La cour est pleine

Les usagers du nouveau refuge de l'Armée du... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Les usagers du nouveau refuge de l'Armée du Salut pourront rester discrètement à l'écart dans une cour intérieure plutôt que de quêter et de flâner sur le trottoir du chemin de Montréal, dit-on.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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CHRONIQUE / Ainsi, le refuge d'urgence de l'Armée du Salut, qui se trouve actuellement sur le marché By d'Ottawa, déménagera dans un peu plus de deux ans au 333, du chemin de Montréal. En plein centre de Vanier. En plein coeur.

La nouvelle a pris un peu tout le monde par surprise. Surtout les gens de Vanier. Et ceux-ci ont vite réagi en signant des pétitions pour empêcher la venue dans leur quartier de ce centre pour écorchés de la vie.

En quatre petits mots, les Vaniérois crient haut et fort : « PAS DANS MA COUR ! ». Et savez-vous, ils ont raison.

Oui, ce refuge de l'Armée du Salut doit quitter le marché By. Le maire d'Ottawa, Jim Watson, s'est d'ailleurs dit réjoui par ce déménagement à Vanier. Parce que ce centre de l'Armée du Salut situé à l'angle des rues George et Cumberland repousse les touristes, les visiteurs et les promoteurs immobiliers potentiels. Qui voudrait vivre ou déambuler dans un coin du marché où règne le désordre public, où des seringues jonchent le sol, où les mendiants sont plus nombreux que les passants et où des bagarres (et parfois des fusillades) éclatent à toute heure de la journée ? Ce coin de rue est désolant. Même repoussant.

Et voilà qu'on réglera ce problème en le déménageant à Vanier. Mais dans un centre ultramoderne de 350 lits (!) où, dit-on, les usagers pourront rester discrètement à l'écart dans une cour intérieure plutôt que de quêter et de flâner sur le trottoir du chemin de Montréal. 

Mais est-ce une prison ou un refuge d'urgence qu'on compte bâtir dans le coeur de Vanier !? (Et cette future cour intérieure de l'Armée du Salut sera-t-elle à l'image de la cour intérieure des Bergers de l'espoir situé à l'angle de l'avenue King Edward et de la rue Murray ? C'est-à-dire une cour intérieure toujours vide parce que les usagers préfèrent se mêler à la vie sur le trottoir ?).

Donc ce centre de refuge de l'Armée du Salut doit sortir du marché By, disais-je. C'est une question de gros bon sens. Je joins cependant ma voix à mes compatriotes de Vanier pour crier haut et fort : « Pas dans ma cour ! ».

On se fera pointer du doigt, je le sais. C'est la réaction normale envers un groupe qui fait du « pas dans ma cour ». On accuse ces gens de renier leurs responsabilités sociales au profit de leur confort et de leur quiétude. On n'aime pas les « pas dans ma cour ».

Mais clarifions une chose. Vanier fait sa part. Vanier fait plus que sa part. Vanier est sans contredit le quartier le plus accueillant d'Ottawa quand il est question d'aide sociale, de compassion, d'entraide, d'empathie et de partage. De responsabilités sociales, bref.

Le quartier de Vanier - cette ancienne ville - s'étend sur un mille carré. Ou 1,6 km carré si vous préférez. C'est petit. Presque minuscule.

Mais dans ce petit « mille carré », on retrouve le Centre de traitement de la toxicomanie Maison Fraternité qui est réparti dans trois pavillons (un pour les femmes, un pour les ados et un autre pour les hommes francophones du grand Ottawa). On retrouve aussi à Vanier la maison Chez Mère Bruyère, le seul endroit dans la capitale qui offre gratuitement des vêtements pour les enfants de zéro à 12 ans issus de familles défavorisées (francophones et anglophones) du grand Ottawa, de Kanata à Orléans.

Vous trouverez aussi à Vanier - dans notre petit mille carré - l'organisme Action Logement qui aide les familles D'OTTAWA à faible revenu à obtenir un logement adéquat. Pas loin de là on retrouve le Centre de soins de santé autochtone Wabano, qui est situé à deux pas du 333, chemin Montréal, là où veut construire le nouveau centre de refuge de l'Armée du Salut. On a aussi la Maison Marie-Louise qui offre une aide essentielle et indispensable aux nouveaux arrivants D'OTTAWA, la banque alimentaire Partage Vanier, la clinique de santé mentale pour les enfants de zéro à 18 ans Le Centre psychosocial, et le Centre de services communautaures Vanier qui offre toute une gamme de services d'entraide aux francophones du grand Ottawa. Et je pourrais continuer.

Vanier fait sa part, disais-je. Plus que sa part. Et Les Vaniérois le font à bras ouverts et avec le coeur plein de compassion.

Donc avant de les pointer du doigt et de les accuser de faire du « pas dans ma cour », demandez-vous donc si les gens du quartier dans lequel vous habitez en font autant que les Vaniérois pour aider leur prochain.

Enfin, la question est celle-ci : n'a-t-on pas le droit de crier « pas dans ma cour » quand notre cour est pleine ?




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