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Le festival Fierté dans la capitale a été... (Martin Roy, LeDroit)

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Le festival Fierté dans la capitale a été lancé lundi à Ottawa avec la levée du drapeau arc-en-ciel à l'hôtel de ville.

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / C'est la semaine de la fierté gaie à Ottawa. Ou comme on l'appelle maintenant, le festival Fierté dans la capitale. Et c'est dimanche que se déroulera le défilé annuel de cet événement dans les rues du centre-ville.

Je n'y assisterai pas. Je n'y ai jamais assisté. Et je n'y prendrai pas part, non plus. Je ne suis pas gai, premièrement. Et ce défilé me laisse indifférent. Comme le défilé du père Noël me laisse indifférent. Comme tout autre défilé me laisse pas mal indifférent, à bien y penser.

Suis-je contre la tenue d'une parade pour souligner la «Fierté dans la capitale»? Bien sûr que non. Et je souhaite sincèrement beaucoup de plaisir et une belle journée ensoleillée et sans incident à tous ceux qui y prendront part. C'est juste que les défilés ne sont pas ma tasse de thé.

Je me contenterai des images de ce défilé qu'on diffusera dimanche aux bulletins de nouvelles télévisés et sur les réseaux sociaux. Ces images qui, chaque année, me font secouer la tête en signe d'incrédulité.

Non, je ne parle pas des images de certains participants aux costumes excentriques et osés. Ni des images de deux hommes ou de deux femmes qui s'embrassent. Ces images, tout comme le défilé, me laissent indifférent.

Je vous parle des images du défilé même. Des spectateurs, surtout. Ces images des milliers de gens, jeunes et moins jeunes, entassés sur le trottoir pour applaudir le passage de la parade. Je regarde ces images et je me dis en me secouant la tête: «Que de chemin parcouru en si peu de temps...»

***

Je suis d'une génération où l'homosexualité était un sujet tabou. D'une génération qui a grandi en se faisant dire que les homosexuels étaient des exclus, des marginaux, des gens à l'esprit tordu.

Il y a à peine 40 ans de ça. C'était hier...

Quand j'étais jeune, on les appelait des «tapettes», des «queers», des «fifis». Et gare aux «tapettes», nous prévenait-on, car ils aiment les «p'tits gars». On associait librement l'homosexualité à la pédophilie, imaginez!

C'était comme ça. C'était de l'ignorance crasse et honteuse que pratiquement personne n'osait rectifier, et un sujet dont personne ne voulait parler. 

Et les médias de l'époque n'aidaient en rien. La représentation des homosexuels masculins à la télé était toujours l'objet d'un traitement moqueur et stéréotypé.

Rappelez-vous, par exemple, de la populaire émission Chez Denise, présentée sur les ondes de Radio-Canada de 1979 à 1982, et de son personnage Christian Lalancette, joué par le regretté comédien André Montmorency. Christian Lalancette était coiffeur et le «gai de service». Mais on ne riait pas de ses blagues, on riait de lui. On riait du «fifi sympathique», du «clown homosexuel». Et c'était voulu par les auteurs.

Et que dire du chanteur Paolo Noël et de son succès monstre dans les années 1970 intitulé Je m'appelle Paulette, je suis une tapette? Je vous fais grâce des paroles, mais disons que le refrain se limitait à deux mots: «Flouche, flouche, prout, prout!»

Ça vous donne une idée... Et dire que cette chanson tournait à pratiquement toutes les radios francophones!

L'ignorance crasse, disais-je. 

Donc, vous comprendrez mon incrédulité quand je regarde aujourd'hui des images du défilé de la fierté gaie et que je vois tous ces gens, jeunes et moins jeunes, applaudir sur son passage. Que de chemin parcouru en si peu de temps, me dis-je. Et Dieu merci.

Je sais, je sais. Il reste encore un long chemin à parcourir. Beaucoup trop de préjugés et d'injustice existent encore à l'égard de la communauté gaie. Rien n'est encore gagné.

Mais si la société peut continuer de progresser comme elle a progressé à l'égard des gais et lesbiennes au cours des 40 dernières années... qui sait? Peut-être verra-t-on un jour la fin de ce trop long chemin.

Bon festival Fierté dans la capitale à tous.

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