Plus ça change...

Le conseil municipal a eu recours à une... (Martin Roy, LeDroit)

Agrandir

Le conseil municipal a eu recours à une dérogation pour nommer l'unilingue anglophone Steve Kanellakos (en arrière-plan) au poste de directeur général.

Martin Roy, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Le maire d'Ottawa, Jim Watson, se réjouit de l'embauche de l'ancien directeur municipal adjoint de la Ville, Steve Kanellakos, au poste de directeur général de la Ville d'Ottawa.

M. Watson est tellement content qu'il a écrit ce qui suit sur sa page Facebook: «Nous sommes ravis de fêter le retour de la très talentueuse Steve Kanellakos comme notre prochaine ville manager! Il est un leader de confiance et de consommer le serviteur public avec d'excellentes références dans la planification et la livraison d'un large éventail de services municipaux.»

Y comprenez-vous quelque chose? Non? Moi non plus.

Mais ce n'est pas la faute du maire Watson. C'est qu'il a rédigé son message sur Facebook uniquement en anglais. Alors Facebook s'est chargé d'offrir une «traduction Google» de son message anglophone, et c'est ce que ça donne. Du chinois.

Ce n'est donc pas la faute au maire Watson, disais-je. Par contre, s'il s'assurait de rédiger ses messages Facebook dans les deux langues officielles du pays - et je dis bien du pays, et non de la capitale du pays - de telles traductions insultantes et honteuses seraient évitées. Mais bon. Il ne faut pas trop lui en demander, faut-il croire.

***

Parlons maintenant du nouveau directeur général de la Ville d'Ottawa, Steve Kanellakos.

Il est unilingue anglophone alors que la politique de la Ville d'Ottawa - qui fonctionne très bien, répétera le maire Watson - stipule que le poste en question est désigné bilingue à l'embauche. Et je me répète, M. Kanellakos est unilingue anglophone. Cherchez l'erreur.

Voici ce que la politique en question dit: «Tous les candidats externes considérés pour des postes de gestion de niveau 1 à 3 (le poste de directeur général est classé niveau 1) doivent être bilingues.»

Alors comment se fait-il que M. Kanellakos ait obtenu le poste? C'est bien simple. Le conseil municipal a voté une dérogation pour permettre son embauche. Et voilà. Le tour est joué. «You've got the job, Steve, congratulations.»

Je dois cependant souligner que la même politique de la Ville d'Ottawa stipule que si un candidat ne répond pas aux exigences linguistiques à l'embauche, celui-ci doit atteindre les compétences linguistiques du poste en suivant une formation offerte par la Ville.

Ce que M. Kanellakos a promis de faire. «C'est important pour moi et c'est important pour la Ville, a-t-il d'abord dit en français. J'ai pris un engagement envers le maire et le conseil municipal de m'inscrire immédiatement à des cours de français», a-t-il ajouté... en anglais.

Il suivra des cours de français, a-t-il dit. C'est bien de sa part. C'est respectueux et on ne peut que le remercier et lui souhaiter bon succès.

Mais réussira-t-il à apprendre la langue de Molière? Permettez-moi d'en douter. On n'apprend pas une autre langue en suivant un cours ou deux par semaine. C'est impossible. Il faut faire un stage linguistique d'immersion de longue durée dans un lieu où cette langue domine pour l'apprendre. C'est pratiquement la seule façon.

Et en 24 ans de carrière au Droit, j'ai entendu d'innombrables anglophones promettre la même chose que M. Kanellakos a promise, et rares sont ceux parmi eux qui ont réussi à tenir promesse.

Voici, par exemple, une déclaration faite en janvier 2007 que j'ai retrouvée dans nos archives électroniques: «Je suis béni de me retrouver aujourd'hui dans un poste qui m'oblige à apprendre le français, c'est une opportunité incroyable. J'étudie de 60 à 90 minutes par jour et ces leçons de français sont primordiales. Je ne les rate pour aucune raison et j'en suis très fier. Et j'espère sincèrement prêcher par l'exemple auprès de mes concitoyens anglophones.»

C'est l'ancien maire d'Ottawa, Larry O'Brien, qui déclarait ça quelques jours après son élection à la mairie en décembre 2006.

M. O'Brien a-t-il appris le français durant son mandat de quatre ans dans ce poste?

«Not one single word.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer