Le devoir d'agir

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«L'étouffement de notre école appauvrirait la communauté de la langue des signes», affirme Geneviève Deguire.

Courtoisie

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CHRONIQUE / Geneviève Deguire, 39 ans, est malentendante. Mais son handicap ne l'a jamais empêchée de se classer parmi les premières de classe quand elle fréquentait une école élémentaire de langue française d'Ottawa.

Les choses se sont toutefois gâtées à l'adolescence, quand elle est passée au secondaire.

«Plus je vieillissais, dit-elle, plus cela me dérangeait de ne pas être capable de suivre les conversations de groupe avec les élèves "entendants". Quand ils riaient, j'ignorais ce qui était drôle. Faire de l'impro ou présider un conseil d'élèves devenait une expérience humiliante à force d'avoir l'air stupide à ne pas comprendre. Et plus l'âge avançait durant mon adolescence, plus je sombrais dans la dépression. Je ne voyais pas d'avenir. Et j'ai beaucoup pleuré.»

Détentrice d'un baccalauréat en travail social, Geneviève Deguire est aujourd'hui adjointe à la direction de l'Association du syndrome de Usher du Québec, une maladie qui associe la perte d'audition à des troubles de la vue. Adolescente, Geneviève voyait l'avenir comme un véritable cauchemar. Aujourd'hui, elle est une professionnelle épanouie qui sourit à la vie.

Que s'est-il passé dans sa vie pour que se dissipent les nuages noirs qui la hantaient?

«J'ai découvert qu'il existait au centre Jules-Léger une communauté très vivante qui utilisait la langue des signes, une langue que je n'avais jamais apprise, explique-t-elle. J'ai appris cette langue et j'étais impressionnée par les découvertes que je faisais. J'ai vécu les plus beaux moments de ma vie avec cette communauté.»

Le centre Jules-Léger, à Ottawa, est la seule école d'application pour sourds et malentendants, aveugles et personnes avec basse vision en Ontario français. Mais une importante chute d'effectifs chez les élèves sourds au cours des 10 dernières années met l'avenir de cette école unique à risque.

Le gouvernement ontarien a tout récemment procédé à un processus de consultation sur l'avenir des écoles d'application. (On en compte quatre en Ontario, trois de langue anglaise et le centre Jules-Léger.) Les recommandations qui découleront de ce processus seront présentées sous peu à la ministre ontarienne de l'Éducation, Liz Sandals.

Selon un porte-parole du ministère de l'Éducation, ce processus visait à identifier les meilleurs moyens pour aider les étudiants qui fréquentent ces écoles spécialisées à développer leurs talents et aptitudes pour devenir des citoyens productifs. Et un document d'information de ce ministère stipule qu'il y aurait de plus en plus de preuves que les élèves avec troubles d'apprentissage «peuvent intégrer les conseils scolaires avec succès». 

Ce qui fait craindre le pire à Geneviève Deguire et à un grand nombre de parents d'élèves qui fréquentent le centre Jules-Léger. 

«Le gouvernement croit beaucoup à l'intégration des élèves malentendants dans des classes dites normales, là où une langue sonore domine, affirme Mme Deguire. Mais les langues des signes sont des langues spatiales et visuelles, et non sonores. Ce sont des richesses. J'ai souffert beaucoup de l'intégration, et je sais que je ne suis pas une exception.»

«L'étouffement de notre école appauvrirait la communauté de la langue des signes, poursuit-elle. Elle diminuerait les opportunités de travail dans cette langue. C'est grâce à ces écoles que des associations, des projets et des initiatives communautaires peuvent se former. Si on ferme le centre Jules-Léger, les sourds et malentendants franco-ontariens devront quitter leur province natale pour s'épanouir. Et je crois que les Franco-Ontariens ont le devoir d'offrir un nid à leurs sourds et malentendants. Les communautés sourdes sont des communautés avec une identité linguistique et culturelle qui luttent pour une reconnaissance. Elles mènent une lutte très similaire à celle des Franco-Ontariens qui vivent en milieu anglophone. Et je suis convaincue qu'elles ont leur place et leur raison d'être.»

Rassemblement prévu à Toronto

Un rassemblement organisé par les quatre écoles concernées se tiendra jeudi à Queen's Park afin de convaincre le gouvernement Wynne de ne pas couper dans l'éducation spécialisée.

«Mais peu importe ce que la ministre de l'Éducation décidera, nous aurons le devoir de continuer d'agir pour protéger notre éducation, notre langue, notre héritage et notre avenir. Ça ne s'arrêtera pas avec la décision de la ministre», conclut Geneviève Deguire.

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