Tendre la main

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CHRONIQUE / «Je te dis que c'est plein de gens tristes sur Facebook ce matin.»

«De quoi parles-tu, Manon?

- De tous ces parents qui laissent leur enfant à l'école pour la toute première fois. Ils sont tellement inquiets. 

- C'est normal. Pas facile de laisser la main de son enfant et de le confier à quelqu'un d'autre.

- Tu te souviens, Denis, de la première fois que t'as laissé Jean-Michel à la maternelle?

- Je ne l'oublierai jamais. Il y a plus de 20 ans de ça, mais l'image est gravée dans ma mémoire. Jean-Michel qui pleure à chaudes larmes, le nez collé sur la clôture de la cour d'école, et qui me crie: "Reviens Papa! Reviens! Ne t'en va pas!" J'avais le coeur en mille miettes. Certes la journée la plus longue de ma vie. Les minutes ne pouvaient pas s'écouler assez vite. Mais quand je suis enfin retourné à l'école le chercher, le p'tit "snoro" ne voulait plus s'en venir! Il s'amusait trop!

- Oui, je m'en souviens. (Rires.) 

- Donc tu peux écrire à tous ces parents sur Facebook, Manon, qu'ils s'en font pour rien. En fait, dis-leur donc d'en profiter.

- C'est méchant ça, Denis Gratton.

- Quoi?

- De leur dire de profiter de leur journée sans leur enfant. Je n'écrirai jamais une telle chose.

- T'as pas compris, Manon. Je ne veux pas dire de profiter de leur journée sans leur enfant. Je veux dire de profiter du moment, c'est-à-dire du moment où ton enfant tient encore à ta présence, à ta main. Rappelle-toi de la toute première journée de Jean-Michel à l'école secondaire. Nous avions attendu à la dernière minute pour acheter les manuels scolaires à la librairie et le stock était épuisé dans la moitié des cas.

- Oui, je me souviens. Et la librairie allait nous appeler dès qu'ils recevraient les livres manquants.

- Il a donc fallu que j'accompagne Jean-Michel à sa toute première journée d'école secondaire pour aller expliquer à la direction de l'école que les livres étaient bel et bien achetés, mais qu'on allait seulement les recevoir dans quelques semaines. Et tu te souviens de la réaction de Jean-Michel quand je lui ai dit que j'allais l'accompagner pour la rentrée?

- Je m'en souviens très bien. (Rires.) Il n'était pas content, le monsieur...

- Pas content, dis-tu? Il était furieux. Il n'était pas question qu'il passe pour un "gros bébé" qui a besoin de son père à la rentrée. J'allais lui faire honte. Ses amis allaient rire de lui. Il était capable de se débrouiller seul. Je n'avais pas d'affaires là. Ce n'était pas cool. Et le reste, et le reste...

- Mais tu ne l'as pas écouté.

- Non. Et il s'est assuré de marcher une dizaine de pas devant moi dans l'école, comme s'il ne me connaissait pas. Mais c'était correct. J'aurais probablement fait la même chose si mon père m'avait accompagné à la rentrée au secondaire. C'est normal. C'est le secondaire, tu veux être cool. Donc tout ça pour dire, Manon, que tu peux écrire aux parents sur Facebook de ne pas s'inquiéter et d'en profiter. De profiter de ce moment où leur enfant tient encore à leur présence, à leur main. Parce que le temps passe vite. Tellement vite.

- T'as bien raison, Denis. Et le jour viendra où l'enfant ne tendra plus la main.

- Heu... Tu te trompes un peu. Parce qu'il tendra toujours sa main. C'est juste qu'enfant, il tendra la main pour tenir la tienne. Tandis qu'à l'adolescence, il la tendra pour autre chose.

- Oui. Pour avoir de l'argent.

- T'as tout compris, Manon...»

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