Les sinistrés

La place était bondée, lundi, au Centre des... (Martin Roy, Le Droit)

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La place était bondée, lundi, au Centre des services aux sinistrés de la Croix-Rouge aménagé au centre communautaire Jean-René Monette, à Gatineau.

Martin Roy, Le Droit

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CHRONIQUE / La place était bondée lundi. Des jeunes, des vieux, des familles, des travailleurs, des chômeurs... peu importe. Tout le monde est dans le même bateau quand celui-ci prend l'eau...

Le va-et-vient était étourdissant, lundi, au Centre des services aux sinistrés de la Croix-Rouge aménagé au centre communautaire Jean-René Monette, à Gatineau. Prenez un numéro, disait-on aux gens à leur arrivée. Et l'attente pour voir un représentant de la Croix-Rouge pouvait s'éterniser jusqu'à deux, trois et même quatre heures. «Mais ce n'est pas long quand on a nulle part où aller», m'a lancé Patrick, alias Numéro 581.

La majorité des sinistrés y étaient pour renouveler leur séjour à l'hôtel. Ils y sont depuis plusieurs jours et la Croix-Rouge avait assuré les frais d'hébergement pour ces nuitées. Mais ils devaient repasser par le centre des sinistrés, lundi matin, pour recevoir un autre bon de commande de la Croix-Rouge qui leur donnera droit à quelques jours de plus dans un hôtel ou un motel de la région.

La place était bondée lundi. Jusqu'à une centaine de sinistrés par moments. Et à eux se mêlaient des bénévoles, des employés de la Ville de Gatineau, des bons samaritains qui s'arrêtaient au centre Jean-René Monette pour apporter nourriture, breuvages et vêtements chauds, et une équipe de professionnels du Centre intégré de santé et des services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) mobilisée pour venir en aide aux gens en détresse psychologique ou en situation de crise.

L'atmosphère était lourde dans la grande pièce. La tristesse était palpable. Et tous partageaient ce même sentiment d'impuissance et de vulnérabilité. Tous sous le choc de se retrouver du jour au lendemain sinistrés. Un matin, ils préparaient les plates-bandes pour l'arrivée du printemps. Le lendemain, la rivière les chassait de leur demeure.

Patrick était au bord des larmes. Cet homme de 47 ans habite un semi sous-sol de la rue Vimy, à Gatineau. Un logement qu'il occupe depuis février, à la suite d'une séparation. Mais depuis quelques jours, lui et son fils de 16 ans séjournent à l'hôtel Quality Inn.

«J'ai perdu mes meubles et mes vêtements dans l'inondation, dit-il. Mais ça, ce n'est pas grave. C'est rien, ça se remplace. Mais là, je vais peut-être perdre la garde de mon fils. J'ai la garde partagée, c'est-à-dire que mon fils passe une semaine sur deux avec moi. Et mon rôle, comme père, est de le protéger et de subvenir à ses besoins. Mais là, je ne suis même plus capable de faire ça», soupire-t-il en s'essuyant les yeux.

Pascale et Robert sont parents de quatre enfants. L'aîné des quatre habite avec son père dans leur résidence à moitié inondée sur Hurtubise, question de sauver ce qu'ils peuvent dans la maison. «Ils font la navette entre la maison et le motel», précise Pascale. Deux autres de leurs enfants ont été confiés à des amis. Et le plus jeune, qui est âgé de huit ans, habite avec sa mère au Motel Montcalm du boulevard Gréber depuis maintenant six jours. 

Cet enfant de huit ans est autiste. Et cette visite au Centre des services aux sinistrés est pour lui un véritable cauchemar. Et il le laisse savoir par ses cris et ses pleurs.

«Un enfant autiste doit avoir sa routine, dit sa mère. Il faut que tout soit pareil. Il commence à s'habituer à la vie à l'hôtel. Mais ici, ce matin, c'est trop pour lui.»

André et Georgette, 88 et 85 ans respectivement, attendent patiemment qu'un représentant de la Croix-Rouge les appelle. Ce couple séjourne au Motel Adam depuis quelques jours. «Et c'est bien, dit Georgette. Mais c'est pas chez nous, c'est sûr.»

«Et c'est pire qu'en 1974, lance son conjoint, André. On habitait la même maison lors des inondations de 1974. On habite là depuis toujours. Et l'eau n'avait pas monté si haut que ça en 1974. Une inondation comme celle-ci, je n'ai jamais vu ça de ma vie.»

Alan et Rachel ont été évacués de leur maison de la rue Adélard dimanche soir. Ils ne voulaient pas partir, on les a forcés. Denis a quitté son logement de la rue Oscar, il y a deux jours. Et bien que la Croix-Rouge lui ait donné des bons de commande pour des repas au restaurant, il ne les a pas encore utilisés. Trop occupé est-il à aider ses voisins qui se battent corps et âme pour sauver leur maison. Mélanie et son conjoint venaient de faire l'achat de leur maison près de la rue Jacques-Cartier. Qu'en restera-t-il après le désastre ? Ils l'ignorent. Ils n'osent même pas y penser.

Chacun a son histoire. Chacun vit sa détresse à sa façon. Impuissants, sont-ils, mais aussi résilients. Et ils se consolent en se disant qu'lls pourront, un jour, rentrer à la maison.

Quand ? C'est LA question. Il faudrait d'abord qu'il cesse de neiger...




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