Avancez en arrière

CHRONIQUE / «Notre politique de bilinguisme marche très bien », répète depuis... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / «Notre politique de bilinguisme marche très bien », répète depuis des années le maire d'Ottawa, Jim Watson, à quiconque ose soulever la question du bilinguisme officiel pour la Ville d'Ottawa.

Sa réplique à cette question est devenue si prévisible. Et savez-vous à quoi elle me fait penser ? À quelqu'un qui ne veut rien entendre et qui se bloque les oreilles en chantant ou en criant à tue-tête. Voyez-vous l'image ? Eh bien c'est cette image qui me vient en tête chaque fois que j'entends M. Watson répéter que la politique de bilinguisme de la capitale fédérale fonctionne bien.

Mais si elle va si bien, Monsieur le maire, comment expliquez-vous le fait que tout juste 17 % des quelque 1700 chauffeurs d'autobus d'OC Transpo soient bilingues ? Est-ce acceptable que tout plus de huit chauffeurs sur 10 soient incapables de s'adresser à un client francophone dans sa langue maternelle ? Si vous répondez « oui » à cette question, Monsieur le maire, vous et moi n'avons pas la même définition des mots : « service à la clientèle ».

Objectif : 25 %

En 2010, OC Transpo s'est donné comme objectif d'avoir 25 % de conducteurs bilingues. Ce chiffre aurait dû être fixé à 100 %, mais bon. Ne rêvons pas en couleur.

Cette prudente cible de 25 % a été atteinte en 2014. Un chauffeur d'OC Transpo sur quatre était bilingue. Mais plus maintenant. Les conducteurs bilingues ne représentent plus que 17 % de l'ensemble des chauffeurs. 

Que s'est-il passé ? Comment ce chiffre a-t-il pu chuter à ce point en deux ans ? Notre collègue Sylvie Branch a posé la question à la chef de section avec les opérations des employés pour OC Transpo, Cathy Holt. Et celle-ci de répondre : « On essaie de comprendre ».

Pardon ? Vous essayez de comprendre ? Vous ne le savez pas ? 

Et Mme Holt d'ajouter : « un des facteurs qu'on pense qui peut l'expliquer, c'est l'attrition de postes et le fait que plusieurs opérateurs ont pris leur retraite dernièrement ».

« On pense », a-t-elle dit. On n'est pas certain. Des chauffeurs ont pris leur retraite, mais jamais personne chez OC Transpo ne se serait posé la question à savoir si le modeste objectif de 25 % de chauffeurs bilingues se maintenait.

« On essaie de comprendre », a dit Mme Holt. Ce n'est pourtant pas difficile à comprendre, ma chère dame. La direction d'OC Transpo a tout simplement fait preuve de laisser-faire et d'un flagrant « je-m'en-foutisme » vis-à-vis de l'objectif de 25 % de chauffeurs bilingues. Ce qui porte à croire que l'atteinte de cet objectif, en 2014, n'était que l'effet du hasard. 

Il faut cependant souligner qu'OC Transpo offre des formations linguistiques aux employés qui souhaitent améliorer leurs compétences linguistiques en anglais et en français. Ces formations ne sont évidemment pas obligatoires.

Depuis le début de l'année, sur les 1700 chauffeurs, 34 se sont inscrits à la formation en français... Seulement 34 sur 1700. Deux pour cent.

Et trois de ces 34 chauffeurs se sont retirés de ces cours depuis...

Mais « la politique de bilinguisme marche très bien », nous répétera le maire Watson.

Ou comme crierait un chauffeur d'autobus : « Avancez en arrière ! ».

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