L'art de saboter

Afin d'installer l'oeuvre dans l'une des rues du... (Courtoisie)

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Afin d'installer l'oeuvre dans l'une des rues du village, on a divisé le tableau en deux fanions, puis on l'a monté sur un réverbère. Le hic, c'est que le poteau de ce réverbère a pris la place du clocher de l'église sur la toile.

Courtoisie

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CHRONIQUE / Le conseil municipal de Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation, a voulu mettre en évidence les oeuvres et le talent des artistes locaux. Mais dans le cas de l'oeuvre qu'on aperçoit sur la photo qui accompagne cette chronique, les élus de la place ont plutôt offert un cours sur l'«art» de saboter une oeuvre et le talent d'un artiste local...

L'oeuvre en question se nomme La Messe de minuit et elle a été créée par Christian Quesnel, de Saint-André-Avellin, l'un des rares artistes de l'Outaouais qui peut vivre de son art, et dont la réputation dépasse largement les frontières de la région et celles du Québec.

Auteur et illustrateur de nombreuses bandes dessinées, récits graphiques et livres jeunesse, Christian Quesnel est devenu en 2008 le premier artiste en bande dessinée à remporter le Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour l'ensemble de son oeuvre. L'année suivante, il a inauguré, à titre d'artiste en résidence, le studio du CALQ à Londres. Puis en 2014, le CALQ lui a décerné son prix de l'oeuvre de l'année pour Ludwig. Ce ne sont que quelques honneurs reçus par cet artiste de la Petite-Nation au cours de sa carrière.

Et lorsque le comité de revitalisation des rues principales de Saint-André-Avellin a décidé de décorer la municipalité d'oeuvres d'artistes régionaux, le nom de Christian Quesnel a vite été proposé. Et celui-ci a accepté volontiers d'offrir gracieusement son oeuvre La Messe de minuit.

«Les gens de Saint-André-Avellin sont des gens fiers, des gens formidables, a dit l'artiste lorsque joint à son atelier. Et lorsqu'on m'a invité à offrir une oeuvre dans le cadre de la revitalisation des rues principales, j'ai accepté pour eux, pour les gens de chez nous. C'était seulement la deuxième fois de ma carrière que je cédais les droits sur l'une de mes réalisations. J'ai fait une exception pour les gens d'ici. Mais si j'avais su ce que la municipalité était pour en faire, je n'aurais jamais accepté. Je n'aurais jamais imaginé qu'on ferait une telle chose. Je n'ai pas pensé à l'impossible avant d'accepter», de lancer M. Quesnel.

Et l'impossible s'est produit...

Afin d'installer l'oeuvre de ce dernier dans l'une des rues du village, on a divisé le tableau en deux fanions, puis on l'a monté sur un réverbère. Le hic, c'est que le poteau de ce réverbère a pris la place du clocher de l'église sur la toile. Et l'église a pour sa part été scindée en deux. On a ni plus ni moins ruiné l'oeuvre, quoi.

«Je savais qu'elle aurait été exposée en deux fanions, dit Christian Quesnel. C'était indiqué dans le contrat que j'ai signé. Et une oeuvre peut être belle lorsque divisée en deux parties. Ça peut bien passer si c'est bien fait. Mais je n'ai pas vu le schéma avant qu'on l'installe. Et si je l'avais vu, j'aurais pu tasser l'église un peu à gauche, ou à droite. Mais non. Et voilà ce que ça donne.

«Je sais qu'il n'y a pas eu de mauvaise volonté de la part des gens du comité (de revitalisation des rues principales). Mais en quelque part, c'est une question de respect (envers l'artiste). Il faut savoir protéger l'intégrité d'une oeuvre.»

Christian Quesnel a porté plainte auprès des élus de Saint-André-Avellin. Mais en vain. On lui a simplement répondu qu'il était stipulé dans le contrat que le tableau allait être scindée en deux, et qu'il a apposé sa signature à ce contrat.

Mais comme l'artiste a lancé en concluant notre entretien: «Je vais maintenant penser à l'impossible avant d'accepter d'offrir une oeuvre.»

En espérant que l'impossible ne se reproduira plus...

L'oeuvre La Messe de minuit de Christian Quesnel est exposée - en un seul morceau! - aux Brasseurs du Temps, dans le secteur Hull.

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