Prévenir l'imprévisible

Jacinthe Beaudin et sa fille Janie Renaud n'ont... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Jacinthe Beaudin et sa fille Janie Renaud n'ont jamais vu venir la tragédie du 25 juillet dernier lorsque Jean s'est enlevé la vie.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / «Désolé, je ne suis plus capable d'avoir mal. Je vous aime. »

C'est en gros la note que Jean Renaud, 41 ans, a laissée sur son téléphone intelligent pour sa conjointe, Jacinthe (Beaudin), et sa fille de 13 ans, Janie, le matin du 26 juillet dernier.

Après avoir terminé son quart de travail comme chauffeur d'autobus à la STO, Jean s'est rendu au Lac-des-Fées ce matin-là où il a mis fin à ses jours.

Personne n'a vu venir cette tragédie. Personne n'aurait pu deviner. Et personne n'en croyait ses oreilles en apprenant la triste nouvelle dans les heures et les jours qui ont suivi. Comment un homme si jovial, si souriant et si profondément heureux dans sa vie familiale, sociale et professionnelle a-t-il pu poser un tel geste ? Pourquoi s'est-il enlevé la vie ? 

Jacinthe et Janie cherchent des réponses à ces questions depuis ce triste matin de juillet.

« Jean souffrait de maux de dos depuis un an et demi, dit Jacinthe. Il avait été suivi par tous les thérapeutes qui existent, tant en médecine traditionnelle qu'alternative. Mais il n'y avait rien à faire. Rien ne le soulageait, et les tests médicaux n'indiquaient rien. Et Jean ne voyait plus la fin de tout ça. Il ne voyait plus d'issues.

«Il souffrait, mais il essayait toujours de contrôler ses émotions, poursuit Jacinthe. Et je crois que tout ça, à la base, venait de ses blessures d'enfance. Il avait subi beaucoup de violence psychologique et physique dans son enfance. Tout ça a laissé des séquelles en lui et il n'a jamais été capable d'en guérir.»

«Il parlait un peu de son enfance avec nous, enchaîne Janie. Mais il en parlait de façon mentale, pas avec son coeur.»

«C'était tellement gros en dedans de lui qu'il ne faisait que l'enfouir, reprend Jacinthe. Et il tentait de faire la même chose avec ses douleurs au dos. Il ne pouvait pas accepter qu'il n'allait pas bien. Il essayait de se faire croire qu'il allait bien. Mais il n'y avait aucun signe qu'il allait poser le geste qu'il a posé.»

Le samedi 10 septembre est la Journée mondiale de la prévention du suicide. Et dans ce cas-ci, la question se pose certes : peut-on vraiment prévenir un suicide ? Quand une personne semble et se dit heureuse, qu'elle ne laisse entrevoir aucun signe de détresse, et qu'elle est entourée d'une famille, d'amis et de collègues de travail qui l'aiment et qui sont toujours là, prêts à lui tendre la main, peut-on prévenir un geste aussi drastique et irrévocable ?

«On dit souvent que si quelqu'un parle du suicide, qu'il faut le prendre au sérieux, répond Jacinthe. C'est peut-être vrai pour certaines personnes. Mais ce que j'ai compris, c'est qu'il faut prendre encore plus au sérieux quelqu'un qui n'en parle pas. Quand quelqu'un souffre tout le temps et depuis longtemps ne voit plus d'issues, c'est selon moi un signe aussi clair et fort que quelqu'un qui en parle et qui dit : «je suis écoeuré de la vie». La personne qui souffre doit en parler, c'est important. Et ceux qui souffrent, mais qui ne sont pas rendus où Jean était rendu ont besoin d'entendre ce message-là : il faut en parler.»

Un peu plus de six semaines se sont écoulées depuis le départ de Jean. Jacinthe et Janie se remettent lentement du choc, de leur lourde perte. «Ma mère et moi en parlons beaucoup et on en parle très ouvertement, dit Janie. On avance tranquillement. On s'entraide. Et notre entourage est précieux. La famille, nos amis et toute la communauté qui nous supportent font toute la différence. Nous sommes choyées à ce niveau. Oui, je suis encore un peu en colère contre mon père. Pourquoi nous a-t-il abandonnées ? Pourquoi n'en a-t-il pas parlé ? Ma mère et moi en discutons souvent. Et on avance».

«On ne pouvait pas prévenir ce qui s'est passé, dit Jacinthe. Jean était tout le temps souriant, tout le temps de bonne humeur, tout le temps simple, facile, léger. Il ne se fâchait jamais. Même à travers ses douleurs. Et c'est un peu ça qui l'a emmené là. Il était tellement neutre qu'il ne vivait pas ses émotions. Il ne les acceptait pas. Il avait toujours l'air de bonne humeur, peu importe ce qu'il ressentait en dedans de lui. Et autant que c'était l'une de ses plus belles qualités, autant que c'est ça qui l'a tué, finalement. Il n'a pas été capable d'aller en dedans de lui et accepter ses émotions. Et l'une de ses plus belles qualités s'est retournée contre lui. Il a implosé au lieu d'exploser.»

•••

«Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, appelez sans frais, partout au Québec, le 1-866-277-3553».

-L'Association québécoise de prévention du suicide

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