Money talks

Alex Van Dieren... (Patrick Woodbury, archives Le Droit)

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Alex Van Dieren

Patrick Woodbury, archives Le Droit

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CHRONIQUE / Mon grand-père Gratton avait un principe bien simple quand il était question de langue et d'argent. Si un commerçant ne pouvait s'afficher en français et/ou ne pouvait servir sa clientèle francophone dans sa langue, mon grand-père n'y allait tout simplement pas. Il évitait ce commerce.

«Pas de français pour moi, pas d'argent pour toi.» Rien de plus simple. Ou comme diraient nos amis de l'autre langue officielle: money talks.

Tout ça m'est revenu en tête mardi matin quand j'ai lu qu'une cabane à sucre urbaine allait s'inscrire dans le cadre des événements signatures présentés lors des célébrations d'Ottawa 2017. Et que cette activité qui se tiendra au parc Lansdowne et à laquelle on attend 1200 personnes portera le nom de «SugarLumberFest».

Un nom anglais. Uniquement en anglais.

Et quand notre collègue Sylvie Branch a soulevé cette anomalie à Alex Van Dieren, un associé chez Orkestra, l'agence qui organise cet événement, il a répondu que cet événement «est comme une marque».

«Le SugarLumberFest, et la Cabane à sucre urbaine qui va être une sous-marque.»

Hein ? Une sous-marque ? Et par magie, l'agence Orkestra a fait parvenir mardi après-midi une nouvelle copie du communiqué de presse qui affichait cette fois-ci le nom francophone. Ou la sous-marque, comme on dit.

Mais curieusement, il n'est aucunement question de la sous-marque «Cabane à sucre urbaine» sur la page Facebook de l'agence Orkestra. Voici ce qu'on pouvait lire jeudi matin:

«On est fier en maudit de faire partie des célébrations de Ottawa 2017 avec un nouvel événement qui mélange la haute cuisine gastronomique au sirop d'érable avec des compétitions de pitchage de hache et de sciage de tronc: le Ottawa SugarLumberFest. Le 8 avril prochain. Be there

«Be there», s'assure-t-on d'ajouter en anglais. Il est donc clair que l'agence Orkestra vise d'abord et avant tout une clientèle anglophone. Pas besoin de diplôme en publicité ou en marketing pour comprendre ça. Et si les Franco-Ontariens de la région d'Ottawa veulent participer à cet événement: «Pas grave, doit-on se dire chez Orkestra, ils comprennent l'anglais».

Je vous ramène en janvier 2015, il y a deux ans. Le Festibière de Gatineau annonçait qu'il déménageait à Ottawa l'instant de deux jours afin d'y tenir un événement dans le cadre du Bal de neige. Le nom trouvé pour cet événement: Winter Brew Fest. Sans équivalent français. 

Et quand j'ai communiqué avec Alex Van Dieren (oui, le même que tantôt), il m'avait assuré qu'un nom francophone allait être dévoilé la semaine suivante. Pourquoi une agence francophone du Québec avait-elle besoin d'une semaine supplémentaire pour trouver un nom... francophone ? Parce qu'on n'y avait tout simplement pas pensé. Voilà pourquoi. On visait une clientèle anglophone et on n'allait pas perdre de temps pour trouver un nom francophone afin de plaire aux Francos qui comprennent l'anglais de toute façon.

Plutôt insultant tout ça.

Et comme on dit, jamais deux sans trois. L'agence Orkestra (eh oui, encore eux !) a convié les médias jeudi matin à une conférence de presse - à Gatineau cette fois-ci - pour annoncer la tenue de la toute première «Midnight Race». Et ce n'est qu'en conférence de presse qu'on a annoncé que cet événement porterait également le nom - ou la sous-marque? - de «Course de nuit». Mais jeudi matin, dans l'invitation aux médias, il était uniquement question d'une «Midnight Race».

SugarLumberFest, Brewfest, Midnight Race... «Be there», comme dirait l'agence Orkestra aux anglophones. 

Mais comme lui répondrait mon grand-père: «Pas de français pour moi, pas d'argent pour toi.»

Rien de plus simple.

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