Au nom de monsieur et madame Tout-le-monde

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a... (La Presse Canadienne)

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La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a présenté lundi des excuses officielles de la province aux Franco-Ontariens pour le Règlement 17.

La Presse Canadienne

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CHRONIQUE / Plus de 103 ans plus tard, c'est enfin fait.

T qui a interdit l'enseignement et l'utilisation du français dans les écoles, de 1912 à 1927.

C'est ainsi toute une génération de francophones qui n'ont pas eu droit à une éducation en français, menant inévitablement ces milliers de gens vers l'assimilation. Oui, on connaît tous la légende des «épingles à chapeaux». Ces enseignantes de l'école Guigues, à Ottawa, qui ont défié les inspecteurs gouvernementaux en les empêchant, aiguilles à chapeaux en main, d'entrer dans leur école afin que l'enseignement en français s'y poursuive.

Et d'autres écoles l'ont imitée. Mais il y a de nombreuses autres écoles de langue française en province - dans le nord surtout - qui, trop souvent à contrecoeur, ont respecté le Règlement 17, causant ainsi des torts irréparables à la communauté franco-ontarienne.

Bref, il était temps que le gouvernement ontarien s'excuse officiellement pour cet odieux règlement. Car attendre 103 ans... c'est long.

Devrions-nous nous réjouir de ce geste posé par la première ministre Wynne? Oui. J'imagine. Devrions-nous les accepter, ces excuses? Bien entendu.

Mais les accepter avec une grande humilité et une profonde gratitude envers tous ces gens qui, au fil des décennies, ont lutté pour notre survie, pour notre place chez nous en Ontario.

Des noms de l'histoire contemporaine nous reviennent instantanément en tête en pensant à ces courageuses gens. Des noms comme Bernard Grandmaître, Jean-Robert-Gauthier, Albert Roy, Gisèle Lalonde, Maurice Lapointe et tant d'autres. D'innombrables autres.

Mais il y a aussi tous ces braves gens, ces «messieurs et mesdames Tout-le-monde» comme on les appelle, qui ont vaillamment lutté à l'époque - il y a plus de 100 ans - pour conserver leur langue et nous la léguer.

C'est en leur nom qu'on doit accepter les excuses officielles de Queen's Park.

Le vieil homme et LeDroit

Le quotidien LeDroit a été fondé en 1913 par les francophones de l'Ontario pour justement combattre cet infâme Règlement 17. Mais les débuts du Droit ont été financièrement ardus. On le publiait, comme on dit, avec les moyens du bord. En fait, ce n'est pas avant 1946, 33 ans après sa fondation, que LeDroit a atteint le seuil de la rentabilité.

Comment a-t-il pu survivre toutes ces années, c'est-à-dire de 1913 à 1946? Grâce en grande partie aux braves gens qui croyaient dans leur journal. Des gens comme ce vieil homme qui, au début des années 1920, a donné toutes ses économies au Droit afin que celui-ci puisse poursuivre sa mission.

L'anecdote qui suit a été pigée dans le livre Le Droit - Entre deux livraisons, 1913-1963, de l'auteur Laurent Tremblay:

«...Le meilleur coup de la Providence est celui que tous les anciens appellent 'Le miracle'.»

Un jour de grande détresse, alors que l'huissier, montre en main, arpentait la bâtisse (du Droit) et se préparait à opérer saisie et fermeture à cinq heures tapant; alors que le père Charles (père Charles Charlebois, l'un des fondateurs du Droit) au téléphone lançait depuis le matin des S.O.S. éperdus à tous ses protecteurs, essayant de trouver en vitesse les 3000 $ exigés par les hommes de loi, un vieillard inconnu frappe à sa porte et insiste pour lui parler. (Le vieil homme avait toutes ses économies en main.)

Les deux hommes discutent pendant quelques minutes, puis le vieil homme dit au père Charles qu'il voudrait offrir un don au Droit, et il ajoute: «D'abord que vous me paierez mes intérêts jusqu'à mort, le capital j'aime autant vous le donner.

- Et vous avez combien? de lui demander le religieux.

- 3000 $. Si vous vouliez, on bâclerait l'affaire tout de suite. J'ai tout l'argent sur moi; tenez, comptez ça.

- Attendez, dit le père Charles, et laissez-moi recevoir cet argent à genoux. Il tombe directement du Ciel.»

C'est au nom de tous ces «vieillards» qu'on doit aujourd'hui accepter les excuses officielles du gouvernement ontarien. Tous ces gens qui ont cru dans la sauvegarde de leur langue et de leur culture. Tous ces gens convaincus jusqu'au plus profond de leur âme que l'avenir est à ceux qui luttent.

Les excuses officielles de la première ministre Wynne leur donnent enfin raison.

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