Quatre-vingts ans et encore jeunes

À 79 ans et 11 mois, Gilles Joanisse... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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À 79 ans et 11 mois, Gilles Joanisse est le plus jeune membre du Temple de la renommée du hockey 80+.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE / Je suis allé voir un match de hockey à l'aréna Guertin samedi après-midi. Et disons que j'en ai déjà vu des plus palpitants. Le jeu était lent, décousu. Les passes souvent imprécises. Les gars ne se frappaient pas. Et pourtant, j'étais subjugué. Fasciné par le spectacle qui se déroulait devant mes yeux. Je n'arrivais pas à y croire.

Parce que ce n'est pas les Olympiques de Gatineau que j'ai été voir samedi. J'ai plutôt assisté à un match dans lequel le plus jeune des 24 joueurs participants était âgé de... 79 ans. « Mais j'aurai 80 en décembre », s'est empressé de préciser ce dernier.

Il s'agissait de la « quatrième partie mondiale de hockey 80+ ». C'est le nom qu'on lui a donné. Et ce match était organisé par le Temple de la renommée du hockey 80+. Cet organisme a été fondé il y a six ans par le Gatinois, Maurice Moe Marchand, et il compte 56 joueurs de 80 ans ou plus, francophones et anglophones, venus de l'Outaouais et de la grande région d'Ottawa, mais aussi de la région de Montréal et du sud de l'Ontario.

Et samedi, à l'aréna Robert-Guertin, se déroulait la partie entre les 24 nouveaux intronisés à ce Temple de la renommée pour octogénaires. Ce prestigieux « club » passait donc de 56 à 80 membres. « J'ai commencé ça il y a six ans et ç'a fait boule de neige, de dire Maurice Marchand. Et des 24 joueurs intronisés aujourd'hui, on en compte 12 de la région (de la capitale nationale). »

Et savez-vous, plus je regardais le déroulement du match tout en sachant que le plus jeune joueur sur la glace était âgé de 79 ans - 80 en décembre - plus je trouvais que le jeu n'était pas si lent que ça. Pas si décousu, non plus. Et j'étais curieusement soulagé de voir que les joueurs ne se frappaient pas...

Ce n'est pas tous les jours qu'on peut assister à une partie de hockey disputée entre 24 octogénaires qui semblent avoir trouvé la fontaine de Jouvence. Ces gars-là - ces « messieurs » - étaient jeunes adolescents quand Maurice Richard faisait la pluie et le beau temps dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Ces « messieurs » ont vu 20 des 24 conquêtes de la coupe Stanley par le Canadien de Montréal. Ces « messieurs » ont débuté leur famille et élevé leurs enfants avec Jean Béliveau. 

Et bien qu'ils n'aient jamais joué à un niveau professionnel au cours de leur vie, le hockey coule dans leurs veines. De « ligues de paroisses » en « ligues de garage », ils ont attisé leur passion pour ce sport toute leur vie. Et samedi, devant leurs épouses, leurs enfants, leurs petits-enfants et leurs arrière-petits-enfants, ils ont démontré tous leurs talents sur la glace et ravivé encore une fois cette game qui vibre en eux depuis huit décennies.

•••

Je me suis arrêté dans le vestiaire des joueurs avant le match. Il y avait Hubert (Garneau), 82 ans. Lui a déjà joué pour le Hull-Volant et il chausse toujours ses patins deux fois par semaine. Puis il y avait Gilles (Joanisse), 79 ans. (C'est lui qui aura 80 en décembre.) Gilles a commencé à jouer au hockey jeune enfant « sur le crique à Gatineau Mill », et il n'a jamais arrêté de jouer depuis. Hervé (Dorval), 80 ans, a pour sa part atteint le niveau junior B et joué à l'ancien Auditorium d'Ottawa. Et tout comme Gilles et les autres joueurs dans le vestiaire, il a réussi sa vie tout en continuant à jouer la game toutes ces années pour le simple plaisir de la jouer.

On ne peut pas dire que l'atmosphère était tendue dans le vestiaire avant le match. Ce n'était qu'une partie de plaisir, après tout. Il y a cependant eu des petits moments « inquiétants », si on peut dire ainsi. Comme lorsque Bill a presque oublié de prendre ses médicaments avant de sauter sur la glace. Ou comme lorsque Robert a oublié sur quelle ligne il allait jouer alors que le coach venait de lui dire.

Ou comme lorsque le gardien de but a réalisé, une fois ses jambières et tout son équipement enfilés, qu'il devait aller pisser.

Mais tout ça a vite été oublié quand les « grands-pères » nouvellement intronisés au Temple de la renommée du hockey 80+ ont fièrement sauté sur la glace aux applaudissements de la foule. On a présenté les joueurs un à un. Il y a eu la mise au jeu protocolaire par le conseiller municipal de Gatineau, Marc Carrière.

Et on a eu droit à l'interprétation de l'hymne national par la journaliste culturelle à 104,7 FM, Joanie Charron. (Tout un talent, soit dit en passant. Coach à La Voix, je me serais retourné).

Mais ce que j'ai surtout constaté dans le vestiaire et en regardant le match, c'est que ces joueurs sont tous des « messieurs »... droits. Droits comme des chênes.

Droits dans leurs valeurs.

Droits dans leur vie.

Tous des Jean Béliveau.

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