Une école à partager

CHRONIQUE/ Une nouvelle école secondaire de langue française - l'école publique... (Archives Le Soleil)

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CHRONIQUE/ Une nouvelle école secondaire de langue française - l'école publique Gaétan Gervais - ouvrira ses portes en 2017 à Oakville, en banlieue de Toronto. Et c'est toujours une bonne nouvelle lorsqu'une école francophone voit le jour en Ontario. On ne peut que s'en réjouir. Sauf que...

Sauf que celle-ci aura quelque chose d'un peu particulier. C'est que les élèves francophones devront partager leurs installations sportives avec les jeunes de l'école voisine, une école publique de langue anglaise. Et selon Queen's Park, ce modèle est un exemple de «carrefour communautaire». Traduction: les écoles «partagées» comme celle-ci pourraient se multiplier en province...

Suis-je le seul qui voit dans ce modèle un danger flagrant d'assimilation pour les élèves francophones? 

Pour de nombreux élèves - voire la majorité d'entre eux - l'école est pratiquement le seul endroit où ils doivent parler le français durant la journée. À la maison, dans les sports qu'ils pratiquent le soir et les fins de semaine, dans la rue et entre amis, c'est généralement en anglais que ça se passe. Leur école est ni plus ni moins une oasis francophone. Or, avec ce modèle de partage entre écoles de langue française et de langue anglaise, on menace, selon moi, cette oasis.

Mais selon la porte-parole du conseil scolaire Viamonde, Claire Francoeur, ce partage donnera aux élèves un accès à des installations sportives sans que le système scolaire francophone ait à défrayer tous les coûts. «Ça ne change rien pour les élèves au quotidien, a-t-elle déclaré à Radio-Canada, sauf qu'ils ont plus d'espaces de meilleure qualité.»

Ça nous coûtera moins cher et ça ne changera rien pour les jeunes francophones, croit-elle. Permettez-moi d'en douter, Mme Francoeur. 

Cette histoire me rappelle une visite que j'ai effectuée en 1997 à Woodstock, dans le sud-ouest de l'Ontario, dans le cadre d'une tournée de la province. On ne compte pas des milliers de Franco-Ontariens à Woodstock. Ils ne représentent qu'une infime minorité et la plupart d'entre eux sont âgés de 50 ans et plus.

Je me souviens que je m'étais entretenu avec une dame «d'un certain âge» du nom de Fernande Proulx. 

(Merci à nos archives de me rafraîchir la mémoire). Mme Proulx m'avait raconté qu'elle avait élevé ses six enfants en français et qu'ils avaient tous fréquenté les écoles primaire et secondaire de langue française de Woodstock.

Mais voici ce qu'elle avait ajouté: «(mes enfants) ont tous marié des anglophones. Alors à la maison, ils parlent uniquement en anglais. On dirait qu'ils sont gênés de parler français».

Mais pourquoi ses enfants seraient-ils gênés de parler leur langue maternelle? Mme Proulx m'a répondu qu'elle l'ignorait quand je lui ai posé la question. J'ai donc été visiter les deux écoles de langue française de Woodstock. Et la réponse à ma question m'est vite venue...

L'école primaire de l'endroit comptait, en 1997, 60 élèves de la maternelle à la huitième année. Oui, seulement 60 élèves. L'école secondaire de langue française était pour sa part aménagée sous le même toit que l'école secondaire de langue anglaise et les adolescents francophones et anglophones partageaient la cour d'école, le gymnase et la cafétéria. Mais on insistait pour dire qu'il s'agissait de deux écoles distinctes.

La population étudiante de l'école secondaire de langue française: 62. Celle de l'école de langue anglaise: 540. Donc 540 Anglos dans la cour d'école contre 62 Francos. 

Et la pauvre Mme Proulx se demandait pourquoi ses six enfants étaient devenus timides à l'idée de parler français...

 Bon, je sais que les élèves francophones et anglophones d'Oakville ne partageront que les installations sportives lorsque la construction de l'école Gaétan Gervais sera complétée. Mais je crois qu'on ouvre la porte ici à d'autres possibilités de partenariat. Et là est le danger.

Car comme disent nos amis anglos: it's too close for comfort.

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