Du courage... un jour à la fois

La scène valait mille mots: dans un élan... (Etienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

La scène valait mille mots: dans un élan de compassion, le premier ministre Justin Trudeau a longuement serré dans ses bras l'épouse de Mauril Bélanger, Catherine, mercredi.

Etienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / La scène était d'une immense tristesse. Mais aussi d'une démonstration sans précédent du courage de l'homme.

Le député d'Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, qui lutte contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), a agi à titre de président honoraire de la Chambre des communes, mercredi après-midi. 

Une centaine de proches du député s'étaient entassés sur les côtés du hall d'honneur du parlement pour assister à son entrée à la Chambre des communes. Et dès que M. Bélanger est apparu, marchant lentement à l'aide d'un déambulateur derrière le Sergent d'armes, les applaudissements et les «bravos!» ont retenti dans l'enceinte.

Touché profondément par cette réception, le député d'Ottawa-Vanier n'a pu retenir ses larmes.

Au bout du hall d'honneur l'attendaient une poignée de députés libéraux et le premier ministre Justin Trudeau, qui se sont joints à la foule pour applaudir chaleureusement M. Bélanger sur son passage.

Puis M. Trudeau s'est ensuite dirigé vers Catherine Bélanger, l'épouse du député, qu'il a longuement étreinte en signe de solidarité et de compassion envers elle et sa famille.

Le président d'honneur de la Chambre a eu droit à une ovation debout lorsqu'il est entré à la Chambre des communes, là où l'attendaient tous les députés de tous les partis. Puis M. Bélanger a lentement pris sa place sur la chaise du président, il a levé les yeux vers ses proches et son épouse qui prenaient place dans la galerie publique, et il a levé les deux pouces vers le ciel. Comme s'il disait à Catherine: «regarde mon amour, je réalise enfin mon rêve».

Il fallait voir les yeux rougis de tous les gens présents en Chambre pour vite comprendre l'intensité du moment.

M. Bélanger a ensuite dirigé la période des déclarations des députés pendant une trentaine de minutes à l'aide d'une tablette électronique munie d'un logiciel qui transforme les écrits en paroles.

Environ une dizaine de députés se sont levés tour à tour pour faire une déclaration qui s'adressait principalement aux contribuables de leur comté respectif. Mais le député bloquiste, Louis Plamondon, a choisi lui de s'adresser uniquement à Mauril Bélanger.

«Monsieur le président, permettez-moi de vous dire que c'est un grand honneur pour moi de vous appeler «monsieur le président», aujourd'hui, en cette Chambre, a-t-il déclaré d'emblée. C'est un titre qui vous va à ravir. J'en ai vu passer des visages en cette enceinte, mais ce fut toujours un plaisir d'y reconnaître le vôtre, au fil des 21 années que vous avez consacrées à vos citoyennes et citoyens d'Ottawa-Vanier.

«Ils ont pu compter sur vous lorsque la survie de l'hôpital Montfort était menacée et vous y étiez encore une décennie plus tard, quand on l'a agrandi plutôt que de le fermer. Ils ont pu compter sur vous pour faire valoir les droits des francophones, chez eux comme partout au Canada, et vous voilà, encore aujourd'hui, au coeur de la lutte pour qu'Ottawa devienne officiellement bilingue.»

La déclaration du député Plamondon a été accueillie par une autre ovation debout.

Une fois la période des déclarations terminées, M. Bélanger s'est levé et il est descendu péniblement mais courageusement du podium du président de la Chambre, aidé par le premier ministre Trudeau et le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus. Puis il s'est joint un peu plus tard à ses proches, au Salon du président, pour une réception privée.

Tristement, la maladie de Mauril Bélanger progresse à un rythme vertigineux. Ça se voit.

Mais Catherine Bélanger demeure aussi déterminée, persévérante et courageuse que son époux. Et quand je l'ai croisée par hasard dans un corridor du parlement, mercredi, elle m'a enlacé et m'a soufflé à l'oreille: «un jour à la fois. Un jour à la fois...».

Et mercredi était un jour que personne présent en Chambre n'oubliera. Un jour où le mot «courage» a pris tout son sens.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer