Une triste nouvelle

La tourterelle triste pourra être chassée dès le... (Bernard Brault, Archives La Presse)

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La tourterelle triste pourra être chassée dès le 24 septembre partout au Québec, au grand désarroi des ornithologues.

Bernard Brault, Archives La Presse

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CHRONIQUE / Je n'ai rien d'un ornithologue. Je ne saurais faire la différence entre une bécassine et une linotte, soit-elle mélodieuse ou à bec jaune.

J'ai cependant une conjointe - une dénommée Manon - qui m'a initié au fil des ans aux plaisirs d'observer les oiseaux. Elle ne se dit pas ornithologue, non plus. Mais les mangeoires d'oiseaux à la maison sont toujours pleines de graines de toutes sortes. Et lorsque nous partons au chalet, elle s'assure d'ajouter ses mangeoires à nos bagages.

J'ai beau lui dire que les oiseaux en forêt ont amplement de nourriture pour survivre, qu'ils subsistent sans nous, les humains, depuis des siècles et qu'ils n'ont pas besoin d'un «McDo avec service au vol» devant les fenêtres du chalet. Mais rien à faire. «Je préfère me réveiller aux chants des oiseaux qu'au bruit des klaxons de la ville», me répète-t-elle pour me fermer le clapet.

Alors je me la ferme. Et je l'observe observer. Elle me fait sourire quand elle s'émerveille devant la petite famille de mésanges qui revient déjeuner chaque matin.

Elle me faire rire quand elle se met en colère contre les geais bleus qui éloignent «ses» mésanges. (Mais elle s'assure toujours d'ajouter des graines de tournesol aux mangeoires pour nourrir les... geais bleus. Cherchez l'erreur.) Elle me répète régulièrement que le cardinal mâle a un plumage écarlate, tandis que celui de la femelle est plutôt brunâtre. J'avais compris la première fois: le mâle est rouge, la femelle est brune. Pas compliqué. Mais elle persiste à me le rappeler. Comme si j'étais une tête de linotte. Et je dois lui donner raison quand elle dit qu'il y a quelque chose d'assez spectaculaire dans un colibri qui fait du surplace en plein vol devant une mangeoire remplie de nectar. C'est effectivement toute une scène.

Mais que l'on soit en ville ou à la campagne, rien n'emballe ma douce moitié comme l'arrivée, au crépuscule, d'un couple de tourterelles tristes. Alors là, pas un bruit n'est permis. Plus un son, plus un mot, plus un geste. La Terre doit s'arrêter de tourner afin qu'on puisse écouter le chant à la fois doux et plaintif de ces deux tourterelles. Et j'avoue que c'est beau. C'est comme si elles se chantaient une chanson d'amour. Comme si elles avaient composé la trame musicale du coucher de soleil.

Je ne l'ai jamais dit à Manon, mais j'aime bien, moi aussi, la visite des tourterelles tristes à nos mangeoires. Il y a quelque chose de mélancolique dans ces oiseaux. Quelque chose de nostalgique aussi. Et certes quelque chose de romantique quand on sait que lorsque deux tourterelles tristes s'unissent, c'est pour la vie.

***

Mais triste nouvelle. La chasse à la tourterelle sera bientôt permise au Québec (comme elle l'est déjà en Ontario et en Colombie-Britannique).

À compter du 19 septembre, donc dans trois semaines, les chasseurs québécois pourront abattre jusqu'à huit tourterelles tristes par jour, alors que le maximum d'oiseaux à posséder sera de 24. C'est le nombre que permettra le Service canadien de la faune. Et cette nouvelle fait la joie de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP).

Pourquoi chasser la tourterelle? Cherchez-moi. Mais paraît-il qu'elle a bon goût. Et vous trouverez sur la toile un tas de recettes qui ont la tourterelle triste comme ingrédient principal. À chacun ses goûts, quoi. Mais personnellement, je pense que je choisirais autre chose au menu...

Inutile de vous dire que les clubs d'ornithologues du Québec sont en beau fusil depuis que le fédéral a acquiescé aux demandes de la FédéCP. Selon les ornithologues, les gens qui souhaitent chasser la tourterelle triste le feront pour la simple excitation de la chose, ou pour initier les jeunes à la chasse, ou encore pour pratiquer leur tir. (C'est vrai que c'est tout un défi d'abattre un oiseau qui vient se nourrir à votre mangeoire...)

 En chiffres maintenant. Selon la FédéCP, la population de tourterelles tristes s'élèverait à 750 000 et ne serait pas menacée. Et une augmentation de 5% aurait été observée au Québec entre 1970 et 2014, selon Environnement Canada.

Mais selon le Regroupement QuébecOiseaux, voire les ornithologues, les données d'Environnement Canada ne refléteraient pas la chute de la population de ces oiseaux observée depuis 2007.

Qui dit vrai? Sais pas. Mais chose certaine, la chasse à la tourterelle triste débutera dans trois semaines.

Et bien que je n'aie rien d'un ornithologue, je trouve ça quand-même bien... triste.

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