Il n'était pas parfait, mon frère

Le nom du défunt frère du chroniqueur Denis... (Archives, LeDroit)

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Le nom du défunt frère du chroniqueur Denis Gratton, Michel, provoque des malaises au conseil scolaire Viamonde en raisons d'allégations de comportements sexuels déplacés qui remontent à 1986.

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CHRONIQUE / J'ai toujours été fier de mon frère Michel. Et je le serai toujours.

Journaliste au Droit pendant de nombreuses années, c'est un peu lui qui m'a guidé vers ce drôle de métier. Il a ensuite été nommé attaché de presse du premier ministre Brian Mulroney, en 1984, et cet honneur a rejailli sur toute la famille. Et sans son travail remarquable durant les cinq années de la lutte du mouvement S.O.S. Montfort, cet hôpital serait sûrement fermé aujourd'hui.

Il n'était pas parfait, mon regretté frère. Loin de là. Il a commis son lot d'erreurs durant sa vie. Et il a souvent payé le prix pour ses erreurs. Mais voilà que plus de cinq ans après sa mort soudaine à l'âge de 58 ans, il doit encore payer pour une erreur de jugement commise il y a une trentaine d'années.

C'était durant ses années au bureau du premier ministre (1984 à 1987). À une époque où le Cercle national des journalistes, situé de l'autre côté de la rue du parlement canadien, était toujours un boys club où les journalistes se réunissaient pour prendre un verre. D'ailleurs, Michel a intitulé son premier livre sur ses années à côtoyer Brian Mulroney: So, What Are the Boys Saying? Une question que le premier ministre posait quotidiennement à Michel pour savoir ce que les journalistes avaient à raconter ce matin-là. Mulroney ne demandait pas: «What are the reporters saying?» Les reporters étaient des boys. C'était comme ça. Cela allait de soi. Comme quoi l'époque «Mad Men» n'était pas tout à fait révolue dans les années 1980.

En novembre 1986, trois journalistes ont allégué que Michel avait eu des comportements sexuels déplacés à leur égard. Qu'il aurait été trop loin dans ses avances. Et bien qu'aucune accusation n'ait été portée contre lui par les trois journalistes, l'histoire a tout de même fait les manchettes nationales à l'époque.

Je me souviens que mon frère avait été profondément ébranlé par cette affaire. Ses gestes s'apparentaient à du harcèlement sexuel. Des gestes inacceptables, et encore plus inexcusables compte tenu du poste que Michel occupait. Il avait commis une grave erreur de jugement et il le savait.

Il s'est donc excusé publiquement auprès des trois dames concernées. Et il a de plus offert sa démission au premier ministre Mulroney, qui l'a refusée.

Il y a 30 ans de ça. Mais il y a deux ans, en 2014, dans la foulée des accusations sexuelles portées contre le populaire animateur radiophonique Jian Ghomeshi, deux des journalistes impliquées dans cette histoire concernant Michel sont revenues sur ces incidents regrettables de 1986 dans une entrevue accordée à la radio CBC.

Pourquoi? Je n'en suis pas sûr. L'affaire Ghomeshi a peut-être ravivé en elles un souvenir qu'elles ne souhaitaient plus revivre, et elles auraient décidé de l'exorciser une fois pour toutes. C'est ce que j'en conclus. 

L'école Michel-Gratton

On apprenait, il y a quelques jours, que le conseil scolaire Viamonde, dans le sud de l'Ontario, a décidé de changer le nom de l'école secondaire Michel-Gratton qui avait été nommée ainsi quelques mois après la mort de mon frère, en janvier 2011, pour honorer sa mémoire. Quand ce conseil scolaire de langue française a été mis au courant des allégations contre mon frère en 2014 par la CBC, il aurait enclenché le processus pour débaptiser l'école Michel-Gratton. Cette école de Windsor se nommera dorénavant l'école secondaire de Lamothe-Cadillac.

Et ça m'attriste. Je croyais que Michel avait payé le prix à l'époque pour ses erreurs. Mais voilà qu'il le paye toujours, cinq ans après sa mort, trente ans après les faits. Ça me bouleverse. 

Il n'était pas parfait, mon frère. Et je n'excuserai ou ne cautionnerai jamais les gestes qu'il a posés auprès de ces trois journalistes en 1987. Mais c'est dommage que certains ne se souviennent de lui que pour ses erreurs.

Moi, je choisis de me souvenir de Michel pour sa contribution à la société, certes, mais surtout comme un grand frère qui m'a aimé et qui m'a tant donné.

Et j'en serai toujours fier.

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