Mon ami Hercules

Le Musée de l'aviation et de l'espace du... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le Musée de l'aviation et de l'espace du Canada a reçu un avion Hercules cette semaine.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Parfois, une simple photo suffit pour nous ramener des années en arrière.

Et dans ce cas-ci, c'est une photo d'un avion Hercules offert cette semaine au Musée de l'aviation et de l'espace du Canada par la Défense nationale qui m'a ramené presque 23 ans dans le passé.

C'était en novembre 1993, durant la guerre en Bosnie-Herzégovine. À l'époque, les Hercules étaient utilisés pour faire la navette entre l'Italie et Sarajevo afin de ravitailler les Casques bleus canadiens qui se trouvaient dans cette ville assiégée.

LeDroit m'avait dépêché là-bas pour raconter le quotidien de nos Casques bleus, ainsi que celui des habitants de ce pays déchiré par cette guerre atroce.

J'avais décollé de la base militaire de Trenton, en Ontario, à bord d'un Airbus, accompagné d'une trentaine de militaires canadiens, de trois journalistes et du capitaine de la Défense nationale qui allait nous accompagner tout au long de notre séjour. Notre destination: Ancône, Italie.

«Nous coucherons une nuit en Italie, nous annonce le capitaine. Et demain matin, nous quitterons pour Sarajevo.

- Et comment se rendra-t-on à Sarajevo? que je lui demande.

- En Hercules.»

J'ai fait un signe de la tête comme si je comprenais. Mais dans le fond, je n'avais aucune idée à l'époque de ce qu'était un Hercules. Bon, je savais tout de même qu'il s'agissait d'un avion. Mais un petit avion? Un gros? Un jet? Je l'ignorais.

Mais je l'ai vite appris le lendemain matin...

L'avion était gigantesque. Je n'avais jamais rien vu de semblable. On aurait pu faire monter tous les animaux du zoo de Granby dans la carlingue. En fait, je trouvais que l'immense appareil aurait pu s'appeler «l'arche de Noé volante».

L'intérieur, là où devaient se trouver des centaines de sièges pour les passagers, était complètement vide. Pour s'asseoir, il fallait prendre place, dos au mur, dans des espèces de paniers en filet installés le long des deux côtés de l'avion.

Je trouvais ça un peu bizarre. Pourquoi tout cet espace gaspillé? J'ai vite compris quand les militaires ont commencé à empiler au milieu de l'avion des centaines et des centaines de caisses de nourriture et de provisions. Donc tout au long du vol Ancône-Sarajevo, j'allais avoir comme vue imprenable une caisse de boîtes de thon...

Les moteurs se sont mis à vibrer. L'avion a avancé tranquillement. Et je l'avoue, j'avais la trouille. «Jamais ce mastodonte ne prendra les airs, me répétais-je. C'est impossible. On ne peut pas faire voler un appareil si imposant et si lourd.»

Mais le Hercules s'est doucement envolé comme un oiseau. Pour atterrir un peu plus tard à l'aéroport - ou plutôt de ce qui restait de l'aéroport bombardé de Sarajevo.

«Écoutez-moi attentivement, a dit le capitaine aux quatre journalistes. Nous descendrons de l'avion et marcherons jusqu'à l'aéroport. Il est important de marcher très rapidement et en zigzaguant jusqu'à ce que nous soyons à l'intérieur. Mais on ne court pas.

- Pourquoi marcher en zigzaguant? a demandé un journaliste d'Edmonton.

- Parce que les francs-tireurs serbes installés dans les collines autour de l'aéroport pourraient nous tirer dessus à tout moment», a répondu calmement le capitaine, comme si ce qu'il venait de nous dire était tout à fait normal!

Et moi qui avais déjà la trouille et qui appréhendais vivement ce voyage... J'avais maintenant envie de pleurer et de me demander en sanglotant: «Qu'est-ce que je fais ici!?» J'étais le «gars» dans l'expression: «Un gars s'ennuie d'sa mère.»

J'ai passé un peu plus de trois semaines en Bosnie avec les Casques bleus. Et bien que j'aie vécu là-bas une expérience de vie extraordinaire et inoubliable, jamais n'avais-je été aussi heureux que lorsque j'ai aperçu le Hercules qui nous attendait sur la piste de l'aéroport pour nous ramener en Italie et nous sortir de l'enfer qu'était devenu Sarajevo.

Curieusement, cet énorme avion que j'appréhendais et que je trouvais tellement bizarre trois semaines plus tôt était devenu comme un ami. Parce qu'il allait me permettre de rentrer à la maison.

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