Une main tendue

Luc Bates s'est réveillé un matin, sinistré. Le... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Luc Bates s'est réveillé un matin, sinistré. Le Gatinois, comme plusieurs autres,est allé chercher de l'aide au centre de services réservé aux sinistrés des inondations qui frappent l'Outaouais.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE/ Luc Bates ne savait trop ce qu'il faisait là. Jamais dans sa vie ce Gatinois de 55 ans aurait imaginé se retrouver un jour dans un centre de services réservé aux sinistrés. Un centre mis en place mardi matin par la Croix-Rouge au centre communautaire Jean-René-Monette.

Mais Luc était là. Les yeux hagards, seul à sa table, une tasse de café en carton devant lui. Sans logement, sans nourriture, et les poches pratiquement vides. 

Lui qui s'était couché lundi soir dans le confort de son logement de la rue Adélard s'est réveillé au petit matin sinistré. Le niveau de l'eau de la rivière Gatineau, près de chez lui, avait considérablement monté pendant la nuit, et il devait évacuer son nid. Au plus sacrant. 

« Les pompiers sont venus cogner à ma porte vers 8 h pour me dire que je devais sortir et quitter mon logement, dit-il. Et ça semblait urgent, c'était «go ! go ! go !». J'ai à peine eu le temps de mettre quelques pièces de vêtements dans un sac et je suis sorti. La dernière fois que le niveau de la rivière a monté, il y a une semaine, j'ai juste eu un peu d'eau sur le plancher de ma chambre à coucher. Ce n'était pas tellement grave. Mais ce matin (mardi), ça montait de sept à huit pouces à l'heure. Il faut le voir pour le croire. Tu ne réalises pas comment c'est paniquant jusqu'à ce que tu sois les deux pieds dedans. »    

Alors Luc a évacué son logement. Mais on va où après ? On se réfugie où quand on doit abandonner son refuge ?

« J'imagine que je pourrais aller chez un de mes fils, dit Luc. Mais je ne suis pas le genre de père qui dérange ses enfants. Les pompiers m'ont dit que je pourrais venir ici, au centre de la Croix-Rouge. Alors c'est ce que j'ai fait. Et là, j'attends. Et je ne sais trop ce qui va se passer et ce qui va m'arriver. Parce que ce n'est certainement pas demain matin que je pourrai rentrer chez moi. Et je n'ai pas les moyens de me payer deux, trois ou quatre nuits à l'hôtel », ajoute-t-il, lui qui est sans emploi en ce moment.

« Je venais juste de remplir mon frigo, reprend Luc en secouant la tête. J'ai été à l'épicerie hier soir (lundi) et j'étais correct en nourriture pour la semaine. Mais là, ils (les pompiers) vont débrancher mon frigo, ils n'ont pas le choix. Et je vais tout perdre, souffle-t-il en levant les yeux au ciel. Tout, tout, tout. » 

« M. Bates. C'est votre tour », lui dit Francis Gauthier, un bénévole de la Croix-Rouge. Chef de division retraité du service des incendies de la Ville de Québec, M. Gauthier habite aujourd'hui Gatineau. Et s'il est devenu bénévole pour la Croix-Rouge, c'est pour « redonner un peu à cet organisme qui nous a tant aidés quand j'étais pompier », explique-t-il.

Luc Bates prend place à une table, devant M. Gauthier.

« Avez-vous un endroit où vous pouvez habiter pendant quelques jours ?, demande ce dernier au sinistré.

- Pas vraiment, de répondre Luc.

­ - Alors on peut vous héberger (gratuitement) pendant trois nuits à l'hôtel. Vous avez un choix de lieux d'hébergement. Est-ce que le Motel Montcalm du boulevard Gréber vous irait ?

- Oui, bien sûr.

- Parfait. Et on regardera la situation au bout de trois jours. Avez-vous une voiture ? Et avez-vous le droit de retourner chez vous pour aller vous chercher de la nourriture ?

- Oui, j'ai ma voiture. Mais non, je ne peux pas retourner dans mon logement aujourd'hui. 

- Alors voici des bons de commande qui vous donneront droit à trois repas par jour au restaurant. Et voici la liste des restaurants qui les accepteront. Avez-vous des vêtements ?

- Oui, répond Luc. J'ai eu le temps de m'en prendre un peu avant de quitter.

- Je pourrais vous donner des bons de commande pour que vous puissiez vous acheter des vêtements qui vous manquent.

- Ce ne sera pas nécessaire, merci. 

- Prenez-vous des médicaments ? Parce qu'on peut vous...

- J'ai eu le temps de prendre mes médicaments avant de partir. Merci quand même », dit Luc. 

Luc était soulagé. Et surpris par cette main tendue vers lui. « C'est beaucoup d'aide, ça, m'a-t-il lancé. Je ne m'attendais pas à ça. »  

Puis pour la première fois de la matinée, il a souri.

Pour faire un don à la Croix-Rouge canadienne : www.croixrouge.ca




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