J'aurais préféré me tromper

J'espère que Martin Provencher se console un peu... (Archives, Le Soleil)

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J'espère que Martin Provencher se console un peu aujourd'hui en sachant enfin que sa «Cédri» ne souffre plus, et qu'elle veillera dorénavant sur lui.

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CHRONIQUE/ Il a de ces moments dans la vie où on aurait préféré se tromper...

En août 2007, je me suis rendu à Trois-Rivières pour rédiger une série de chroniques sur la disparition de la jeune Cédrika Provencher. Déjà 36 jours s'étaient écoulés depuis la disparition de la jeune fille de 10 ans et les recherches pour la retrouver se poursuivaient.

Deux semaines plus tard, de retour à Ottawa, j'ai écrit une dernière chronique pour cette série que nous avons intitulée «Cédrika: entre l'espoir et l'éternité». J'ai retracé dans nos archives électroniques ce papier daté du 6 septembre 2007. En voici un passage, comme quoi dans la vie, on préférerait parfois se tromper:

***

«On me pose souvent la même question depuis que je suis revenu de Trois-Rivières. 'Penses-tu qu'ils la retrouveront un jour?' me demande-t-on. (...) Voulez-vous que je sois bien honnête? Je crois que plus les jours avanceront, plus Cédrika s'effacera de la mémoire collective. Et un jour, par un pur hasard, on retrouvera quelque part, dans un lieu reculé et jamais fréquenté auparavant, le squelette d'une fillette. Et le tueur courra toujours».

- Le 6 septembre 2007

***

Ce n'est évidemment pas le dénouement que j'espérais. Je suis comme vous tous, j'aurais plutôt préféré qu'on retrouve Cédrika Provencher en vie, saine et sauve. Mais déjà 36 jours de recherches intensives s'étaient écoulées à l'époque - une éternité, quoi - et absolument rien n'indiquait que la Sûreté du Québec était sur une piste. En fait, c'était le mystère total.

Voilà pourquoi j'ai été si pessimiste en écrivant qu'on ne retrouverait probablement pas la fillette en vie. Mon coeur ne voulait pas écrire ces mots, mais la logique me les dictait.

En apprenant, samedi, que les ossements de Cédrika avaient été retrouvés, j'ai tout de suite pensé à son père, Martin Provencher. Je lui ai parlé à quelques reprises durant mon séjour en Mauricie, en 2007. Et il m'a accordé une longue entrevue un an plus tard quand je suis retourné chez les Trifluviens pour un suivi de cette triste affaire.

C'est un homme courageux que j'ai rencontré. Un homme déterminé, résilient, et au coeur encore plein d'espoir de retrouver sa fille en vie.

Je lui ai dit que je le trouvais courageux lors de notre rencontre en 2008. Et quand je lui ai laissé entendre que je deviendrais probablement fou si j'étais à sa place, voici ce qu'il a répliqué:

«Tous les parents se disent la même chose. Et je me suis souvent demandé comment les parents passent à travers des drames semblables. Mais aujourd'hui, je me demande plutôt comment ma fille passe à travers ce drame. Je pense qu'elle subit beaucoup plus que moi en ce moment. Elle doit être complètement défaite. Je connais 'Cédri', elle est très forte, mais j'ai de la misère avec ça. J'ai de la misère quand je pense à ce qu'elle doit subir. Alors je dois me tenir debout et continuer à travailler pour la trouver. Je ne lâcherai jamais.»

J'espère que Martin se console un peu aujourd'hui en sachant enfin que sa «Cédri» ne souffre plus, et qu'elle veillera dorénavant sur lui.

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