De la compagnie indésirable

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CHRONIQUE / Bernadette et Laurence (noms fictifs) sont voisines à Vanier. Elles habitent un édifice à logements subventionnés pour les gens âgés de 60 ans et plus.

Dans ce logement communautaire de la Ville d'Ottawa, les locataires déboursent 30% de leurs revenus annuels pour se loger. Laurence, par exemple, paye 451 $ mensuellement pour son minuscule appartement qu'elle habite depuis neuf ans. «J'ai juste ma pension de vieillesse et mon régime de pension du Canada comme revenus», dit-elle. Ce logement est tout ce que cette dame peut se permettre. Sans le Logement communautaire d'Ottawa, elle serait pratiquement dans la rue. Elle en est consciente, et elle en est reconnaissante.

Le hic, c'est que Laurence a souvent - trop souvent même - de la compagnie dans son logement. De la compagnie plus qu'indésirable. Des punaises de lit. 

«Ça fait une dizaine de fois en deux ans que j'appelle la Ville, affirme-t-elle. Des exterminateurs viennent pulvériser des produits quelconques dans l'appartement et ça règle le problème pendant un certain temps. Mais ils devraient pulvériser partout dans l'édifice de 12 étages parce que les punaises reviennent tout le temps. On ne sait pas d'où ils proviennent. Mais c'est un grave problème ici. Et c'est de l'ouvrage! Je dois décoller les meubles des murs de ma chambre à coucher avant qu'ils viennent vaporiser. Je dois aussi déménager au salon tout ce que j'ai dans ma chambre. Mes vêtements, je les mets sur le balcon, à l'abri des punaises. Et quand ils viennent pulvériser, je couche sur le divan cette nuit-là. J'ai choisi ce logement en pensant que ce serait un endroit paisible où, à mon âge, je pourrais me reposer un peu. Mais je suis toujours en train de nettoyer. Ça n'a plus de bon sens.»

Bernadette est plus chanceuse puisqu'elle n'a jamais eu de punaises de lit dans son logement situé quelques étages plus bas que celui de son amie Laurence. 

«Mais je fais tout de même de l'anxiété, dit-elle. J'ai tellement peur d'en avoir que j'en fais des cauchemars. J'entends tellement de locataires se plaindre de ces punaises de lit que je suis toujours en train de nettoyer et de prévenir. Et moi aussi je garde mes vêtements sur mon balcon. Je fais tellement attention que j'en suis devenue très anxieuse. Et je ne suis pas la seule. J'ai vu un locataire l'autre jour répandre un produit contre ces punaises dans la sécheuse qu'il utilisait à la buanderie de l'édifice. Depuis que j'ai vu ça, je lave mon linge à la main, je ne descends plus la buanderie. Et j'ai une autre voisine qui a eu des punaises et qui était seule pour tout bouger et nettoyer dans son logement, son mari est en fauteuil roulant.»

«Nous sommes des personnes âgées, on a travaillé toute notre vie. Il me semble qu'on pourrait avoir droit à un peu de repos», d'ajouter Laurence.

Pas dans ma cour

Les deux dames ne savent pas d'où proviennent les punaises de lit. Mais elles ont leur théorie. Une théorie, faut-il dire, un peu «pas dans ma cour».

«Le problème avec ces punaises de lit a commencé il y a environ deux ans, dit Laurence. Il a commencé quand la Ville a décidé de loger des sans-abris dans notre édifice. J'en ai un sur mon plancher. Je le vois quitter le matin avec ses sacs de plastique et revenir le soir avec ses sacs bourrés de vêtements et de toutes sortes de choses. Je ne sais pas d'où proviennent ces vêtements et ces objets. Les prend-il dans les poubelles? Sont-ils contaminés?»

«En tout cas, d'ajouter la dame, j'ai l'impression qu'on aura ce problème de punaises de lit tant et aussi longtemps que des sans-abris seront logés ici. Je comprends qu'on tente de les intégrer à la société. Et je comprends qu'il faut qu'ils couchent quelque part, on ne peut pas les laisser dans la rue. Mais c'est problématique.»

Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, a confirmé qu'un certain nombre de sans-abris étaient effectivement logés dans cet édifice de Vanier. Il a aussi précisé que la Ville ne procède pas uniquement à la fumigation d'un logement contaminé par des punaises de lit, mais aussi de tous les logements avoisinants celui qui est contaminé.

M. Fleury assurera un suivi auprès des deux dames, si celles-ci lui en font la demande.

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