Une question d'accent aigu

Le drapeau franco-ontarien... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Le drapeau franco-ontarien

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Les Franco-Ontariens de la grande région d'Ottawa - et d'un peu partout en province - ont mené une longue lutte durant les années 1980. Une lutte qui a duré près de 10 ans et qu'ils ont enfin gagnée.

L'enjeu : l'accent aigu sur le « e » dans le nom « Orléans », cet ancien village de l'Est d'Ottawa majoritairement francophone devenu un secteur de l'ancienne Ville de Gloucester. On s'est battu pour ça à l'époque. Pour un simple accent aigu. Une lutte symbolique, il va sans dire. Mais c'était aussi une question de principe. De fierté. D'identité. De patrimoine. De racines. De « notre place ». 

Notre cause était juste, quoi. 

Christian Prémont n'habitait pas l'Ontario à l'époque.

Originaire du Québec, M. Prémont s'est établi à London, dans le sud-ouest de l'Ontario, il y a 12 ans. Là où il occupe aujourd'hui un poste d'enseignant à l'école secondaire catholique Monseigneur-Bruyère. 

« Je connaissais très peu de l'Ontario quand je suis arrivé à London, a-t-il dit lorsque joint par LeDroit. Mais j'ai vite appris que nous (les francophones de l'Ontario) avions droit à des services en français. »

Il a donc exercé son droit le moment venu d'obtenir son permis de conduire, ainsi que sa carte Santé de l'Ontario. Lorsqu'il a constaté que l'accent aigu dans son nom de famille (Prémont) n'apparaissait pas sur son permis, ni sur sa carte Santé, il l'a exigé.

« Je viens d'une famille canadienne-française vieille de 300 ans, a-t-il plaidé. Qu'on inscrive l'accent aigu sur mon nom est le moins que je puisse demander. C'est mon identité. C'est important. Je m'appelle «Prémont», pas «Premont». Et je tiens à conserver cet accent aigu sur mon nom. C'est une question de respect pour ma famille, pour mes ancêtres et pour mes enfants. »

Sa cause est juste, quoi. Comme elle était aussi juste durant la « saga Orléans ». Mais Christian Prémont lutte depuis maintenant 12 ans... et toujours rien. Toujours par d'accent aigu sur son nom.

Douze ans !

« Et on me répond la même chose chaque fois que je renouvelle mon permis de conduire et ma carte Santé, affirme-t-il. On me répond que c'est impossible. Que le clavier de l'ordinateur est juste en anglais. Que le système informatique ne permet pas d'inclure des caractères français comme des accents ou des cédilles. »

M. Prémont a déposé une plainte au bureau du Commissaire aux services en français de l'Ontario, il y a plusieurs années. Puis il y a deux ans, il a publiquement dénoncé cette situation sur les ondes de Radio-Canada. Et quand le journaliste a fouillé l'affaire, il s'est fait répondre par le ministère des Transports et le ministère de la Santé et des Soins de longue durée qu'on travaillait présentement à la modernisation du système informatique.

Et le Commissaire aux Services en français, François Boileau, déclarait à Radio-Canada, en 2014, que le gouvernement provincial s'engageait à ce que les changements soient faits pour 2016.

Il y a deux ans de ça. Il reste moins de deux mois à l'année 2016. Et Christian Prémont s'appelle toujours « Premont » aux yeux de l'Ontario. Et rien n'indique que l'enseignant francophone de London retrouvera son accent aigu d'ici le 31 décembre. 

M. Prémont n'est évidemment pas le seul Franco-Ontarien à être orphelin de son accent. La situation est généralisée. François Côté de Sudbury, par exemple, porte le nom de « Francois Cote » sur les documents officiels de l'Ontario. André Bérubé, ou Brûlé, devient Andre Berube, ou Brule. Gisèle Grandmaître est rebaptisée Gisele Grandmaitre. Et ainsi de suite.  

Au bureau du Commissaire aux services en français de l'Ontario, on affirme que les plaintes à ce sujet s'accumulent depuis des années. Et la semaine dernière, un porte-parole de ce bureau a déclaré au Droit que des réponses des deux ministères concernés sont attendues cette semaine.

Mais selon les premières constatations, ce n'est pas demain matin - ni d'ici la fin de l'année 2016 - que les accents seront mis « là où il le faut ».

Alors quand le seront-ils ? Ou le seront-ils un jour ? On devrait le savoir au cours des prochains jours. À suivre...

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