La main tendue de Martin Gray

Il y a 10 ans, M. Gray était... (Archives, Agence France-Presse)

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Il y a 10 ans, M. Gray était de passage à Gatineau pour y donner une conférence. L'auteur est décédé dans la nuit de dimanche.

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L'écrivain Martin Gray est décédé lundi matin à l'âge de 93 ans. Il a été retrouvé sans vie dans la piscine de sa résidence en Belgique.

Cette nouvelle m'a attristé, mais de doux souvenirs me sont revenus en pensant à ce grand homme.

J'avais 16 ou 17 ans quand j'ai lu son oeuvre Au nom de tous les miens. C'est mon père qui m'avait suggéré cette lecture. Et j'ai été profondément marqué par ce livre autobiographique dans lequel cet auteur d'origine juive raconte son enfance au camp nazi de Treblinka, en Pologne, son pays natal, durant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère et ses deux frères y ont été assassinés dans une chambre à gaz. Son père, qui était à la tête d'un groupe d'insurgés anti-nazis, a été abattu. Puis en 1970, Martin Gray a perdu sa première épouse et ses quatre enfants dans un incendie de forêt qui a ravagé leur maison, en France. 

Démoralisant comme livre, direz-vous? Oui, un peu. Évidemment. Mais en même temps, les messages de courage, de persévérance et d'espoir contenus dans ce bouquin sont innombrables et d'une puissance inégalée. Ça explique peut-être pourquoi cette oeuvre magistrale a été traduite en 26 langues et vendue à plus de 30 millions d'exemplaires, en plus d'être adaptée pour le cinéma...

J'ai eu l'honneur et le privilège de rencontrer ce rescapé du ghetto de Varsovie au printemps 2006. Et drôle de coïncidence, mon compte-rendu sur cette rencontre a été publié le 26 avril, il y a 10 ans, jour pour jour. M. Gray était de passage à Gatineau pour y donner une conférence. Et quand j'ai demandé aux organisateurs de cette soirée si je pouvais le rencontrer pour lancer la série des Grandes entrevues du samedi, on m'a rappelé pour me dire que Martin Gray m'invitait à prendre le lunch avec lui.

Je n'en croyais pas mes oreilles. Mon regretté père aurait été tellement impressionné...

J'ai évidemment accepté sur le champ. Et ce dîner inoubliable avec Martin Gray est certes l'un des moments les plus marquants de ma carrière. L'homme était d'une simplicité et d'une gentillesse désarmantes. Et j'ai eu vent, quelques jours plus tard, qu'il avait bien aimé et apprécié mon papier. J'en étais touché.

Mais ce qui allait suivre allait complètement me renverser...

***

Cinq mois après cette rencontre, j'ai reçu un courriel d'une dame de la maison d'édition américaine Hampton Roads Publishing Company, à Charlottesville, en Virginie. Cette maison s'apprêtait à publier une édition spéciale d'Au nom de tous les miens (For Those I Loved) pour commémorer le 35e anniversaire de ce livre. Et on ajoutait à cette édition un chapitre qui allait comprendre des photos, des lettres et des articles de journaux fournis par M. Gray. Un peu comme si ce dernier ajoutait un scrapbook à son oeuvre. Voici un extrait de ce courriel: 

«M. Gray nous a fait parvenir la chronique que vous avez rédigée en avril dernier à la suite de votre rencontre avec lui, et il m'a demandé de la traduire (du français à l'anglais) afin qu'elle soit incluse dans le dernier chapitre de l'édition anniversaire d'Au nom de tous les miens

Cette dame me demandait la permission de publier ma chronique dans le livre de Martin Gray! Inutile de vous dire que j'ai immédiatement accepté!

On a traduit la chronique et on m'a demandé de l'approuver. Ce que j'ai fait sans hésiter, elle était traduite à la perfection. Puis on m'a fait parvenir un exemplaire du livre en guise de remerciements.

Certes l'un des livres les plus précieux de ma collection. Bien que j'aurais préféré l'offrir à mon père. 

***

«Tendre les mains, c'est ce que je fais aujourd'hui. Sinon ma vie n'aurait aucun sens. Parce qu'à travers les injustices et les atrocités que j'ai vues et vécues, et qui, malheureusement se poursuivent dans notre monde d'aujourd'hui, j'ai toujours trouvé une main tendue qui était là pour m'aider. Et ça me permet de continuer à espérer en l'humanité.»

- Martin Gray, extrait de la chronique parue dans LeDroit du 26 avril 2006

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