurs. Mais elle est comme un livre ouvert.

« Je ne peux pas effacer mon passé et je n'ai rien à cacher, dit-elle. Parce que j'ai appris à aimer la personne que je suis devenue. Et aujourd'hui, j'aide à ma façon ma communauté et ça m'apporte beaucoup de joie. Ma vie a un sens. »




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