Un nouveau mouvement

L'ancien premier ministre de l'Ontario, David Peterson, se... (Archives, Le Droit)

Agrandir

L'ancien premier ministre de l'Ontario, David Peterson, se souvient très bien du 18 novembre 1986.

Archives, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

POLITIQUE / Il en fallait du courage politique...

En 1978, le député libéral d'Ottawa-Vanier (une circonscription appelée Ottawa-Est à l'époque), Albert Roy, dépose un projet de loi privé à Queen's Park par lequel il demande plus de services en français pour les quelque 500 000 Franco-Ontariens de l'époque. En fait, M. Roy demande qu'une loi officielle soit adoptée pour garantir des services gouvernementaux en français.

Contre toute attente, son projet de loi reçoit l'appui des trois partis à l'Assemblée législative. Mais à la toute dernière minute, le gouvernement conservateur de Bill Davis s'y oppose. Game over pour les francophones de l'Ontario.

« Le gouvernement Davis était plutôt tiède à l'égard des Franco-Ontariens, se souvient le leader libéral de l'époque, David Peterson. Il leur accordait de petites choses au compte-goutte. Et il en faisait l'annonce tard le soir. Le gouvernement s'inquiétait beaucoup de la réaction de la majorité (anglophone). Mais nous, les libéraux, représentions un nouveau mouvement. »

Un « nouveau mouvement » qui allait courageusement inclure la relance du projet de loi sur les services en français d'Albert Roy dans son programme électoral. Et en 1985, après 43 ans de règne en Ontario, les conservateurs sont battus par les Libéraux de David Peterson. Et celui-ci confie le « dossier sur les services en français » à son ministre délégué aux Affaires francophones, le successeur d'Albert Roy dans Ottawa-Vanier, Bernard Grandmaître.

Le 18 novembre 1986 - il y a aujourd'hui 30 ans - la loi 8 sur les services en français en Ontario est adoptée à l'unanimité. L'ancien premier ministre de l'Ontario, David Peterson, s'en rappelle...

« Je n'ai pas eu de difficulté à convaincre mon caucus de voter en faveur de la loi 8, se souvient-il. Je croyais passionnément dans les droits des minorités linguistiques. Et mon caucus aussi. C'est pourquoi nous sommes allés de l'avant avec cette loi. "Ben" (Bernard Grandmaître) a accompli du très bon boulot dans ce dossier. Et nous avons passé d'innombrables heures, lui et moi, à la rédaction de cette loi. Mais tout le crédit revient à Albert Roy. C'est lui, le vrai "père de la loi 8" », d'ajouter l'ancien premier ministre de l'Ontario.

Mais l'adoption de la loi 8 n'allait pas « passer comme dans du beurre » au sein de la majorité anglophone de l'Ontario. Les anglophones se sentaient menacés. On craignait la perte d'emplois dans la fonction publique. Le bilinguisme allait coûter trop cher. Le français deviendrait tôt ou tard une langue officielle en province, déplorait-on chez les anglophones. Puis des gestes anti-francophones sont posés. 

Des citoyens de Brockville piétinent un drapeau du Québec lors d'une manifestation contre l'expansion des services en français. Le conseil municipal de Saul-Ste-Marie adopte une résolution qui déclare la ville unilingue anglaise afin de ne pas se plier aux exigences de la Loi 8. D'autres villes ontariennes l'imitent.

« C'était une période politique très tendue au pays, se souvient M. Peterson. Il y avait eu l'élection du Parti québécois (en 1976), le référendum (de 1980) sur la souveraineté, l'adoption de la loi 101 qui faisait du français la langue officielle du Québec. Les Ontariens se sentaient menacés dans tout ça. Mais je croyais dans l'unité canadienne, dans le respect des deux peuples fondateurs et dans les droits des minorités linguistiques. Nous sommes donc allés de l'avant avec la loi 8.

«Oui, il y a eu quelques réactions qui m'ont un peu surpris, poursuit-il. Mais dans le cas de Brockville, il s'agissait de quelques cinglés de l'APEC (Alliance pour la préservation de l'anglais au Canada) qui ont marché sur le drapeau (du Québec). Et à Sault-Ste-Marie, c'était l'affaire d'un maire récalcitrant, un dénommé Joe Fratesi. Mais celui-ci ne parlait pas pour tout le monde. Je connaissais plusieurs personnes dans cette région de la province qui m'ont dit à l'époque qu'ils étaient un peu gênés par les agissements de ce maire. Donc ce n'était pas une manifestation massive ou généralisée. C'était plutôt l'affaire de quelques extrémistes, et je n'avais pas de temps pour eux. Mon gouvernement croyait passionnément dans les droits pour les francophones et dans l'unité canadienne, et nous nous sommes tenus debout. »

David Peterson croit-il que la province de l'Ontario deviendra un jour officiellement bilingue, à l'instar du Nouveau-Brunswick ?

«Je serais heureux si elle le devenait, répond-il. Ça ne me dérangerait pas. Mais c'est le gouvernement en place qui doit prendre cette décision.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer