Pour être plus près de Dieu

Le couvent de briques rouges de la rue... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Le couvent de briques rouges de la rue Laurier sera complètement démoli.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / Gilles «Brigil» Desjardins serait-il béni du Ciel? Ses deux gratte-ciel de 55 et 35 étages qu'il souhaite ériger au centre-ville de Gatineau seront-ils enfin construits grâce à une intervention divine? Il semblerait que oui...

Parce que selon la mère servante générale des Servantes de Jésus-Marie - c'est le nom qu'on donne à la «mère supérieure» de cette congrégation de soeurs cloîtrées -, Brigil aurait déposé une offre sur leur terrain tant convoité de la rue Laurier, à l'extrémité nord du parc Jacques-Cartier, sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais. Une offre que les Servantes de Jésus-Marie étudient très sérieusement et qui, selon la mère servante générale, «serait difficile à refuser».

«Nous négocions avec M. Desjardins depuis un certain temps et il ne resterait plus que quelques petits détails à régler avant que son offre soit acceptée», a-t-elle laissé tomber.

Mon amitié avec la mère servante générale et les Servantes de Jésus-Marie dure depuis plusieurs années. On se rencontre régulièrement, on échange sur l'actualité, sur ce qui se passe à l'extérieur de leurs murs, sur tout et sur rien. On se confie, bref. Et j'aime ça. Curieusement, ces dames me font du bien.

Mais j'avoue que ma conversation de jeudi avec la mère servante générale m'a renversé. Qui aurait cru qu'un dossier si compliqué et si controversé qu'est la construction des «tours Brigil» pouvait se régler si facilement et rapidement, et qu'il s'agissait simplement d'y penser?

Voici quelques détails de cette entente imminente entre Brigil et les Servantes de Jésus-Marie, que la mère servante générale m'a confiés.

D'abord, le couvent de briques rouges de la rue Laurier que les soeurs habitent depuis des décennies et qui a notamment accueilli le pape Jean-Paul II lors de sa visite au Canada, en 1984, sera complètement démoli. Bien entendu, les objets et les documents historiques qui s'y trouvent seront précieusement conservés. «Nous sommes cloîtrées, mais nous ne sommes pas folles», de lancer la mère servante générale en riant.

Une fois le terrain devenu vacant, Brigil y construira ses deux tours qui seront visibles des dizaines de kilomètres à la ronde. Et une immense croix illuminée trônera sur le toit de l'édifice de 55 étages afin que la congrégation des Soeurs de Jésus-Marie et sa mission divine ne soient jamais oubliées. Exit donc le site retenu en face du Musée canadien de l'histoire, une décision qui sera certes bien accueillie par le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

«Mais où irez-vous, ma Soeur, une fois que votre couvent sera rasé?

- Nulle part, a-t-elle répondu. Nous resterons ici.»

Puis elle m'a expliqué.

Durant les négociations avec Gilles Desjardins, les Servantes de Jésus-Marie ont exigé que le 55e étage (le dernier) de la plus haute tour leur soit réservé pour qu'elles y aménagent leur nouveau couvent.

Autre condition: l'avant-dernier étage de ce gratte-ciel devra rester vacant et sans occupant afin d'éviter que les bruits émanant des étages inférieurs infiltrent les murs et le plancher du couvent et qu'ils déconcentrent les soeurs durant leurs prières. Les religieuses auront également le droit d'installer des cordes à linge sur les balcons du 55e étage, ce qui sera strictement interdit à tout autre occupant de ces futures tours. De plus, un ascenseur sera exclusivement réservé aux soeurs cloîtrées.

«Dois-je comprendre, ma soeur, que le volet touristique de ce projet a été abandonné par Brigil et que les visiteurs ne pourront pas monter dans la plus haute tour pour admirer la vue de là-haut?

- Non, il n'est pas abandonné, a-t-elle répondu. M. Desjardins a laissé entendre qu'un étage,

le 50e probablement, sera réservé aux touristes et que des terrasses vitrées y seront aménagées pour que les visiteurs puissent admirer le paysage. Et M. Desjardins a ajouté que le fait que ses tours seront construites sur le bord de la rivière lui permettra d'ajouter un volet nautique et de plein air à son projet. Il a parlé d'une marina, d'une plage, de sports nautiques, d'excursion en bateau et, bien entendu, de pêche sportive.

- Puis-je vous demander, ma soeur, combien Brigil vous a offert pour votre terrain?

- Ça, Denis, c'est confidentiel et ça le restera.

- Oui, bien sûr. Désolé. Une dernière question, ma soeur, et je vous laisse retourner à vos prières: pourquoi avez-vous exigé que le 55e étage vous soit réservé pour votre nouveau couvent?»

(Et sa réponse m'a touché droit au coeur:)

«Pour que nous soyons encore plus près de Dieu.»

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