Le «Jeûne-o-thon»

Benoit Deschamps, Mathieu Gelinas, Ali Adan, (2e rangée)... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Benoit Deschamps, Mathieu Gelinas, Ali Adan, (2e rangée) Frederick Coté, Maël Cloutier-Proulx, Louis Robitaille et Isabelle Slattery.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Avez-vous déjà participé à un « berce-o-thon » ? Les lecteurs de ma génération me suivent. Mais les autres, un peu moins...

Un « berce-o-thon », c'était une activité annuelle qui se déroulait dans les écoles secondaires durant les années 1970. Les étudiants amassaient des sous auprès de leurs proches et, en échange, ils s'engageaient à passer une nuit entière à l'école à se bercer. (Les chaises-berçantes étaient fournies, si ma mémoire est bonne). Et toutes les sommes amassées dans le cadre de ce « berce-o-thon » étaient remises à un organisme de charité local.

Cette tradition s'est un peu poursuivie au fil des décennies. Mais aujourd'hui, les étudiants ne se bercent plus, ils jeûnent. Ils se privent de nourriture pendant 30 heures consécutives. Comme quoi se bercer était rendu trop facile, trop démodé et peut-être trop That '70s Show, faut-il croire. «Ce n'est plus un berce-o-thon», c'est un «jeûne-o-thon» », a lancé à la blague Christian Lortie, porte-parole de l'organisme Moisson Outaouais. 

Ce jeûne annuel - ou ce «Défi des 30 heures de la faim», comme on l'appelle - a débuté il y a deux ans à l'École polyvalente Le Carrefour. Près d'une centaine d'élèves du 5e secondaire ont participé à la première édition. Et l'an dernier, ce sont 160 étudiants de cette même polyvalente qui ont relevé le défi et amassé 360 kg de nourriture et 3 500 $ au bénéfice de Moisson Outaouais.

Comment ça marche, un «jeûne-o-thon» ? Disons que c'est beaucoup plus demandant qu'un reposant «berce-o-thon». Les étudiants de 5e secondaire débutent leur jeûne collectif à 8 h le matin, ils vont à leurs cours toute la journée, ils restent à l'école pour la soirée et la nuit, puis ils retournent en classe le lendemain, pour terminer leur défi à 14 h. Et à 14 h 1, ils s'entassent à la cafétéria pour s'empiffrer (gratuitement) de pizza, de lasagne, de poulet rôti, de lait au chocolat et le reste, gracieuseté d'une dizaine de commanditaires locaux.

La troisième édition du Défi des 30 heures de la faim a débuté jeudi matin. Et cette année, quatre autres écoles secondaires de Gatineau se sont jointes au Carrefour pour relever ce challenge annuel.

«On compte approximativement 450 étudiants de 5e secondaire qui participent cette année, explique le porte-parole de Moisson Outaouais. On s'attend donc à amasser tout près de 15 000 $ cette année. C'est fantastique ! Et ce sont 450 étudiants qui seront marqués par cette expérience et qui deviendront des ambassadeurs de l'engagement social.»

Pourquoi participer à ce Défi des 30 heures de la faim ? «Pour donner au suivant, pour aider les autres, répond Isabelle Slattery, 16 ans, du Collège Nouvelles Frontières. J'ai fréquenté une école primaire où beaucoup d'élèves profitaient du programme des petits déjeuners. Et j'allais souvent donner un coup de main pendant ces déjeuners. Donc c'est un peu un retour en arrière pour moi. C'est de continuer à donner au suivant.»

«Je trouve que c'est une bonne cause, renchérit sa collègue de classe, Maël Cloutier-Proulx. On donne souvent beaucoup d'argent, mais sans trop comprendre la cause. On le fait pour aider des gens. Mais ce que je trouve de bien en participant à ce défi, c'est qu'on se met pendant 30 heures dans la peau de ceux qui ne mangent pas, et on comprend pourquoi on donne et qui en profitera.

«Mais je pense que je vais m'ennuyer de mon bagel et de mon Nutella demain matin (vendredi) en me réveillant !», laisse tomber l'étudiante en riant.

Le président du conseil étudiant du Collège Nouvelles Frontières, Ali Adam, croit pour sa part que ce défi annuel est une excellente façon se sensibiliser les jeunes aux causes sociales, et il se dit fier de voir que deux tiers des étudiants du secondaire 5 de son école y participent. «Les plus jeunes étudiants de l'école nous voient participer à ce défi et je crois que ça les motivera à nous imiter quand ils seront à leur tour au 5e secondaire», dit-il.

«Il faut vivre l'expérience pour réaliser ce que c'est, enchaîne Mathieu Gélinas, enseignant de 5e secondaire à Nouvelles Frontières. Ça arrive à un peu tout le monde de sauter un repas une fois de temps en temps. Mais lorsqu'on passe 30 heures sans manger, on comprend un peu plus la réalité de ceux qui manquent de nourriture. Et on s'ouvre un peu plus à l'autre.» 

Tous les participants à ce Défi des 30 heures de la faim seront conviés à un gala, le 9 mars, durant lequel on dévoilera le résultat de cette collecte de fonds au profit de Moisson Outaouais.




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