Le St. Charles Market

L'église Saint-Charles, dans le secteur Vanier, sera transformée... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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L'église Saint-Charles, dans le secteur Vanier, sera transformée en projet immobilier.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Le « Marché St. Charles Market ». C'est le nom que portera le projet immobilier qui verra bientôt le jour à l'angle des rues Beechwood et Barrette, dans le secteur Vanier, là où se trouvait l'église Saint-Charles.

Ça risque d'être beau comme endroit. On parle de 52 unités (la moins chère se vendra à plus de 400 000 $), d'un marché public en plein coeur de ce complexe, de restaurants, de cafés et, bien entendu, de la structure de l'ancienne église et de son clocher qui ont été préservés.

Parce qu'il n'était pas question de démolir la structure de cette église construite en 1908. Il s'agit d'un lieu historique pour la communauté francophone d'Ottawa et pour les francophones d'un peu partout au Canada. Parce que c'est là, dans le presbytère paroissial de l'église Saint-Charles, que la Société secrète des Commandeurs de l'Ordre de Jacques-Cartier - voire La Patente - a vu le jour en octobre 1926. 

Voici ce qu'on peut lire sur le site du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) : « (L'Ordre) est l'oeuvre du curé François-Xavier Barrette et d'un petit groupe de fonctionnaires canadiens-français. La société exclusivement masculine a pour mandat d'assurer le bien commun des catholiques de langue française au Canada par la formation d'une élite militante afin de promouvoir leurs intérêts, tant au sein de la fonction publique que dans l'entreprise privée. (...) La puissance de l'Ordre s'est fait sentir dans tous les aspects de la vie au Canada français jusqu'à sa dissolution à Ottawa le 27 février 1965. Le démantèlement de l'Ordre était perçu comme une conséquence de la Révolution tranquille québécoise et signifiait pour plusieurs chercheurs la fin du Canada français. À son apogée, l'Ordre comptait 504 groupes locaux dispersés à travers 1140 municipalités. On peut estimer le nombre de membres à plus de 11 000 en 1960 ».

Un lieu historique, disais-je.

Mais le développeur du « Marché St. Charles Market » - la compagnie Modbox, d'Ottawa - semble un peu moins attaché à l'histoire de ce site. Oui, ce promoteur a préservé la structure de l'église Saint-Charles. Mais il n'avait pas le choix puisqu'en 2013, cette église a été désignée en vertu de la Loi ontarienne sur le patrimoine, protégeant ainsi l'extérieur du bâtiment.

Modbox tiendra une « visite en avant-première » de ce nouveau complexe samedi. Et une invitation à cette visite a été distribuée par la poste aux portes des secteurs Vanier et Overbrook, pour ne nommer que ces deux quartiers. Le hic, c'est que cette invitation est uniquement en anglais. (Tout comme le site web de Modbox, soit dit en passant).

« We'd love for you to be first ! », peut-on lire sur cette invitation. « Be part of the transformation », y ajoute-t-on. Hein ? What ?

J'ai téléphoné chez Modbox pour obtenir une invitation en français. Mais la représentante bilingue de cette firme, une prénommée Chantal, ne pouvait me dire si l'équipe de marketing de Modbox a expédié des invitations en français. « Mais si vous venez à l'avant-première de samedi, m'a-t-elle dit, toute la documentation sera dans les deux langues (officielles) ». Mais quand j'ai insisté pour obtenir une invitation dans ma langue maternelle, Chantal m'a finalement dit qu'un représentant de l'équipe de marketing allait me rappeler. J'attends toujours...

Et voici un passage de la description en ligne du projet « Marché St. Charles Market », tel qu'on peut lire sur le site de Modbox : « We've reimagined how to use this iconic property, which for more than 100 years, was a gathering place for many communities ».

Hein ? What ? L'église Saint-Charles a été pendant plus de 100 ans un lieu de rassemblement pour de NOMBREUSES communautés ? Ah bon. On me l'apprend. Mais à part la communauté francophone, de quelles communautés parle-t-on au juste ?

Et nulle part dans cette description de Modbox du « Marché St Charles Market » peut-on lire le mot « francophone », ou « Canadien français », ou encore « Franco-Ontariens ». Rien. On préfère parler d'un lieu de rassemblement pendant plus d'un siècle de nombreuses communautés...

On oublie vite, n'est-ce pas ? Ou choisit-on parfois d'oublier ?




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