Patates chaudes

Paul et Yolande Michaud sont propriétaires du Roi... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Paul et Yolande Michaud sont propriétaires du Roi des patates frites depuis plus de 30 ans.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Les affaires roulaient bien au Roi des patates frites de Buckingham. Les propriétaires depuis plus de 30 ans de ce petit restaurant, Paul et Yolande Michaud - âgés 76 et 72 ans respectivement - avaient connu un bon été grâce à leur fidèle clientèle, leurs patates fraîchement coupées chaque matin et leur populaire poutine aux « crottes » de fromage de Saint-Albert.

Mais quelque chose de curieux s'est passé il y a quelques semaines. Quelque chose que le couple Michaud n'arrivait pas à s'expliquer. Eux qui accueillaient de 50 à 60 clients tous les midis n'en recevaient plus qu'une vingtaine, pas plus.

« Et le soir, on était parfois tellement occupés qu'on avait de la misère à fermer nos portes à 19 h, affirme M. Michaud. Les gens s'arrêtaient pour ramasser leurs frites pour souper et il fallait fournir. Mais depuis le début du mois... c'est mort le soir. Yolande !, crie-t-il à sa femme qui se trouve dans la cuisine du resto. Combien de clients as-tu servis hier soir !?

- Deux !, de répondre son épouse en plongeant un panier de patates dans l'huile bouillante. Peut-être trois ! »

Rien n'allait plus, quoi. Comme si le Roi des patates frites avait été soudainement déchu.

Mais Paul et Yolande ont enfin compris pourquoi certains de leurs loyaux clients les avaient ni plus ni moins abandonnés. Il y a quelques jours, leur livreur qui fait la navette entre leur casse-croûte de la rue MacLaren et l'Hôpital de Buckingham - « il y a des personnes âgées à l'hôpital qui aiment bien nos frites », de dire M. Michaud - donc leur livreur, disais-je, s'est fait demander par un infirmier : « Pourquoi encourages-tu ce gars-là (M. Michaud) ? Il vend de la drogue ».

Hein ? Quoi ? Paul et Yolande n'y comprenaient rien. « On ne sait même pas ce que ç'a l'air, du pot », de lancer Mme Michaud. 

Puis quelques jours plus tard, leur fille, Nancy, s'est fait dire par un voisin : « j'ai vu que ton père s'est fait arrêter avec 25 000 $ de drogue. Est-il en dedans (en prison) ? »

Du jour au lendemain, Paul et Yolande Michaud, les  propriétaires du Roi des patates frites depuis plus de 30 ans, étaient devenus des « vendeux de pot » ! 

« Le mot s'est passé dans Buckingham, déplore M. Michaud. Et ce n'est pas bien grand, Buckingham. Le mot se répand vite. »

Mais Paul et Yolande n'ont jamais vendu de drogue de leur vie. Ces honnêtes gens ne sauraient même pas par quel bout s'allume un joint.

Alors que s'est-il passé au juste ? Voici...

Le 31 août dernier, LeDroit a publié un texte intitulé « Dépanneur à pot » ou magasin de patates ? Et dans cet article, notre collègue Louis-Denis Ebacher, journaliste aux affaires judiciaires, a relaté les grandes lignes du procès d'un résident de Buckingham accusé de trafic de cannabis.

À un moment donné, la procureure de la Couronne dans cette cause a qualifié la résidence de l'accusé de « dépanneur à pot », tellement le va-et-vient des clients était intense à cet endroit. Ce à quoi l'avocat de l'accusé a répliqué : « Ma collègue parle d'un 'dépanneur à pot', un supermarché. On pourrait aussi dire que c'est un magasin de patates. Ce n'est pas parce qu'un policier le dit que c'est vrai. »

Cet avocat a utilisé les mots « magasin de patates » pour dire que la résidence de l'accusé aurait pu être n'importe quoi  d'autre qu'un lieu de trafic de drogue. Pas pour faire référence au restaurant Le Roi des patates frites !

« Mais le monde ne lit pas tout », de lancer Mme Michaud en secouant la tête.

Et plusieurs lecteurs ont malheureusement associé trop vite les mots « accusé », « trafic de cannabis », « Buckingham » et « magasin de patates » pour conclure faussement qu'il devait s'agir du propriétaire du Roi des patates frites. Puis le mot s'est passé dans le « village » et le « téléphone arabe » a fait le reste. Paul et Yolande étaient devenus des pushers !

Et comble du malheur - comme quoi tous les astres étaient alignés contre le couple Michaud ce jour-là - le résident de Buckingham accusé (et trouvé coupable) de trafic de cannabis dans cette histoire se nomme Jean-François... Michaud. Un gars qui n'a aucun lien de parenté avec eux.

Donc si vous vous arrêtez prochainement au Roi des patates frites de Buckingham, n'ayez crainte. Les septuagénaires derrière le comptoir ne tenteront pas de vous vendre du pot. Une grosse poutine plutôt qu'une petite, peut-être. Mais pas de pot.

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