La faute à la «dam»

Simon Delorme et Roland Lafrance, de Cumberland.... (Denis Gratton, Le Droit)

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Simon Delorme et Roland Lafrance, de Cumberland.

Denis Gratton, Le Droit

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CHRONIQUE / J'ai passé mes étés d'enfance à Cumberland, à une trentaine de kilomètres à l'est de Vanier.

Mes parents réservaient un espace pour la saison au Camping Lemay. 

Mon père y plantait quelques tentes. Et c'était là, ni plus ni moins dans le milieu d'un champ de vaches, que nous passions la saison chaude. Mon père faisait la navette entre son travail à Vanier et Cumberland, tandis que ma mère restait avec ses sept enfants au camping, à la campagne. Parce qu'à l'époque, le secteur Cumberland de la Ville d'Ottawa était «la campagne».

Les temps ont bien changé. Et bien malin qui pourrait aujourd'hui trouver le Camping Lemay sur une carte. Disons que l'étalement urbain l'a avalé tout rond. Et là où mon père plantait nos tentes se trouvent aujourd'hui des maisons qui valent des centaines de milliers de dollars. 

Tout ça m'est revenu en tête mardi quand j'ai été jeter un coup d'oeil sur les dommages causés à Cumberland par la crue printanière. Je me suis rendu tout au bout du chemin Morin, là où les pompiers d'Ottawa ont érigé un centre de commandement. Le chemin Morin se trouve à une minute ou deux des traversiers Bourbonnais qui font la navette sur la rivière des Outaouais entre Cumberland et Masson-Angers. 

«Dans les années 1960, début des années 1970, c'était juste des chalets qu'on retrouvait ici sur le chemin Morin, de me raconter Simon Delorme, 63 ans, un Franco-Ontarien qui habite le coin depuis des décennies. On comptait de 60 à 70 chalets sur ce chemin, a-t-il ajouté. Parce qu'ici, à l'époque, c'était la campagne.

-Oui, je le sais, lui ai-je répliqué.

-T'es de Cumberland ?

-Non, de Vanier.»

Il s'est gratté la tête un instant...

Il n'y a plus de chalets sur le chemin Morin. Ils ont été rasés pour faire place à des maisons. Certaines sont modestes, tandis que d'autres - celles plus près de l'eau - sont imposantes. Mais la rivière n'a pas fait la différence, ce printemps, entre les grosses cabanes et les moins grosses. Elle s'est invitée là où bon lui semblait. Et Simon Delorme et son voisin, Roland Lafrance, n'ont jamais rien vu de semblable.

«J'habite ici depuis 1971, de dire M. Lafrance, qui est âgé de 69 ans... «et trois quarts», précisera-t-il en souriant. Oui, il y a eu les inondations de 1974. Et l'eau était presque aussi haute cette année-là. Mais le chemin était plus bas dans ce temps-là. On a monté le chemin après ces inondations de 1974. Et on n'a jamais eu de problèmes depuis. C'est-à-dire depuis ce printemps. Je ne sais trop ce qui s'est passé cette année.»

Son ami Simon Delorme est convaincu que ce sont les barrages qui sont en cause. «Ils ont mal géré les dam, surtout celle de Carillon, croit-il. (Dam, soit dit en passant, est le mot anglais pour barrage. Mais entre Franco-Ontariens, on s'est compris...). On le sait, nous, que c'est ça qui a causé tous ces dommages-là, a repris M. Delorme aux hochements de tête de son ami. C'est sûr que si t'écris ça, le journaliste, ils vont dire 'non', que la dam n'a rien à voir là-dedans. Et c'est très technique, ces affaires-là. Mais on le sait que c'est la «dam». Ça ne peut pas être autre chose. Et je te garantis qu'ils ne referont pas la même erreur l'an prochain. Watch bien ça.» 

-Mais il est tombé beaucoup de neige cette année, lui ai-je dit.

-Oui. Mais ils (les gestionnaires du barrage chez Hydro-Québec) savaient qu'on avait eu beaucoup de neige. Comme ils savaient qu'on allait avoir beaucoup de pluie aussi. Ça se gèrent, ces affaires-là. Ça se contrôle. Mais cette année, il y a quelque chose d'anormal qui s'est passé à la dam. Il y a quelqu'un qui a mal fait son job et qui a perdu le contrôle», de laisser tomber M. Delorme.

«Mais au moins, on a de l'aide cette fois-ci. d'enchaîner M. Lafrance. En 1974, personne n'est venu nous aider. Mais cette année, les voisins ont été fantastiques. Et les pompiers font un travail remarquable. Ils passent nous voir régulièrement pour nous demander si on a besoin de quelque chose. Ils surveillent les lieux 24 heures sur 24. On ne pourrait pas demander mieux. Mais une crue comme celle-là, c'est du jamais-vu.

­-C'est peut-être les conséquences du réchauffement climatique, lui ai-je lancé en fermant mon calepin de notes.

-Il y a des gens qui disent que c'est ça. Et ça se peut bien. Ça fait des années que je dis que la Floride s'en vient ici. Le printemps arrive plus tôt, la neige tombe plus tard. Ce sera la Floride ici, un jour. Mais je ne serai pas ici pour le voir.»




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