Le petit mangé par le gros

Paul Williams est le propriétaire du New Edinburgh... (Courtoisie, Jeff Arron)

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Paul Williams est le propriétaire du New Edinburgh Pub, qui fermera ses portes le 9 avril.

Courtoisie, Jeff Arron

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CHRONIQUE / Je vous ramène en juillet 1997. Ou était-ce 1996? Peu importe.

J'avais préparé un reportage sur des enfants de Tchernobyl, en Biélorussie, qui passaient quelques semaines en «famille d'accueil» de la région, question de s'éloigner pendant un peu de temps de la morosité de leur ville natale et, surtout, de son environnement empoisonné par le désastre nucléaire d'avril 1986.

À mon retour à la maison, j'avais parlé de ces enfants à ma conjointe (une dénommée Manon) et de la fondation qui coordonnait leur visite au Canada. Puis j'avais ajouté qu'on pourrait bien, nous aussi, accueillir pendant un certain temps un enfant de Tchernobyl. Manon avait immédiatement accepté.

Le hic, c'est qu'il fallait débourser quelques milliers de dollars - j'oublie la somme exacte - pour accueillir l'un de ces enfants. Et nous n'avions évidemment pas prévu cette dépense à notre budget.

Nous habitions à l'époque le quartier New Edinburgh, à Ottawa, tout près de Vanier. Mon bon ami Ray habitait à quelques rues de chez moi. Et une fois par semaine, Ray et moi nous donnions rendez-vous au pub du quartier, le New Edinburgh Pub, pour prendre un verre ensemble et régler hebdomadairement le sort du monde. (Le New Edinburgh Pub est une institution qui trône depuis 26 ans dans ce quartier, à l'angle de la promenade Vanier et de la rue Beechwood.)

Quand j'ai parlé de mon dilemme à Ray, c'est-à-dire du fait que Manon et moi avions besoin de sous pour pouvoir accueillir un enfant de Tchernobyl, il m'a répliqué: «Demande à Paul (notre ami Paul Williams, le propriétaire du pub). Il va sûrement t'aider.» Ce que j'ai fait. Et Paul a tout de suite accepté de nous donner un coup de main en nous remettant les recettes de son tournoi de golf annuel de cet été-là.

C'est le genre de gars qu'est Paul. Et c'est le genre d'entreprise qu'il mène avec sa conjointe Tracy. Toujours prêt à aider, toujours présent pour sa communauté.

Autre exemple: la quincaillerie Home Hardware qui se trouvait à quelques portes du New Edinburgh Pub a été complètement ravagée par le feu en 2011. Dix jours plus tard, Paul et Tracy accueillaient dans leur restaurant les gens du quartier pour une collecte d'argent afin de venir en aide au jeune couple francophone qui était propriétaire de cette quincaillerie. À la fin de la journée, Paul et Tracy leur ont remis 20 000$. 

Ce ne sont que deux exemples. Paul et Tracy sont d'une générosité sans borne et de nombreux organismes se sont tournés vers eux au cours des 26 dernières années pour obtenir un coup de main. J'aime ce genre d'entreprise familiale, communautaire, près de ses gens. Elles deviennent trop rares.

Pourquoi je vous parle de tout ça ce matin?

C'est que le New Edinburgh Pub fermera ses portes le 9 avril prochain. À tout jamais. Victime du progrès, si on peut dire ainsi.

Deux hommes d'affaires ont acheté l'édifice qui abrite le pub avec l'intention de le rénover et de le moderniser. Et quand ces deux hommes ont annoncé à Paul qu'ils augmenteraient considérablement le bail de son pub une fois les travaux terminés, ce dernier n'a eu d'autre choix que de baisser les bras. Et il leur remettra les clés de son entreprise familiale le 9 avril prochain.

Mais ces deux hommes d'affaires ont vite trouvé un autre locataire. Un locataire aux poches profondes. Et lorsque les rénovations à cet édifice seront complétées, l'espace qu'occupait le New Edinburgh Pub sera dorénavant occupé par une franchise des restaurants Royal Oak. Ce qui en fera le 13e Royal Oak sur le territoire de la Ville d'Ottawa. 

Bref, on chasse une petite entreprise familiale fermement ancrée dans sa communauté pour la remplacer par une franchise d'une chaîne qui ne cesse de s'agrandir. Le petit est mangé par le gros, quoi. Encore une fois.

Et dire que certains oseront appeler ça le progrès...

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