Quand l'école déborde

La directrice Élaine Constant, Éric Galarneau du conseil... (Denis Gratton, Le Droit)

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La directrice Élaine Constant, Éric Galarneau du conseil d'école, et les étudiants Iman Gharib, Sydney Running et Nathan Feuillat dans la bibliothèque de l'école

Denis Gratton, Le Droit

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CHRONIQUE / Il n'y aura pas de bal de graduation ce printemps à l'école secondaire publique Mille-Îles, à Kingston, à deux heures de route d'Ottawa. Pourquoi tenir un bal pour seulement six élèves ?

Parce qu'ils ne sont que six élèves de 12e année dans cette école. Le taux d'obtention de diplôme est donc de 100 % à Mille-Îles ! Disons que c'est une façon de regarder le verre à moitié plein...

Parce que si on le regarde à moitié vide, la situation dans les écoles publiques de langue française de Kingston est alarmante. Et plus les années passent, plus les jeunes francophones quittent leur école francophone pour une institution de langue anglaise.

« Quand je suis arrivé au secondaire en 7e année, raconte Nathan Feuillat, vice-président du conseil étudiant à Mille-Îles, nous étions 25 élèves. De ces 25 étudiants, 19 ont quitté en cours de route. Certains pour l'école secondaire catholique (Marie-Rivier), mais la grande majorité d'entre eux ont quitté pour une école de langue anglaise. »

Pourquoi cet exode des jeunes Franco-Ontariens ? Parce qu'il n'y a pas plus de place à Mille-Îles. Parce que ces jeunes se sentaient comme des citoyens de deuxième classe vis-à-vis des élèves des écoles anglophones.

Il y a cinq ans, l'école secondaire Mille-Îles et l'école élémentaire publique Madeleine-de-Roybon (maternelle à la 6e année) ont été regroupées sous un même toit, au centre-ville de Kingston. Et s'ajoute à cet édifice une garderie qui compte 49 enfants avec une liste d'attente de 146 familles.

Mais à l'époque, l'école élémentaire Madeleine-de-Roybon ne comptait que 250 élèves. Elle est cependant passée à 450 élèves depuis. Et la demande des parents de Kingston qui souhaitent que leurs rejetons obtiennent une éducation en français ne cesse de croître.

La garderie est donc à pleine capacité. Et l'école élémentaire est pleine à craquer. Si bien que les élèves de la 4e à la 6e année suivent leurs cours dans six classes portatives installées dans la cour d'école. « Et on comptera huit portatives l'an prochain », précise la directrice des écoles élémentaire et secondaire, Élaine Constant.

Et le secondaire dans tout ça ? Eh bien, il est là le problème. Les 87 élèves du secondaire sont de plus en plus repoussés et coincés dans des locaux inadéquats. 

L'école déborde, bref.

Les élèves du secondaire n'ont plus accès au gymnase, pas de place à l'horaire pour eux. Leurs cours d'éducation physique se donnent plutôt au YMCA de Kingston, à 10 minutes de marche de l'école, et au Boys and Girls Club, à 10 minutes d'autobus scolaire. La bibliothèque de l'école est si petite que les élèves doivent s'asseoir au sol pour lire. La scène d'une ancienne salle de théâtre et d'impro a été transformée en entrepôt. Le bureau du technicien en informatique a été installé dans le petit espace autrefois réservé au concierge. La salle du personnel a été reconfigurée pour en faire une salle de classe. Les laboratoires de sciences pour les élèves du secondaire sont sous-équipés et pratiquement désuets. La cafétéria n'en est plus une. Un cours d'anglais s'est donné, l'an dernier, dans le corridor ! Et la liste se poursuit...

Que faire de la grande vague ?

Le moindre espace de l'édifice qui abrite les deux écoles publiques de Kingston est utilisé. Et on manque terriblement de place. Si bien que la majorité des élèves du secondaire se découragent et quittent le navire.

« Et c'est toute la communauté francophone (approximativement 6 000 francophones à Kingston) qui en souffre, affirme Cynthia Surette, vice-présidente du conseil d'école de Madeleine-de-Roybon. Plus on perd de jeunes francophones pour des écoles anglophones, moins on a une communauté francophone vibrante et vivante. »

« Et qu'allons-nous faire de la grande vague qui approche ?, se questionnent Sydney Running et Iman Gharib, respectivement présidente et ministre des Communications du conseil étudiant de Mille-Îles. Il y a 425 élèves de l'élémentaire qui passeront bientôt au secondaire. Déjà, cette année, 40 des 87 élèves du secondaire sont en 7e année. C'est le début de la grande vague et on est très mal équipé pour les recevoir. Et il faut être capable de les recevoir si on veut les garder. »

La solution passe par la construction d'une école secondaire publique.

« On a déjà envoyé trois pétitions et plusieurs courriels au ministère de l'Éducation de l'Ontario, affirme Éric Galarneau, parent du conseil d'école de Mille-Îles. Mais on n'a jamais obtenu de réponses de ce ministère. Et c'est très frustrant parce que la situation est critique. » « Que la ministre mette ses culottes et qu'elle vienne nous voir afin qu'elle prenne conscience de la réalité ici, à Mille-Îles, de renchérir Cynthia Surette. Qu'elle nous aide à construire une nouvelle école secondaire au plus sacrant. Ça presse. On est en crise ! »

La ministre de l'Éducation de l'Ontario, Mitzie Hunter, a déclaré à Radio-Canada Toronto, il y a deux semaines, qu'une entente entre les deux conseils scolaires francophones (public et catholique) pourrait mener vers la construction d'un centre scolaire-communautaire conjoint. Soit un endroit où seraient regroupés les deux écoles secondaires, le Centre culturel Frontenac et des organismes communautaires francophones de Kingston. Et les deux conseils scolaires en question se sont dits prêts à en discuter.

Mais selon l'étudiant Nathan Feuillat, le gouvernement ne ferait que ghettoîser les francophones de Kingston avec ce plan. « Qu'on mette tous les francophones dans le même coin, lance-t-il sarcastiquement. Combinons deux écoles et, d'ici cinq ans, on aura le même problème qu'on vit ici. La place débordera. »

Aussi ironique soit-il, les Franco-Ontariens de Kingston, qui se sont battus corps et âme pour l'obtention de leurs écoles, sont aujourd'hui victimes de leur succès. Mais un succès qui tarde énormément à être récompensé par le gouvernement de l'Ontario. Et pendant ce temps, les jeunes Francos de Kingston ne prennent pas leur place, ils la perdent...




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