Une véritable joke

Le nouveau directeur municipal de la Ville d'Ottawa, Steve... (Martin Roy, LeDroit)

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Le nouveau directeur municipal de la Ville d'Ottawa, Steve Kanellakos

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / Je suis d'abord tombé en bas de ma chaise en lisant un texte diffusé en ligne vendredi dernier par le Groupe Média TFO.

Je me suis relevé, je me suis ressaisi, j'ai relu, puis je me suis frotté vigoureusement les yeux pour m'assurer que je n'avais pas la berlue. Puis j'ai relu le texte une troisième fois. En me grattant la tête, cette fois-ci, en signe d'incrédulité.

Ce texte du journaliste Sébastien Pierroz portait sur le nombre inquiétant de cadres unilingues anglophones à la haute direction de la Ville d'Ottawa qui occupent des postes désignés bilingues. Selon les informations obtenues par TFO, 10 des 23 titulaires de postes à la haute direction de la Ville ont dû recevoir une formation linguistique en 2010. Ce chiffre a grimpé à 12 en 2011, il est retombé à 10 en 2012, huit en 2013 et six en 2014.

En d'autres mots, le vote de dérogation du conseil municipal d'Ottawa pour permettre l'embauche de l'unilingue anglophone Steve Kanellakos au poste de directeur municipal de la Ville n'était pas une première à Ottawa. Loin de là. Ces votes de dérogation semblent même devenus la norme!

36 heures de cours... par année

Mais ce ne sont pas ces statistiques inacceptables qui m'ont jeté en bas de ma chaise. Ce sont plutôt des chiffres publiés à la toute fin du texte de TFO qui m'ont renversé.

La politique sur le bilinguisme à la Ville d'Ottawa stipule depuis 2009 que si un candidat ne répond pas aux exigences linguistiques à l'embauche (comme c'était le cas pour M. Kanellakos), celui-ci doit atteindre les compétences linguistiques du poste en suivant une formation offerte par la Ville. Ce que M. Kanellakos a promis de faire.

Mais voici... entre 2010 et 2014, les employés concernés par cette formation linguistique obligatoire pour apprendre le français ont consacré à leurs cours de 30 à 40 heures... par année.

En 2014, par exemple, les six hauts cadres concernés avaient en moyenne suivi 36 heures de cours. Trente-six heures de formation linguistique... par année.

PAR ANNÉE!!

Mais comment peut-on apprendre une autre langue - une langue difficile à maîtriser comme le français, de surcroît - en ne l'étudiant que 36 heures... par année!? Ce n'est même pas l'équivalent d'une journée de travail par semaine!

Ces supposées formations linguistiques offertes par la Ville d'Ottawa seraient-elles de la poudre aux yeux des francophones? Ces chiffres semblent l'indiquer.

Simplement patiner serait difficile à apprendre en moins d'une heure par semaine. Comment peut-on apprendre une langue qui n'est pas la nôtre dans cette même période de temps?

Mais qu'enseigne-t-on dans ces cours au juste? Que veut-on dire par «exigences linguistiques du poste»? Est-ce simplement d'apprendre à dire en français les mots: «oui», «non», «bonjour», «merci» et «un petit peu»? Est-ce à ça que se résument ces cours? Comme dans l'échange suivant?:

«Bonjour. Parlez-vous français?

- Bonjour. Un petit peu.

- Pas plus que ça?

- Non.

- Préférez-vous qu'on passe à l'anglais?

- Oui. Merci.»

C'est une joke, cette formation linguistique à la Ville d'Ottawa. C'est ce que j'en conclus. Une véritable joke. «Mais notre politique sur le bilinguisme fonctionne très bien», viendra nous répéter le maire d'Ottawa Jim Watson.

Suis-je le seul à avoir hâte qu'il cesse de nous prendre pour des imbéciles, celui-là?

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