Trente-cinq ans à aider les gens

Porte-parole du Service paramédic d'Ottawa depuis 2002, Jean-Pierre... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Porte-parole du Service paramédic d'Ottawa depuis 2002, Jean-Pierre Trottier a pris sa retraite il y a deux semaines.

Patrick Woodbury, Le Droit

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LA GRANDE ENTREVUE / Vous avez sûrement lu son nom dans nos pages au cours des 15 dernières années. Porte-parole du Service paramédic d'Ottawa depuis 2002, c'est lui qui, via les médias, donnait à la population tous les détails pertinents à la suite d'une tragédie.

Jean-Pierre Trottier, 55 ans, a tiré sa révérence et pris sa retraite il y a deux semaines, après ces 15 années aux relations avec les médias pour le Service paramédic d'Ottawa. Quinze années qui avaient été précédées par 20 autres sur le terrain, comme paramédic. Ce sont donc 35 printemps que cet homme originaire de Vanier a consacré à aider autrui, à souvent sauver des gens d'une mort certaine, mais aussi, parfois, à devoir baisser les bras devant un triste destin. 

Bref, cet homme a côtoyé la mort sur une base quotidienne pendant 35 ans.

«Ce n'est pas facile comme profession, dit-il. Il faut savoir tracer la ligne entre son travail et sa vie personnelle. Plusieurs en sont incapables. Et ceux-là, ils ne durent pas plus de cinq ans dans ce métier. Et si je suis passé aux relations avec les médias il y a quinze ans, après 20 années sur le terrain, c'est parce qu'il était temps. Vingt ans sur la route dans ce métier, c'est très rare. On parle de quarts de travail de 12 heures, parfois le jour, parfois la nuit. Et ça devient lourd au fil des ans, tant sur toi, que sur ta famille et tes amis. Ça devient très difficile physiquement et mentalement. Donc il était temps que je passe à autre chose, il y a 15 ans.»

Mais comment fait-on pour tracer cette ligne entre son travail et sa vie personnelle ? Comment peut-on retrouver sa vie dite normale quand la mort a été omniprésente toute la journée ?

«J'ai été chanceux, répond M. Trottier. J'en étais à ma troisième année comme paramédic. Un jour, j'ai été appelé sur les lieux d'un accident. Un enfant avait été happé par une voiture. Et lorsque je suis arrivé sur les lieux, il était trop tard. L'enfant avait succombé à ses blessures. À la fin de mon quart de travail, j'ai été m'assoir seul dans la pièce où se trouvent les casiers des paramédics. Je revoyais cette scène dans ma tête et je m'en voulais de ne pas avoir pu sauver cet enfant. J'en étais bouleversé. Un vétéran du service m'a aperçu, il s'est approché de moi et il m'a dit: 'cet accident n'a rien à voir avec toi. Ce n'était pas de ta faute. Tu t'y es rendu et t'as fait de ton mieux'. Ses paroles me sont restées pour le reste de ma carrière.

«Mais il y a aussi des moments extraordinaires dans cette profession, poursuit-il. Parfois, t'arrives sur les lieux et le patient est à un cheveu de la mort. Puis tu procèdes avec les traitements, tu prends les mesures nécessaires et, au bout de quelques minutes, tu vois la couleur revenir dans le visage du patient. Tu vois la vie revenir en lui. Et quand ce patient te remercie de lui avoir sauvé la vie et que lui et sa famille qui l'entoure en ont des larmes de joie aux yeux... c'est extraordinaire. C'est indescriptible comme sensation. T'arrives chez toi le soir et tu te dis: 'ouais... j'ai eu une bonne journée aujourd'hui'.»

Adolescent, Jean-Pierre Trottier rêvait de faire carrière comme policier. Mais son rêve s'est vite dissipé quand il a voulu s'inscrire à un cours collégial en techniques policières, et qu'on lui a montré la porte, lui expliquant qu'on n'acceptait pas les candidats qui portent des lunettes.

«L'examen physique n'a même pas duré cinq minutes, se souvient-il en riant. Mais c'est ma mère qui était contente. Elle ne voulait pas que je devienne policier. Mais moi, je voulais aider les gens. C'est cliché, je le sais, mais c'est vraiment ce que je voulais faire dans la vie.»

Mais un peu pour faire plaisir à sa mère, Jean-Pierre Trottier a poursuivi ses études au collège Algonquin à Ottawa en... administration des affaires. «Avec spécialisation en gestion, précise-t-il en souriant. Mais à ma sortie du collège, j'ai travaillé pendant deux semaines pour la compagnie La Baie et j'ai démissionné. Je me suis vite rendu compte que le travail de bureau, entre quatre murs à longueur de journée, n'était pas pour moi. Je voulais de l'adrénaline dans ma journée, je voulais des défis. Donc je suis retourné au collège en techniques ambulancières. Ma mère a trouvé ça moins pire», ajoute-t-il en riant.

- Et maintenant que l'heure de la retraite a sonné, vous ferez quoi?

«Me reposer, voyager, me garder en forme, prendre tout mon temps. Après 35 ans comme paramédic, notre perspective de la vie change un peu. On ne s'en fait plus avec les petits problèmes de tous les jours. On profite de la vie. Et c'est ce que je compte faire dorénavant; profiter pleinement de la vie. Parce qu'elle est tellement courte.»




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