Rose a perdu

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CHRONIQUE / Louise voudrait que je partage son message, sa demande. Elle voudrait que les propriétaires d'édifices à logements n'aient plus le droit d'interdire les chiens dans leurs immeubles. Elle qualifie même cette condition imposée par plusieurs propriétaires de « barbare ».

Pas sûr que je puisse acquiescer à sa demande. Si une personne construit ou achète un édifice à logements, libre à elle d'imposer ses conditions et ses règlements, pourvu que ceux-ci soient dans les limites de la loi. Et à ce que je sache, il est tout à fait légal d'interdire la présence d'animaux de compagnie et d'inclure cette condition dans un bail.

Louise le sait. Et je pense que la longue lettre qu'elle m'a écrite à la main - oui, à la main - était plus un défoulement pour elle qu'une demande d'aide ou d'appui de ma part. Sa lettre, je crois, était un peu sa façon de se déculpabiliser. Et de simplement partager avec quelqu'un son chagrin, ses remords et sa peine.

Louise, 58 ans, est atteinte de la dystrophie des cônes et bâtonnets. « Je perds graduellement la vue », dit-elle pour expliquer cette maladie de la rétine. Elle et son conjoint, André, habitaient le village de Bowman, au nord de Val-des-Monts. Mais pour des raisons de santé, ils ont dû quitter leur logement là-bas. Ils ont donc avisé le propriétaire de l'endroit qu'ils quittaient et ils n'avaient qu'un mois pour trouver un nouveau logement. Et à la toute dernière minute, ils en ont trouvé un dans le secteur Buckingham. Mais un logement où les animaux sont interdits. Et Louise et André ont un chien. Ou avaient un chien, devrais-je dire. Parce qu'ils ont été obligés de se départir de Rose, leur petite chienne, une Morky âgée de trois ans. « Une petite boule de poils », de me dire Louise au bout du fil. Louise et André n'avaient pas le choix. C'était Rose ou ce logement à Buckingham. Rose ou la rue. Et Rose a perdu. Et elle a été euthanasiée.

Voici comment Louise raconte dans sa lettre ce moment chez le vétérinaire :

« Le vétérinaire est revenu pour l'injection finale. Je me suis approchée tendrement de Rose. J'avais pris soin de la déposer délicatement sur la table, sur sa doudou préférée. J'ai pris sa tête dans mes mains. J'ai collé mon nez sur son museau, comme j'avais l'habitude de le faire, et je lui ai demandé pardon. Et comme tous les soirs, je lui ai chuchoté : 'Maman Loulou t'aime fort. Tu sais ça. Passe une bonne nuit, fais de beaux rêves et à demain'. 

«Malheureusement, il n'y a plus de demain, plus de sourires, plus de jouets partout dans la maison, plus de caresses ou de becs spontanés, plus de pleurs pour une balle qu'elle ne pouvait pas atteindre sous les meubles. Rose était ma bonne humeur, ma meilleure amie, ma sécurité, mon courage.»

•••

Je vous entends, chers lecteurs, je vous entends. Et j'ai posé à Louise la même question que vous vous posez présentement. 

- Pourquoi n'avez-vous pas donné Rose à un membre de la famille ou à un ami ?

«André et moi n'avons plus de famille, a répondu Louise. Ils sont tous morts. Nous n'avons pas d'enfant non plus. Et personne de notre entourage ne pouvait la prendre.»

- Alors pourquoi ne l'avez-vous pas emmenée à la SPCA pour adoption ?

«J'avais peur que Rose soit maltraitée chez des étrangers. Et de me l'imaginer dans une cage à la SPCA... j'en aurais fait des cauchemars toute ma vie.»

J'imagine qu'il faut être propriétaire d'un chien pour la comprendre. C'est vrai que c'est plutôt cauchemardesque d'imaginer son chien, son ami, seul et apeuré dans une cage.

Mais personnellement, j'aurais - à contrecoeur - laissé mon ami à la SPCA en priant le Ciel qu'il soit adopté par la famille idéale. Je lui aurais laissé une chance, quoi.  

Mais Louise ne voulait pas que Rose vive dorénavant dans ses cauchemars et ses idées noires. Elle a donc choisi de la donner à son coeur.

Là où elle sait que sa Rose vivra pour toujours.

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