Dans la cour des autres

CHRONIQUE / «Pas dans ma cour », dit-on lorsque quelque chose d'indésirable... (Archives, LeDroit)

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CHRONIQUE / «Pas dans ma cour », dit-on lorsque quelque chose d'indésirable veut s'établir dans son quartier, dans son espace vital.

Mais à Vanier ces jours-ci, ont dit plutôt : « pas dans ma rue ». Et dans ce cas-ci, on parle de la prostitution. Du plus vieux métier du monde.

Il y a ce club de danseuses - le Playmate pour ne pas le nommer  - qui se trouve depuis plus d'une quarantaine d'années à l'angle du chemin de Montréal et de la rue Émond, en plein coeur du secteur Vanier. Certes l'un des plus vieux clubs du genre dans la grande région d'Ottawa. Il fait partie du décor, mettons.

Mais il dérange depuis un certain temps. Il dérange les jeunes familles qui ont décidé - malgré la présence de ce club - de s'installer sur la rue Émond. Il dérangerait tellement, le Playmate, que les résidents de cette rue font circuler une pétition pour demander à la Ville d'Ottawa de fermer une portion de leur rue. Et on aurait déjà recueilli 70 signatures sur cette pétition. C'est beaucoup quand on sait que la rue Émond n'est qu'une petite rue résidentielle d'un seul pâté de maisons. Disons que 70 signatures représentent tout près de la totalité des gens qui habitent cette courte rue.

La pétition a été lancée par deux mères de famille de la rue Émond. Ces deux dames ont raconté à Radio-Canada, mercredi, que des activités criminelles se dérouleraient près de chez elles et que les prostituées auraient fait de la rue Émond leur lieu de rencontre avec leurs clients.

Donc la solution de ces deux dames pour régler ce problème : que la Ville sépare les portions commerciale et résidentielle de la rue. Qu'on barre la rue, bref. Le Playmate d'un côté, les p'tites familles de l'autre.

C'est une solution. Et savez-vous, ça fonctionnerait. Parce que c'est prouvé que les filles de joie décamperaient si on barrait la rue. Sauf que...

•••

Je vous ramène presque 25 ans en arrière, au début des années 1990 lorsque les prostituées avaient comme « terrain de jeu » le marché By et la Basse-Ville.

Le conseiller municipal de ce quartier à l'époque, Richard Cannings, s'était alors donné comme mission de chasser les filles de joie de ces deux endroits. Et rien n'allait l'arrêter pour enrayer de ces secteurs le plus vieux métier du monde.

Il a fait ériger des barricades dans certaines rues du marché By. Et il a réussi à transformer d'autres rues de la Basse-Ville et du marché en sens unique. Tout ça dans le but de déjouer et de mieux contrôler les allées et venues des prostituées et de leurs clients.

Et ses interventions ont porté fruit. En août 1994, M. Cannings déclarait au Droit, étude à l'appui : « Mon projet est un grand succès. Les résidents de la Basse-Ville ne trouvent plus de seringues et de condoms sur leur pelouse ». Mission accomplie.

Mais le conseiller n'a pas enrayé le plus vieux métier du monde. Il l'a tout simplement repoussé, déplacé. Et où croyez-vous que les prostituées ont trouvé refuge pour poursuivre leur métier ? Si vous avez répondu : « Vanier », passez « Go » et récoltez 200 $. Les élus de l'ancienne Ville de Vanier ont déploré et condamné les agissements du conseiller Cannings. Les Vaniérois étaient en colère. Mais le mal était fait.  

« Pas dans ma cour », a dit le conseiller Cannings. Alors les filles de joie ont changé de cour. Et dans cette cour se trouve la rue Émond...

•••

Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, a déclaré qu'il est ouvert à cette idée de fermer « temporairement » la rue Émond dans le cadre d'un projet-pilote. Et ce plan fonctionnerait, disais-je, c'est prouvé.

Sauf que tout sera à recommencer pour le conseiller Fleury quand les prostituées de la rue Émond se trouveront une autre « cour » ailleurs dans son quartier.

Il n'y a pas de solution miracle pour enrayer le plus vieux métier du monde. Et de barrer des rues et de crier « pas dans ma cour ! » ne donnera absolument rien.

Mais dans le cas précis de la rue Émond, peut-être aurait-il fallu que certaines personnes comprennent que les risques d'apercevoir une prostituée ou deux sont plus élevés quand on décide de s'établir dans la « cour » d'un club de danseuses...

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