Séjour au Monfort Inn

Le chroniqueur du Droit Denis Gratton a passé... (Archives, LeDroit)

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Le chroniqueur du Droit Denis Gratton a passé six jours à l'hôpital Montfort après s'être évanoui en raison d'une chute de sodium dans son sang.

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CHRONIQUE / Je reprends la plume ce matin après une semaine de congé... forcé.

J'étais au Droit lundi dernier. Vers 9 h 30, je suis descendu au rez-de-chaussée me chercher un café au restaurant de l'endroit. La jeune femme derrière le comptoir s'est retournée pour me verser mon café lorsque j'ai ressenti une bouffée de chaleur m'envahir. Puis ma vue s'est embrouillée, je ne voyais plus clairement et tous mes sens m'abandonnaient. Puis... rien. Quand j'ai ouvert les yeux, j'étais étendu au sol, entouré de trois personnes qui me demandaient si j'allais. Je m'étais soudainement évanoui. Dans les pommes.

Le patron m'a immédiatement emmené à l'hôpital Montfort où on a vite constaté que le sodium dans mon sang était à un niveau si bas que j'étais à un cheveu près de tomber en convulsions. Ce qui, me dit-on, aurait pu causer de graves lésions au cerveau. Je l'ai échappé belle, quoi.

Couché dans un lit de la salle d'urgence, on m'a gavé de sodium pendant plus de 12 heures. Mais sans succès. J'ai dû être admis. On m'a trouvé un lit au sixième étage. J'avais comme voisin un homme d'un certain âge. Un Chinois que j'ai baptisé Oncle Ho. Il tentait de me parler, le pauvre, mais tout ce qu'il me disait était pour moi... du chinois.

Manon, elle, a réussi à communiquer avec lui. Ne me demandez pas comment, elle a ce sens inné pour comprendre le langage du coeur. Elle prenait soin de lui et elle a même réussi à comprendre qu'il voulait louer un téléphone pour appeler les siens. Alors elle est allée lui en louer un. Oncle Ho a communiqué avec les siens et, le soir même, son petit-fils, je devine, le visitait pour lui apporter des cerises, des figues et des raisins. Oncle Ho semblait heureux.

Je suis resté six jours à l'hôpital, que j'ai communément appelé le Monfort Inn. Six jours pendant lesquels le sodium dans mon sang n'a cessé de jouer au yo-yo. Un matin je croyais recevoir mon congé de l'hôpital. Mais le soir même mon sodium rechutait à un niveau presque alarmant. 

On m'a gavé de pilules de toutes sortes toute la semaine, dont de l'Ativan. Pour me calmer, m'a-t-on expliqué. Sauf que ma première pilule d'Ativan de la journée, on me la donnait au réveil, à 6 h. On me sortait d'un sommeil profond pour me donner un calmant. Cherchez l'erreur... Puis on m'en redonnait aux six heures. Je passais donc mes journées dans un univers parallèle où les oiseaux chantaient, le ciel était rose, les éléphants bleus volaient et tout le monde était beau et gentil. 

Mon petit plaisir quotidien survenait lorsqu'une infirmière venait me poser des questions pour savoir si j'avais toujours toute ma tête. La conversation se déroulait généralement comme suit :

- À quel hôpital êtes-vous, M. Gratton.

Et d'un air sérieux comme un Pape, je lui répondais : « l'Hôpital pour enfants de l'Est de l'Ontario ».

Elle me regardait longuement puis elle poursuivait.

- Quelle date sommes-nous aujourd'hui ?

« Le 21 juillet 1969. Pensez-vous qu'on pourrait m'installer un téléviseur ce soir pour que je puisse voir Neil Armstrong marcher sur la Lune ? »

Puis j'éclatais de rire. Et elle poussait un long soupir de soulagement avant d'en rire à son tour. C'était mon petit plaisir quotidien, disais-je. On s'amuse comme on le peut, quoi.

J'ai toutefois moins ri lorsque j'ai ouvert les yeux un après-midi après un somme de mi-journée (merci à l'Ativan) et qu'un prêtre se trouvait debout au pied de mon lit me regardant d'un air solennel.

Ça y est, me suis-je dit. Je suis cuit. Mon tour est venu. J'allais recevoir l'extrême-onction.  

- Voulez-vous recevoir la communion, M. Gratton ?

(Ouf !). « Oui, oui. Avec plaisir, mon prêtre. »

Puis, il a prononcé quelques paroles divines avant de me glisser une hostie sur la langue. (Le meilleur repas que j'ai eu de la semaine, soit dit en passant).

Je n'ai rien contre la bouffe d'hôpital, comprenez-moi bien. Mais disons que j'avais bien hâte d'arriver au Jell-O... 

J'ai reçu mon congé du Montfort Inn samedi après-midi. J'ai salué Oncle Ho d'une poignée de main. Et, pour la première fois de la semaine, il m'a parlé en anglais. «Please say thank you to Manon for me», m'a-t-il dit. « I will », lui ai-je répondu. Puis il a souri. Moi aussi.

En terminant, un merci du fond du coeur à tous les membres du personnel du sixième étage de l'hôpital Montfort. Votre professionnalisme est remarquable. Votre compassion est réconfortante. Et vos chaleureux sourires m'ont fait plus de bien que tous les médicaments imaginables.

Vous êtes des anges.

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