Après 149 ans, adieu marché By

Daniel Parisien ne vendra plus ses produits dans... (Denis Gratton, Le Droit)

Agrandir

Daniel Parisien ne vendra plus ses produits dans le marché By. « On tourne la page » après 149 ans de présence de la famille Parisien dans ce marché public. »

Denis Gratton, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / La famille Parisien vend des légumes et des fleurs dans le marché By d'Ottawa depuis toujours. En fait, les Parisien sont présents chaque été dans le marché By depuis 149 ans. La Confédération canadienne n'avait qu'un an lorsque Louis Parisien a commencé à vendre les produits de sa terre dans ce marché public de Bytown fondé en 1826. Et de génération en génération, cette famille pionnière a toujours accueilli ses clients sur la rue York, en plein coeur du marché By.

Mais pas cette année. En ce 150e anniversaire de la Confédération, la famille Parisien a « tiré la plug » sur le marché By. Elle n'y sera pas cet été pour les festivités entourant le 150e. Et elle n'y sera pas l'an prochain non plus. Après 149 ans, c'est fini. Il n'y a plus d'affaires à brasser dans le marché By pour cette famille franco-ontarienne de producteurs.

« Les festivités du 150e de la Confédération ont été la goutte qui a fait déborder le vase », laisse tomber Daniel Parisien, co-propriétaire avec son frère Mario des Serres D. Parisien, à Bourget. (Ils sont aussi propriétaires de la Jardinerie Le Migrateur, à Cumberland.)

La « goutte » en question est « le Village de l'inspiration » que l'organisme Ottawa 2017 a érigé sur la rue York, dans le marché By, là où la famille Parisien occupait annuellement huit kiosques de fleurs et de plants de légumes. « On occupait cet espace depuis des années, explique Daniel Parisien. On aurait pu déplacer nos huit étals et aller un peu plus loin dans le marché. Mais on a décidé de tracer une croix sur le marché By. Ce n'est plus rentable comme endroit.

«Il y a une vingtaine d'années, poursuit-il, on vendait 75 % de nos plants dans le marché By, et 25 % étaient vendus en gros, dans des centres de jardin spécialisés. Aujourd'hui, c'est le contraire. À peine 25 % de notre production est vendue dans le marché By.»

Mais le 150e n'est pas entièrement à blâmer. Le problème remonte à bien plus loin, affirme M. Parisien. «Plusieurs diront que l'achalandage au marché By a diminué en raison du manque d'espaces de stationnement dans ce quartier, dit-il. Et c'est vrai. Mais ce n'est pas la seule raison. En fait, il n'est pas là le problème. C'est l'ambiance du marché By qui a changé. On comptait très peu de revendeurs avant 1995. La grande majorité des marchands étaient les producteurs eux-mêmes. Le client avait ainsi accès à l'expertise de ces producteurs d'ici pour leur demander des conseils. Et les gens aiment encourager les producteurs locaux. Aujourd'hui, ces producteurs locaux sont remplacés par des revendeurs de produits cultivés à l'extérieur de la région, parfois même à l'extérieur du pays, et qu'on retrouve dans toutes les épiceries d'Ottawa. Les clients ne sont donc plus assurés d'obtenir un produit local. Alors pourquoi aller acheter ses légumes et ses fleurs au marché By quand les magasins à grande surface vendent exactement les mêmes légumes et les mêmes fleurs ?» demande M. Parisien.

Daniel et Mario Parisien produisent des plantes annuelles en serres. Ils exploitent à Bourget un complexe de 55 000 pieds carrés de serres de production. Et c'est dorénavant sur cette terre à Bourget, ainsi que dans leur centre de jardin à Cumberland, qu'ils vendront leurs produits.

«Les célébrations du 150e de la Confédération ont touché directement les étals qu'on occupait normalement, raconte Daniel. La Ville d'Ottawa veut augmenter la présence touristique dans le marché By. Et c'est correct. Mais ce ne sont pas les touristes qui achèteront des plantes de jardinage ou des plants de tomates et de concombres. Donc après 149 ans de présence, on tire notre révérence du marché By.»

***

Les ancêtres de Daniel et Mario Parisien ont exploité une terre à Cyrville pendant des décennies. C'est en 1867 que Louis Parisien III s'est installé dans ce secteur de l'Est d'Ottawa. Il fut donc le premier d'une grande lignée à cultiver des terres locales et à vendre ses produits au marché By. Mais les descendants de Louis Parisien III ont dû se départir d'une bonne partie de leurs terres agricoles de Cyrville pour permettre la construction de l'autoroute 417. C'est à ce moment que la famille Parisien a fait la conversion de la culture en champs vers la production de plantes annuelles en serres.

Jean Parisien a déplacé l'entreprise à Cumberland au milieu des années 1970. Et en 1990, Daniel, fils aîné de la sixième génération, est devenu copropriétaire. Et c'est en 1994 qu'il a construit un complexe de serres de production à Bourget. Son frère cadet, Mario, s'est joint à la relève en ouvrant un centre de jardin à Cumberland. 

Et malgré leur départ du marché By, les deux frères Parisien continueront d'exploiter leur entreprise familiale et de vendre leurs produits directement aux clients dans leurs centres de production de Bourget et de Cumberland.

Seront-ils de retour dans le marché By l'an prochain, une fois que les festivités du 150e seront chose du passé ? 

«Non, répond Daniel Parisien. On tourne la page.»




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer