La troisième vie de Gilles

Gilles Roy fait ce qu'il peut, dans sa... (Denis Gratton, Le Droit)

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Gilles Roy fait ce qu'il peut, dans sa deuxième vie et il s'inquiète de ce qui arrivera dans sa troisième vie, lui qui a tout perdu dans les inondations.

Denis Gratton, Le Droit

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CHRONIQUE / Gilles Roy, 66 ans, fait un peu partie du décor dans le Vieux-Gatineau. Tout le monde connaît le « vieux Gilles » qui sillonne les rues de ce quartier sur sa bécane rouge à la recherche de canettes vides qu'il accumule dans sa remorque de vélo. C'est un peu son métier. Sa façon d'arrondir ses fins de mois. Sa deuxième vie, dira-t-il.

« C'est comme si j'ai eu deux vies dans la même, lance-t-il. Une première vie dans laquelle je travaillais et que j'étais sportif. Et l'autre vie, celle-ci, celle dans laquelle je fais le mieux que je peux. »

Gilles séjourne au Motel Montcalm du boulevard Gréber depuis environ une semaine. C'est là qu'il est hébergé par la Croix-Rouge. Le petit appartement qu'il occupait depuis plusieurs années dans le sous-sol d'une maison de la rue Oscar a été complètement inondé. « Je me suis réveillé à deux heures du matin et j'avais les deux pieds dans l'eau, raconte-t-il. Les pompiers m'ont aidé à sortir de là au plus vite. J'ai passé la nuit dans leur camion et, au matin, ils m'ont emmené au centre des services aux sinistrés. J'ai perdu mes vêtements dans cette inondation. Et là, je n'ai plus de place à me loger, et je pense que la maison où j'habitais est finie. Je venais de payer le loyer (500 $) pour le mois de mai. Donc je n'ai plus d'argent pour m'en louer une autre. Je ne sais pas ce qui va m'arriver quand je serai obligé de quitter ce motel. Je suis seul, je n'ai pas de place où aller. L'avenir le dira, j'imagine. C'est peut-être ma troisième vie qui commence. Et elle risque d'être pire que la deuxième. »

Dans sa « première vie », Gilles Roy était commis au gouvernement fédéral, dit-il. « Aux approvisionnements et services à la Défense nationale... Je travaillais fort et je travaillais bien. C'est pour ça que je n'ai jamais eu de promotion, laisse-t-il tomber en riant. C'est comme ça au fédéral. Si t'es bon, ils te gardent et ils ne te donnent pas de promotion. Mais ceux qui ne font rien ont les promotions parce que les patrons veulent s'en débarrasser.

«Mais j'aimais bien mon emploi, poursuit-il. Je gagnais ma vie. Et j'étais actif et sportif à l'époque. J'ai joué au hockey avec contact jusqu'à l'âge de 35 ans.»

Puis la maladie l'a frappé. La maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique du système digestif. «J'ai été opéré, j'ai subi une colostomie, et depuis ce temps-là, j'ai un sac», dit-il en se tapotant l'abdomen, là où se trouve «son sac».

«Je suis passé de 200 livres à 120 livres après cette chirurgie, se souvient Gilles. Je ne pouvais plus faire de sports et j'étais complètement découragé. C'est comme si tout s'est écroulé. Et je pensais qu'il ne me restait plus grand temps à vivre. Puis à peu près au même moment, le gouvernement fédéral a aboli plusieurs postes, dont le mien. Ils m'ont offert quelques années de salaire et j'ai pris mon cash out. J'ai donc vécu cinq ou six ans comme si je gagnais un salaire. Puis après, je n'avais plus rien. Et je suis tombé sur le bien-être social.»

Et c'était le début de sa deuxième vie. «Celle dans laquelle je fais le mieux que je peux», dira Gilles.

«Je me débrouille avec mon chèque de pension (approximativement 700 $ mensuellement), dit-il. Je paye d'abord mon loyer, c'est ma priorité à chaque début de mois. Et je fais ce que je peux avec l'argent qui me reste. Et je ramasse des canettes. Mais là, je ne sais trop ce qui va m'arriver si la Croix-Rouge cesse de m'aider dans les prochains jours et qu'il reste encore deux semaines à écouler dans le mois. Je n'ai plus de logement et je n'ai plus d'argent pour m'en trouver un. Je ne sais pas où j'irai. L'avenir le dira, j'imagine» répète-t-il d'un long soupir de découragement.

Mince consolation, les cols bleus de la Ville de Gatineau ont pu récupérer sa bicyclette et sa remorque. Et elle est là, tout près de sa porte de chambre de motel. Prête pour la troisième vie de Gilles.




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