Le temps d'une chanson

Henri Lacroix se fait plaisir en interprétant des... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Henri Lacroix se fait plaisir en interprétant des chansons pour les patients en soins de longue durée et palliatifs de l'Hôpital de Gatineau, comme sur cette photo avec Donald Servant.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / La dame a 90 ans. Elle repose au quatrième étage de l'hôpital de Gatineau, l'étage des soins de longue durée et des soins palliatifs. Elle est malade, il va sans dire, et elle sait qu'elle quittera bientôt pour un autre monde. Mais en ce mercredi après-midi, elle veut entendre du Elvis. Elle veut chanter. Elle veut se souvenir.

Et Henri Lacroix se fait un plaisir d'acquiescer à sa demande. Alors il trouve une chanson du « King » dans son iPad, il empoigne sa guitare et, quelques secondes plus tard, la vieille dame ferme les yeux et sourit. Elvis est dans sa chambre en ce mercredi après-midi. Et elle revit sa jeunesse, le temps d'une chanson. 

Henri Lacroix, 65 ans, est bénévole à l'hôpital de Gatineau. Dans quelques semaines, il célébrera ses 30 années de bénévolat dans cet établissement de santé. Cet homme chante pour les malades depuis 30 ans.

Tous les mercredis, beau temps mauvais temps, hiver comme été, M. Lacroix se rend au 4e étage de l'hôpital de Gatineau pour égayer les coeurs avec sa musique.

« J'ai toujours aimé jouer pour les gens, dit-il. Un jour, j'ai demandé à Dieu de me donner la chance de chanter et de jouer de la guitare devant 20 000 personnes. Et Dieu a accepté en me disant : 'D'accord pour les 20 000 personnes. Mais ce sera cinq à la fois', », lance-t-il en s'esclaffant. 

Père de deux garçons et fonctionnaire fédéral de carrière aujourd'hui retraité, M. Lacroix a débuté ses « spectacles » hebdomadaires à l'hôpital de Gatineau le 19 avril 1987. « Et je n'ai jamais manqué un mercredi depuis, sauf les fois où j'étais en vacances à l'extérieur de la région, affirme-t-il. Mais je chante et je joue de la guitare depuis l'âge de 13 ans. J'ai grandi à Welland, dans le sud-est de l'Ontario, et quand j'étais adolescent, j'animais la messe là-bas. Je prenais des chansons populaires et je les adaptais à l'église. Puis quand mon travail m'a emmené à Gatineau, en 1979, j'ai continué à jouer. J'avais un band, nous étions quatre musiciens et nous chantions un peu partout. Et j'ai commencé comme bénévole ici, à l'hôpital de Gatineau, il y a presque 30 ans. » On peut ainsi conclure qu'il a bel et bien chanté devant 20 000 personnes... minimum !

Henri Lacroix est un peu un homme-orchestre. Il se promène de chambre en chambre dans l'hôpital en trimbalant sa guitare, un haut-parleur et son fidèle iPad dans lequel se trouvent plus de 400 chansons avec paroles et accompagnements musicaux. Comme un karaoké ambulant, quoi. 

Et il chante au grand plaisir des patients, de leurs visiteurs, et même des membres du personnel de l'hôpital qui se joignent parfois à lui le temps d'un refrain ou d'un pas de danse.

« Je chante ce que le patient me demande de chanter, dit-il. Je connais pas mal tous les styles musicaux. Et si je ne connais pas la chanson demandée par le patient, je l'apprends et je reviens lui chanter la semaine suivante. »

Mais pourquoi ces 30 années de « spectacles » hebdomadaires à l'hôpital ?    

« On a tous quelque chose à offrir, répond-il. Moi, j'ai eu un cadeau dans la vie : la musique. J'ai ce talent inné et je veux le partager. J'aime jouer pour les gens. Et quand je viens ici, à l'hôpital, j'offre un peu de bonheur aux gens. Et rien au monde ne me fait plus plaisir. Et j'ose croire que j'aide les gens à oublier leur maladie quand je joue pour eux.

«Parfois, souvent même, je vois une larme couler sur la joue des patients. C'est parfois une larme de tristesse, de nostalgie. Mais c'est souvent une larme de joie, parce que la chanson leur rappelle un beau et doux moment. Ces gens-là avaient toute leur vie devant eux, il n'y a pas si longtemps. La Terre leur appartenait. Et parfois, il suffit d'une chanson pour leur rappeler leur jeunesse et ces belles années qui sont passées trop vite. Et le temps de cette chanson, ils oublient un peu où ils sont, et ils oublient la maladie.»




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