Les cadavres chauds à la tête dure

C'est drôle, mais on disait ça de nous,... (Martin Roy, Archives Le Droit)

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C'est drôle, mais on disait ça de nous, francophones hors Québec, il y a 50 ans. Même 100 ans. Que nous étions voués à la disparition. Et nous sommes toujours bien vivants.

Martin Roy, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Ainsi, les francophones hors Québec seraient tenus sous respirateur artificiel par le gouvernement fédéral.

Ce n'est pas moi qui le dit, mais bien un chroniqueur d'un quotidien montréalais qui a récemment publié un papier sur l'avenir du français au Québec et dans le reste du Canada. Et selon lui, les francophones de l'extérieur de la Belle Province seraient - comme a déjà dit l'auteur québécois Yves Le Matou Beauchemin - des cadavres encore chauds.

J'aimerais bien savoir sur quels faits ce chroniqueur se base pour affirmer que les communautés francophones du Canada vivent - ou plutôt survivent - sous respirateur artificiel. Appuie-t-il sa réflexion sur les statistiques ? Donc sur des chiffres ?

Parce que s'il se base uniquement sur les statistiques, il faut lui donner raison. Statistiquement parlant, la francophonie régresse au Canada... et au Québec. C'est un fait qu'on ne peut nier. Et il n'y a même pas de place ici pour des « faits alternatifs » à la Donald Trump.

Mais doit-on en conclure que les Franco-Ontariens, les Acadiens, les Franco-Manitobains et toutes les autres communautés francophones du Canada vivent sous respirateur artificiel et que ce n'est qu'une question de temps avant qu'elles ne disparaissent ? 

C'est drôle, mais on disait ça de nous, francophones hors Québec, il y a 50 ans. Même 100 ans. Que nous étions voués à la disparition. C'est en 1990 que Yves Beauchemin a dit que nous étions des cadavres encore chaud. Il y a 27 ans de ça. Et nous sommes toujours bien vivants. Même plus que jamais. Plus d'un million de cadavres chauds à la tête dure, quoi.

Certains s'offusquent en lisant des affirmations plutôt gratuites comme celle lancée par le chroniqueur montréalais en question. Moi, elles me font sourire. Parce que je devine que ce journaliste a très rarement, peut-être jamais, visité les francophones d'ailleurs au Canada.

J'ai eu le privilège au cours des dernières années d'interviewer plusieurs artistes québécois. Et tous ceux d'entre eux qui ont pris le temps de visiter, mais de vraiment visiter les francophones hors Québec, se sont dits renversés par la vitalité de ces communautés. Pour ces artistes, c'était rien de moins qu'une révélation.

Voici par exemple ce que l'humoriste Mario Jean avait à dire sur sa tournée de spectacles qu'il a réalisée l'an dernier en Ontario français : 

« Je dis à mes chums humoristes : "rationalisez vos affaires et allez-y. Enlevez le décor et le fla-fla et allez à la rencontre de ce monde-là. Vous allez tripper en tabarouette !'. Cette tournée a marché au-delà de tout ce qui a marché dans ma vie. »

L'humoriste Boucar Diouf m'a raconté, il y a quelques années, qu'il était « tombé en amour » avec les francophones de l'extérieur du Québec alors qu'il agissait à titre de porte-parole des Rendez-vous de la francophonie.

Et pas plus tard que la semaine dernière, la chanteuse et animatrice Mariè-Ève Janvier me racontait comment elle et son conjoint, le chanteur Jean-François Breau, avaient été agréablement surpris de constater comment les communautés francophones de l'Ouest canadien étaient tissées serrées, accueillantes et chaleureuses. Vivantes, quoi. Très vivantes. 

Et bien loin de compter sur un respirateur artificiel pour avancer.

Ce ne sont que trois exemples. Je pourrais vous parler de plusieurs autres personnalités québécoises qui se sont dites impressionnées par leur visite chez les francos de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan et d'ailleurs au pays.  

Enfin, je dirais ceci à ce chroniqueur montréalais : Si vous voulez vraiment savoir comment se portent les communautés francophones hors Québec, allez donc les voir. 

Allez donc leur parler. Allez donc partager leur quotidien pendant un petit bout de temps.

Et prenez tout votre temps pour planifier votre voyage. Parce que ces communautés-là, quoi qu'en disent les statistiques et les chiffres, seront encore bien vivantes et respireront à pleins poumons pour encore plusieurs années.

Je dirais même pour un autre 100 ans.




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